
Ben Streff évoque une “situation de blocage” au sein du groupe parlementaire. “Lors des débats à la Chambre, soit les Verts, soit la Gauche, ou peu importe qui, dominent les débats, et nous n’arrivons pas vraiment à imposer nos contenus, parce que nous sommes trop passifs dans le travail parlementaire. Pourtant, “le parti se porte mieux qu’il ne s’était porté depuis longtemps” : “ces quatre dernières années, nous avons gagné près d’un millier de membres”. La base est mobilisée, mais pas les députés, regrette Ben Streff.
Le LSAP, en tant que principal parti d’opposition, impose trop peu ses thèmes dans les débats et reste trop effacé. Certains députés ne s’intéressent pas suffisamment au travail du parti et n’ont aucune présence sur le terrain. “Nous avons besoin de ces personnes sur le terrain. C’est la vitrine du LSAP, (...) car justement un parti comme le LSAP doit être en contact avec les citoyennes et citoyens chaque jour, à tout moment”, souligne Ben Streff.
Le coordinateur démissionnaire souligne la remobilisation de la base du parti, qui s’est enrichie de nombreux nouveaux membres, de nombreux jeunes. La base est plus forte que jamais et attend davantage du groupe parlementaire. “Moi-même, j’attends d’un député qu’il se donne à 200% chaque jour, mais cela ne suffit peut-être pas. Un mandat parlementaire est une mission confiée par l’électeur, pas un merci. Je pense qu’il faut tout donner chaque jour et être réellement en contact avec les citoyennes et citoyens pour comprendre quelles sont les préoccupations réelles sur le terrain.”
Ben Streff a toutefois adressé des compliments à la présidence du parti et souligné le “courage” des co-présidents, Francine Closener et Dan Biancalana, pour s’être “attaqués à beaucoup de choses qui avaient été laissées de côté”. Francine Closener, en particulier, a été saluée pour avoir pris des initiatives. Mais à présent, le groupe parlementaire, “qui est une structure inchangée depuis des années, voire des décennies”, doit être réorganisé. Cette critique publique est une dernière tentative pour lancer un “appel au réveil”, selon Ben Streff.
Le LSAP compte 12 députés. Ils ne sont pas tous visés par les critiques de Ben Streff. Le futur ex-coordinateur du parti a salué les jeunes députés Liz Braz, Ben Polidori et Claire Delcourt. Même un vétéran comme Mars Di Bartolomeo est très engagé. En effet, si “les jeunes font avancer le parti”, pour le coordinateur général du LSAP, “le renouveau ne concerne pas seulement l’âge, mais surtout l’engagement. Et quand je vois Mars Di Bartolomeo, qui a pris ses responsabilités aux européennes et qui est présent comme personne d’autre dans les questions parlementaires et sur le terrain, je pense qu’il faut une collaboration de tous, mais surtout un engagement tourné vers l’extérieur.”
Mais les anciens ministres manquent aux membres sur le terrain, selon Ben Streff. Et la responsabilité en incombe évidemment aussi à la présidente du groupe parlementaire, Taina Bofferding. En tant que présidente des Jeunes socialistes, Taina Bofferding était pourtant “offensive” et “progressiste”. Pour Ben Streff, un changement s’impose : “Nous devons passer à l’offensive. Je pense que nous devons parler un langage très, très clair. Nous devons identifier les contenus qui touchent vraiment les gens. Les citoyens ne se préoccupent pas forcément de savoir comment le budget est élaboré ou financé. Ce qu’ils veulent savoir, c’est : comment vais-je boucler mes fins de mois ? Et c’est là que nous devons apporter des réponses.”
Le CSV affiche les pires résultats dans les sondages. “Cela signifie que nous avons un gouvernement impopulaire. Mais d’un autre côté, le LSAP est le parti le plus populaire, ou du moins le grand gagnant des sondages. Et là, j’imagine 16, 17, voire 18 sièges. Je pense que c’est possible avec le bon engagement, que nous ne restions pas à végéter avec 10, 11 ou 12 sièges”, estime Ben Streff, qui s’engage pour le parti depuis 17 ans et souhaite conserver sa carte malgré sa démission.
Jusqu’à présent, personne au sein du parti ou du groupe parlementaire n’a voulu commenter les critiques formulées mercredi matin. Ce mercredi soir, le LSAP organise sa réception de Nouvel An, où une réaction est attendue.