"Je ne connais pas du tout cette tendance, il n'y a pas de statistiques là-dessus", a d'emblée annoncé l'ex-ministre de la Famille, Corinne Cahen, que nous avons rencontrée lors de ses derniers jours de fonction. Des statistiques qui manquent donc, mais un phénomène que l'on peut néanmoins aborder avec d'autres chiffres, et à l'aide d'études de pays voisins, comme la France, où une enquête de 2022 en partenariat avec l'Ifop révélait que 30% des femmes en âge de procréer ne voulaient pas d'enfants.
Au Luxembourg, le taux de fécondité est relativement bas comparé à celui de ses voisins européens. Alors que la France est championne d'Europe avec 1,83 enfant par femme, le Grand-Duché se trouve à la 23e position avec un taux de seulement 1,36. Une donnée qui a étonné Mme Cahen, qui a par ailleurs tenu à rappeler que si les chiffres de la natalité restent positifs au Luxembourg, c'est surtout grâce à la communauté étrangère.
"La pression que j'ai ressentie quand j'ai eu mes enfants était énorme. C'était la pression de la société." Pour Corinne Cahen, la pression et le contrôle exercés sur les femmes, les poussent à avoir moins d'enfants. Plus les femmes sont libres de choisir ce qu'elles veulent faire de leur vie, et plus l'État met en œuvre les conditions pour faciliter cette liberté, plus les femmes choisiront d'avoir des enfants, affirme-t-elle. Les jugements et les a priori envers les mères et la façon dont elles choisissent d'élever leurs enfants, seraient aussi un frein pour les futures mamans. Mme Cahen se souvient toujours des remarques qu'elle a dû essuyer lorsqu'elle est devenue ministre et qu'elle élevait toujours ses enfants.
"C'est un fait que c'est encore toujours la femme qui va chercher les enfants à la crèche, qui leur donne le bain, qui fait le ménage." Une étude du Statec, en 2012, a révélé qu'une femme passe environ 19 heures par semaine à s'atteler à des tâches ménagères, contre huit heures pour un homme, une différence flagrante. Dans le même registre, une femme passe environ 35 heures par semaine à s'occuper de ses enfants, contre 21 pour les hommes. Une inégalité qui pousse certaines femmes à tourner le dos à la maternité, comme nous l'exprimait Marine Henry, jeune femme de 31 ans qui ne veut pas d'enfants: ""Si j'avais des enfants, l'école m'appellerait moi, le médecin m'appellerait moi, (...), la société me mettrait ce poids."
Corinne Cahen a ainsi tenu à rappeler aux futurs parents: "Les papas ont une obligation, pas seulement d'aider mais de faire, ils ont aussi une responsabilité.".
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