Luxembourg43 placements de mineurs en prison dénombrés en 2026

Dany Rasqué
adapté pour RTL Infos
L'Ombudsman pour les enfants et les adolescents (Ombudsman fir Kanner a Jugendlecher), l'Unicef, la Commission consultative des droits de l’homme et le Service de justice restaurative tirent la sonnette d’alarme. Ces derniers mois, le nombre de mineurs placés en prison a augmenté au Grand-Duché.
Les enfants et les jeunes peuvent être incarcérés plus rapidement que cela ne serait même concevable ou possible pour les adultes, souligne Charel Schmit, l’Ombudsman pour les enfants et les adolescents.
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En 2024, il y avait eu cinq placements de mineurs en prison, contre 27 en 2025 et 43 à ce jour pour cette année. Et cela, bien que diverses organisations internationales rappellent depuis des décennies au gouvernement que les enfants n’ont pas leur place en prison.

Afin d’échanger sur le sujet et de sensibiliser le public, un afterwork s’est tenu lundi soir à la Mënscherechtshaus (Maison des droits de l’homme).

À cette occasion, Laurent Seck, substitut principal au Parquet de Luxembourg au sein du département de la jeunesse, a expliqué que les placements de mineurs en prison concernent très souvent des agressions violentes. Il s’agit de jeunes dont il faut d’abord vérifier l’origine et déterminer s’ils sont réellement mineurs. Il y a également des jeunes appartenant à des clans familiaux et envoyés par leur famille pour commettre des cambriolages ou voler des personnes dans les transports publics. Et puis, il s’agit aussi de jeunes résidents.

"Lorsqu’ils décident à plusieurs d’aller agresser quelqu’un, nous ne pouvons pas simplement envoyer le jeune à Dreiborn ou le laisser aller dans un foyer. Nous devons d’abord le placer quelque part où nous pouvons évaluer sa situation, déterminer à quel point il est dangereux. C’est aussi une question de protection des victimes. C’est pour cette raison que ces adolescents sont placés. Et, comme choix, nous n’avons que l’Unisec à Dreiborn, qui dispose de 12 places. Lorsque l’Unisec est complète, nous avons pour seule alternative le CPL."

Autrement dit, la prison de Schrassig. Les enfants et les adolescents peuvent ainsi être placés en prison plus rapidement que ce qui est envisageable ou possible pour des adultes, souligne Charel Schmit, l’Ombudsman pour les enfants et les adolescents. Selon lui, la question ne concerne pas uniquement les chiffres et les infrastructures, mais également les garanties de l’État de droit.

"Le grand principe qui s’applique aux adultes est que nous devons être présentés à un juge dans les 24 heures afin de pouvoir nous expliquer, avec l’assistance d’un avocat, d'une avocate, pour pouvoir faire valoir nos droits. Ce principe n’existe pas pour les mineurs, et je pense que c’est un domaine dans lequel nous devons progresser. Nous pouvons d’ailleurs déjà le faire dans le cadre de la législation actuelle. Même si la loi permet d’attendre jusqu’à un mois, du point de vue, de l’expérience et de la perception du jeune concerné, il s’agit au fond d’un traitement indigne, voire inhumain, de ne pas savoir pendant un mois s’il verra ou non un juge ou une juge."

Ne pas savoir ce qui va se passer dans une telle situation est, selon le psychologue et président d’honneur de la Commission consultative des droits de l’homme, Gilbert Pregno, quelque chose d’insupportable. À ses yeux, il est nécessaire de mettre en place des possibilités dans la petite enfance ainsi que des structures alternatives à la prison.

"Ces solutions existent. Pourquoi ne les avons-nous pas ? Je pense que la classe politique ne s’y intéresse pas. Elle met en place des mesures qui semblent satisfaire la population, mais la souffrance des enfants, des adolescents et des familles n’est pas prise en considération. C’est quelque chose qui me met profondément en colère."

En avril 2022, l’ancienne ministre de la Justice Sam Tanson avait déposé un projet de loi prévoyant notamment la création d’une procédure pénale spécifique pour les mineurs et l’interdiction de l’incarcération des enfants. Le texte a été amendé en mai de l’année dernière et a figuré ensuite à l’ordre du jour de la commission parlementaire de la Justice, mais il n’a toujours pas été voté, quatre ans et demi plus tard.

Et ce, alors même que le Comité européen pour la prévention de la torture du Conseil de l’Europe recommande aux autorités, depuis 1993, soit depuis 33 ans, de veiller à ce qu’aucun enfant ne soit plus placé dans une prison pour adultes.

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