
“Le gouvernement démarre fort l’année !” Luc Frieden s’est montré enthousiaste mardi matin lors de la présentation de la réforme des classes d’impôt. Une des plus attendues et des plus importantes de la législature puisqu’elle supprimera les classes d’impôt 1, 1a et 2 pour créer un barème unique.
Cette nouvelle classe d’impôt “U” sera “plus simple” et “plus transparente”. Elle aura l’avantage d’effacer l’inégalité existante entre les célibataires (davantage taxés) et les couples (moins taxés). Mais elle aura l’inconvénient pour certains couples (moins de 15% d’entre eux, selon le gouvernement) de les faire basculer sur un barème moins avantageux, surtout pour les couples avec une seule personne apportant la totalité, ou la majorité (+ de 75%) des revenus. D’où l’ajout d’une période de transition de 25 ans, jusqu’en 2052, pour ne pas les léser : “personne ne doit être perdant” a rappelé le ministre des Finances Gilles Roth. “Mais tous n’auront pas intérêt à changer tout de suite de classe d’impôt.” Surtout que la bascule vers la nouvelle classe d’impôt sera définitive.
“La situation fiscale des personnes ne sera plus influencée lorsque leur situation familiale changera” a promis Luc Frieden, conscient que le modèle actuel est inégal et discriminant vis-à-vis des célibataires. La période transitoire pour les changements de classes (en cas de divorce ou de décès par exemple) sera allongée à cinq ans pendant les 25 années de tampon prévues par le gouvernement. Mais à terme, il n’y aura plus de changement de classe d’impôt puisqu’une seule existera. “Nous nous adaptons à l’évolution de la société.” Car les contribuables célibataires, qu’ils soient résidents ou frontaliers, sont aujourd’hui bien plus nombreux que les couples au Luxembourg. “Chacun doit pouvoir choisir son modèle familial sans que l’État ne s’en mêle. L’État doit être neutre face à cela.”
Avec la nouvelle classe d’impôt unique, la tranche exonérée par le barème fiscal sera doublée pour s’établir à 26.650 euros (contre 13.230 euros actuellement pour la classe d’impôt. Dès 2028, la réforme permettra des baisses d’impôt chez les couples, les retraités et les célibataires, parfois de dizaines ou centaines d’euros, par rapport à l’année 2025, a estimé Gilles Roth lors de la présentation de la loi :
40.000€ brut par an | 50.000€ brut par an | 75.000€ brut par an | 100.000€ brut par an | 125.000€ brut par an | |
| Célibataire | +2.406€ net par an | +2.600€ net par an | +2.517€ net par an | +2.518€ net par an | +2.519€ net par an |
| Parent isolé (crédit d’impôt inclus) | +549€ net par an | +567€ net par an | +370€ net par an | +91€ net par an | +34€ net par an |
| Couple avec un enfant | / | +2.188€ net par an | +3.789€ net par an | / | +5.037€ net par an |
| Retraités (en couple) | / | / | / | +4.160€ net par an | / |
Ndlr : le gouvernement a fourni plusieurs estimations chiffrées selon votre situation et votre revenu, mais toutes n’ont pas été réalisées. Les estimations du gouvernement sont donc inexistantes pour les cases marquées du symbole " / ".
En ces temps de sérieux budgétaire, la réforme représente un défi pour l’État : le budget devrait être affecté à hauteur de 850 à 950 millions d’euros par an. La réforme aura notamment un effet collatéral : la non-adaptation du barème fiscal aux 2,5 index qui n’ont pas été rattrapés jusqu’ici et aux index prévus jusqu’en 2028.
“Nous aimerions que le revenu net soit augmenté et que les familles vivent mieux” a toutefois souligné le Premier ministre, puisque ces changements seront avantageux à la majorité des contribuables et que des adaptations seront incluses pour les parents (dont un abattement fiscal “petite enfance” de 5.400€ - donc 450€ par mois - pour les enfants jusqu’à trois ans). Notez que cet abattement sera bien partagé entre les deux parents si ces derniers sont séparés. Le montant du crédit d’impôt monoparental passe lui à 4.008€ (contre 3.504€ actuellement). Et plusieurs déductions fiscales possibles sont revalorisées :
En-dehors de l’ADR, très critique sur ce changement “sociétal” qui remet en cause l’importance de la famille dans le modèle fiscal, les partis d’opposition se réjouissent de voir l’État mettre fin à une inégalité entre les couples et célibataires. Mais ils critiquent le coût de cette évolution et le manque de contreparties financières afin de soutenir la réforme.
Cette grande réforme encore ouverte aux adaptations doit être votée d’ici la fin de l’année 2026 et appliquée à partir du 1er janvier 2028. Ce qui laissera un an à l’administration fiscale pour “s’adapter”.