
Ben Streff est officiellement devenu mardi dernier le nouveau député du LSAP de la circonscription Est, en remplacement de Paulette Lenert, qui a rejoint le Conseil d'Etat. Il était l’invité de la rédaction de RTL lundi matin. Son entrée à la Chambre intervient à peine cinq mois après sa démission de son poste de manager du parti et alors qu'il n’avait pas ménagé ses critiques à l’égard du LSAP et de certains anciens ministres. Aujourd’hui, il affirme toujours assumer ses propos. Il souligne que les discussions internes au sein du parti ont été clarifiées et que l’accent est désormais mis sur l’avenir. Pour lui, l’honnêteté en politique est décisive, car la crédibilité des responsables politiques est en jeu. "Et il faut être suffisamment honnête à ce sujet. C’est pourquoi j’assume ce que j’ai fait à l’époque."
Avec son arrivée, une discussion a également été relancée au sein du LSAP concernant la répartition des sièges à la Chambre. Ben Streff ne souhaitait pas siéger à côté de la présidente de l’ADR, Alexandra Schoos, avec le père de laquelle il doit aussi collaborer au conseil communal de Berdorf. Il a admis que personne au LSAP n’avait particulièrement envie de s’asseoir directement à côté de l’ADR. Les socialistes respectent bien sûr le choix démocratique des électeurs. Cela ne signifie toutefois pas automatiquement qu’ils se sentent politiquement proches de ce parti ni qu’ils souhaitent nécessairement siéger à côté de ses représentants. Lui-même est désormais assis entre Ben Polidori et Mars Di Bartolomeo.
Après les récentes tensions au sein du groupe parlementaire LSAP, notamment autour du pacte européen sur l’asile et la migration, Ben Streff parle d’une “controverse positive” et d’une véritable “culture saine du débat” lors de sa première réunion de groupe. La députée Liz Braz s’était abstenue la semaine dernière lors du vote sur le projet de loi du ministre des Affaires intérieures visant à transposer le pacte européen en droit luxembourgeois, tandis que le reste du groupe avait voté contre. Il est important qu’un parti puisse débattre et que des positions divergentes puissent s’exprimer, souligne le nouveau député. Il voit cela plutôt comme une force que comme une faiblesse du LSAP et insiste sur le fait qu’un parti ne peut pas fonctionner durablement sans débat. "Je m’inquiéterais davantage si j’étais dans un parti comme le CSV, où cela ne semble justement pas susciter de discussions, ni au sein du groupe parlementaire ni dans le parti. Il semble que personne ne soit dérangé par la direction que prend actuellement le ministre des Affaires intérieures. Je pense que la doctrine sociale-chrétienne enseigne autre chose."
Pour repositionner le LSAP de manière plus offensive, Ben Streff mise avant tout sur des "propositions concrètes". Il cite comme exemple la revendication du parti d’augmenter le salaire social minimum de 200 euros. Ce qui avait initialement été étiqueté irréaliste a néanmoins fini par se retrouver dans les compromis du gouvernement. Ben Streff critique le fait que le gouvernement se comporte "trop souvent comme un médiateur au lieu de prendre des positions claires". L’opposition devrait donc convaincre avec ses propres propositions concrètes.
L’égalité des chances est un sujet qui tient particulièrement à cœur au nouveau député. Dans ce domaine, il est impossible d’éviter la question du logement. Si la crise du logement n’est pas résolue, il sera difficile de garantir la justice sociale dans d’autres domaines. Ben Streff estime donc que les communes doivent elles aussi assumer leurs responsabilités.
À la Chambre, Ben Streff travaillera notamment au sein de la commission de l’Economie. Il souhaite défendre les intérêts des indépendants, tels que les vignerons, les coiffeurs ou les bouchers. Ils sont souvent "les premiers touchés par les crises" et "jouent un rôle central dans la vie des communes". Le député souhaite donc s’engager pour une meilleure protection sociale et élaborer, avec les acteurs concernés, un paquet de réformes complet.
Pour lutter contre la défiance envers la classe politique, Ben Streff veut avant tout se rapprocher davantage des citoyens. Les réunions électorales classiques fonctionnent de moins en moins. Au lieu de cela, les responsables politiques doivent se rendre aux festivités, dans les associations et partager le quotidien des citoyens. Les réseaux sociaux jouent également un rôle important, selon lui. Des plateformes comme TikTok ne doivent pas être laissées aux partis de droite. Toutefois, ce n’est pas seulement la plateforme qui compte, mais surtout un langage clair et compréhensible qui permet de toucher les gens, explique le nouveau député de l’Est.