Faible rémunération, conditions de travail précaires“Ce n’est pas notre façon de travailler”, réagit Wolt

Raphaëlle Dickes
adapté pour RTL Infos
Récemment, des livreurs de la plateforme Wolt avaient cessé le travail pour protester contre une baisse de leur rémunération.
© Wolt

Des accusations ont également été formulées selon lesquelles la plateforme de livraison travaillerait avec des sous-traitants qui emploieraient et exploiteraient des chauffeurs vulnérables dans des conditions parfois illégales.

Ces entreprises concluraient des contrats de travail de 8 heures par semaine. En réalité, les livreurs devraient toutefois travailler 60 à 70 heures et reverser une part importante de leurs revenus aux sous-traitants. Le recrutement se ferait en partie auprès de structures d’accueil pour réfugiés. Des personnes sans statut légal travailleraient également pour ces entreprises et devraient céder une commission plus ou moins élevée selon leur situation administrative. "Ainsi, on y travaille parfois avec des méthodes mafieuses", avait déclaré David Angel de l’OGBL le 16 juin dans une interview à RTL.

Jusqu’à présent, Wolt Luxembourg n’avait communiqué que par écrit. L'entreprise emploie environ trente personnes au Luxembourg. Christian Kamhaug, responsable de la communication et des relations avec la presse, n’est toutefois pas basé au Grand-Duché et a fait spécialement le déplacement à la mi-juillet pour réagir à ces allégations. Dans une interview à RTL, il se dit choqué par ces accusations. "Ce n’est pas notre façon de travailler. Nous sommes une entreprise nordique avec des traditions nordiques, et nous accordons une grande importance à de bonnes relations de travail ainsi qu’à une rémunération équitable."

Wolt avait toutefois déjà été confrontée à des accusations similaires dans d'autres pays européens. Selon son porte-parole, l’entreprise a effectivement constaté ce type de situation sur certains marchés, tandis que d’autres fonctionnent très bien. Au Luxembourg, c'est cependant la première fois qu’elle entend parler d’un tel problème. Jusqu’à présent, personne ne s'était manifesté ni n’avait déposé de plainte, y compris via le canal dédié aux lanceurs d’alerte. Wolt ne dispose actuellement d’aucune preuve directe ni des noms de livreurs concernés, mais l’entreprise affirme vouloir faire la lumière sur cette affaire et réagir de manière appropriée.

La collaboration avec les "sous-traitants" doit prendre fin cet été

Wolt souhaite corriger le terme de "sous-traitant", utilisé jusqu’à présent par les syndicats et dans la presse. Selon l’entreprise, il s’agit en réalité de "fleet companies" (des sociétés de gestion de flotte). Le fait est qu’il s’agit d’entreprises qui emploient des livreurs chargés de livrer des repas ou d’autres achats pour le compte de Wolt. Avant de collaborer avec ces sociétés, la plateforme de livraison effectuerait des évaluations des risques et procéderait régulièrement à des contrôles par la suite, souligne Christian Kamhaug. "Mais nous ne pouvons pas contrôler chaque livreur dans la rue et vérifier quel type de contrat il possède."

La plateforme ne souhaite pas préciser combien de livreurs disposent d’un compte auprès de Wolt Luxembourg. La plateforme indique simplement qu’ils seraient entre 500 et 1.000. Actuellement, seuls une cinquantaine de livreurs travailleraient encore pour une "fleet company". La plateforme de livraison confirme qu’elle collabore avec deux sociétés de gestion de flotte au Luxembourg. Toutefois, cette collaboration ne devrait plus durer longtemps. Selon Christian Kamhaug, elle doit prendre fin cet été, d’ici la fin du mois de juillet. Cela n’aurait cependant rien à voir avec les accusations récentes. "Non, c’était le plan depuis le début. C’est ainsi que nous travaillons. Lorsque nous arrivons sur un nouveau marché, nous collaborons avec des entreprises locales. Puis nous mettons progressivement fin à cette collaboration lorsque nous avons davantage de livreurs qui travaillent directement avec nous. C’est ce que nous préférons."

Une chose est certaine : l’Inspection du travail et des mines (ITM) procédera prochainement à des contrôles renforcés. Le ministre du Travail, Marc Spautz, l’avait annoncé à la suite des accusations formulées.

Pas de baisse des tarifs, mais un changement de modèle

C'est toutefois un fait que ces travailleurs indépendants se plaignent d’une dégradation de leur rémunération. Certains affirment gagner 30 à 40 % de moins qu’auparavant, voire moins que l’équivalent du salaire minimum pour 12 heures de travail par jour, 7 jours sur 7. Wolt rejette ces accusations. L’entreprise reconnaît avoir mis en place un nouveau modèle de rémunération, dans lequel les livraisons sont mieux payées lorsque la demande est forte et moins bien rémunérées lorsque la demande est faible. Toutefois, selon son porte-parole, la rémunération globale n’aurait pas changé au final. Comment expliquer alors les baisses de revenus qui ont conduit plusieurs livreurs à protester le 12 juin ? Christian Kamhaug admet que cela peut effectivement être le cas pour certaines personnes :

"Si vous travaillez uniquement aux heures où la demande est faible, vous le ressentirez. Mais si vous êtes malin et que vous travaillez lorsqu’il y a davantage de travail, vous gagnerez plus."

Les livreurs seraient libres de travailler quand ils le souhaitent. Le montant proposé pour chaque livraison leur est affiché à l’avance, et ils peuvent ensuite l’accepter ou la refuser. Selon Wolt, le système ne pénalise personne.

80 % des livreurs préféreraient être indépendants

Entre-temps, des représentants des livreurs et des syndicats ont également rencontré le ministre du Travail. En effet, la directive européenne sur le travail via les plateformes doit être transposée en droit national. Le Luxembourg est censé disposer d’une loi ad hoc d’ici décembre. Les syndicats demandent que les prétendus faux indépendants obtiennent légalement le statut de salarié.

Selon Wolt, l’intérêt des livreurs pour un tel changement serait toutefois limité. Des enquêtes auraient montré que 80 % d’entre eux préfèreraient travailler comme indépendants, afin de pouvoir être flexibles. Beaucoup exerceraient par ailleurs cette activité de livreur à titre complémentaire, quelques heures par semaine. En Allemagne, en Finlande et en Norvège, la plateforme de livraison emploie toutefois aussi certains livreurs sous contrat de travail. L’entreprise indique donc qu’elle examinera quel modèle est le plus pertinent, tant d’un point de vue commercial qu’au regard du cadre juridique applicable dans chaque pays.

Concernant la mise en œuvre de la directive européenne sur le travail de plateforme, Wolt affirme collaborer avec les autorités compétentes des différents pays. Présente dans 30 pays, l’entreprise dit espérer l’adoption de règles plus harmonisées à l’échelle de l’Union européenne. "Nous sommes ouverts à davantage de régulation, à condition qu’elle soit pertinente."

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