
Les attaques par phishing ou hameçonnage et les escroqueries causent des dommages qui se chiffrent en milliards au niveau mondial. Il existe une multitude de façons pour les fraudeurs d’arnaquer leurs victimes, que ce soit avec des e-mails, des données volées ou des cartes bancaires. Pour blanchir l’argent volé, les escrocs font souvent appel à ce qu’on appelle des “mules financières” (money mules, en anglais).
Avant que l’argent volé n’arrive sur le compte des criminels, il doit d’abord être blanchi. Les criminels eux-mêmes ne sont jamais les bénéficiaires directs de ces fonds. C’est pour cette raison qu’après une arnaque, les escrocs recrutent des mules financières, c’est-à-dire des particuliers qui mettent leur compte à disposition en échange d’une commission, comme le précise le procureur d’État du parquet de Luxembourg, David Lentz :
“Ces personnes reçoivent alors des virements de 10.000, 20.000, 50.000, voire 100.000 euros et retiennent leur commission. Et que doivent-elles faire avec cet argent ? Le convertir en cryptomonnaie, le transférer sur un autre compte, le retirer, ou veiller à ce qu’il soit blanchi. Autrement dit, elles représentent le dernier maillon de la chaîne, mais un maillon essentiel pour que toute l’escroquerie puisse fonctionner.”
Ces mules financières sont souvent recrutées via les réseaux sociaux et sont généralement jeunes. Même si elles ne sont pas responsables de la fraude elle-même, leur activité les rend passibles de poursuites et elles peuvent être plus facilement retracées par le parquet.
“Les mules financières ont mis leur compte à disposition, il est donc relativement facile de les identifier. Il n’y a pas de pardon : elles font partie intégrante de toute cette fraude contre laquelle nous luttons. Elles ont mis leur compte à disposition et doivent en assumer la responsabilité.”
Cette responsabilité peut être sanctionnée par une peine allant jusqu’à cinq ans de prison, ainsi que par des amendes pouvant aller de 1.250 à 1.250.000 euros. Les biens personnels de ces personnes sont saisis pour compenser le préjudice. Plus de 80 enquêtes sont actuellement en cours, 700 personnes ont porté plainte. L’année dernière, 40 mules financières ont pu être arrêtées et le préjudice n’était pas négligeable.
“Le préjudice causé s’élève à 10.200.000 euros, dont 8.600.000 ont été perdus et nous avons pu récupérer 1.600.000 euros.”
Le phénomène ne doit pas être sous-estimé. D’où l’appel de David Lentz à ne jamais communiquer de données sensibles, telles que des cartes bancaires, des certificats Luxtrust ou des mots de passe, et à rester vigilant face aux e-mails et appels suspects.
En cas de fraude, il est également recommandé de faire bloquer immédiatement tous ses comptes et de déposer plainte auprès de la police.