CarburantsUn accord signé chez TotalEnergies, mais la grogne continue de se propager

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TotalEnergies a finalement signé un accord majoritaire sur les salaires vendredi avec deux de ses syndicats et appelé à une fin de la grève, mais le bras de fer salarial dans le secteur de l'énergie continue de s'étendre à d'autres secteurs.
© PASCAL GUYOT / AFP

Vendredi, la grève initiée par la CGT non signataire de l’accord, se poursuit dans les cinq sites de TotalEnergies, notamment au dépôt des Flandres, le seul où des salariés ont été réquisitionnés pour assurer les expéditions de carburant.

Un rassemblement à l’appel de la CGT et FO a réuni quelque 200 personnes devant la raffinerie TotalEnergies de Donges (Loire-Atlantique) vendredi, a constaté l’AFP.

En revanche, la grève a été levée successivement jeudi et vendredi dans les deux seules raffineries du groupe Esso-ExxonMobil en France, à Fos-sur-Mer jeudi et à Gravenchon en Normandie vendredi.

Le retour “à une situation de marche normale” dans les deux raffineries Esso-ExxonMobil, dont la production était perturbée par un mouvement social depuis fin septembre, prendra “deux à trois semaines”, a indiqué le groupe vendredi dans un communiqué.

“Les unités des deux raffineries d’Esso Raffinage seront progressivement redémarrées selon les protocoles de sécurité nécessaires et de façon à minimiser les nuisances”, ajoute Esso, précisant que les volumes de ventes sur septembre ont baissé “de 25 % par rapport à août”.

Les raffineries et principaux dépôts pétroliers en France métropolitaine
Les raffineries et principaux dépôts pétroliers en France métropolitaine
© AFP

A l’issue de négociations nocturnes conviées pour la première fois depuis le début de la grève le 27 septembre par TotalEnergies sous pression du gouvernement, un compromis a été scellé à la mi-journée entre la CFDT et la CFE-CGC, forts de 56% de représentativité à eux deux, qui se sont déclarées favorables à la dernière proposition de la direction: une augmentation pour 2023 de 7% dès novembre (dont 5% garantie pour les non-cadres) et 3.000 à 6.000 euros de prime.

La CGT réclame pour sa part une hausse de 10%, correspondant à “l’inflation, plus le partage des richesses, puisque Total se porte bien et que les actionnaires ont été servis depuis longtemps”, a rappelé sur France Info vendredi Philippe Martinez, le numéro un du syndicat.

Une station parisienne prise d'assaut, le 12 octobre 2022
Une station parisienne prise d’assaut, le 12 octobre 2022
© AFP

RÉQUISITION CONFIRMÉE

Une négociation collective avec les quatre syndicats représentatifs du groupe pétrolier (CFE-CGC, CFDT, CGT et CAT) s’était ouverte jeudi soir après les réquisitions gouvernementales de salariés dans la raffinerie Esso-ExxonMobil de Gravenchon et au dépôt de Flandres de TotalEnergies, pour rouvrir les vannes et mettre fin à la pénurie d’essence en France.

Vendredi matin, la justice a rejeté le recours de la CGT contre la réquisition chez Esso-ExxonMobil, la jugeant “nécessaire” .

Le gouvernement avait fait fortement pression pour que ces négociations commencent, et Emmanuel Macron a assuré que le retour à la normale interviendrait “dans le courant de la semaine qui vient”.

Un camion-citerne quitte la raffinerie de TotalEnergies à Mardyck, le 13 octobre 2022 dans le Nord
Un camion-citerne quitte la raffinerie de TotalEnergies à Mardyck, le 13 octobre 2022 dans le Nord
© AFP

Une analyse que partagent des experts du secteur du raffinage, pour qui le retour au calme dans les stations-service est une histoire de “un ou deux jours”, selon Olivier Gantois, président de l’Ufip Énergies et Mobilités, porte-parole des pétroliers.

Mais l’accord “ne changera rien à l’état d’esprit et à la détermination des grévistes”, a prévenu Alexis Antonioli, secrétaire général CGT de la plateforme TotalEnergies Normandie, espérant désormais “la généralisation du mouvement”.

Au risque de susciter un mécontentement grandissant dans la population: seuls une minorité de Français (37%) soutient le conflit social, selon un sondage BVA vendredi; 40% le désapprouvent disait jeudi un autre sondage Elabe pour BFMTV.

De fait, des appels à la “grève générale” ont été lancés, et mardi devrait être l’occasion d’une journée de grève nationale, des transports (SNCF, RATP, dockers) aux fonctionnaires, suite à l’appel jeudi de quatre syndicats (CGT, FO, Solidaires, FSU) et de plusieurs organisations de jeunesse.

Des salariés grévistes et des syndicalistes sur le site de la raffinerie de TotalEnergies à Gonfreville-l'Orcher, près du Havre, le 13 octobre 2022 dans le nord-ouest de la France
Des salariés grévistes et des syndicalistes sur le site de la raffinerie de TotalEnergies à Gonfreville-l’Orcher, près du Havre, le 13 octobre 2022 dans le nord-ouest de la France
© AFP

Auparavant des partis de gauche, ONG et syndicats vont aussi défiler dimanche à Paris contre “la vie chère et l’inaction climatique”, avec l’espoir d’ouv rue un nouveau front contre le gouvernement.

La France est “une véritable bouilloire” avec une “colère sociale profondément ancrée”, a commenté auprès de l’AFP Guy Groux, chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof).

GROSSISTES À LA PEINE

Dans les Hauts-de-France, en Ile-de-France et dans le Centre-Val-de-Loire, particulièrement touchés par les pénuries créées par les grèves dans les raffineries et dépôts de carburants, les automobilistes ont continué vendredi leur quête de carburant. Une pénurie qui fait perdre beaucoup de temps aux professionnels dépendant de leur véhicule.

Jusqu’aux grossistes dont les livraisons vont être “sévèrement et généralement compromises” dès vendredi, faute de carburant, selon la confédération des grossistes de France (CGF).

“On n’est pas inconscient”, a concédé Philippe Martinez, avant de renvoyer au gouvernement la responsabilité de la pagaille: “Pourquoi il n’y a pas des stations-service dédiées aux services d’urgence? (...) Où sont les stocks stratégiques?”.

Selon le président des artisans du bâtiment (CAPEB) Jean-Christophe Repon, les régions les plus touchées par les pénuries de carburant sont l’Ile-de-France et les Hauts-de-France. Il a demandé au gouvernement la possibilité d’ouvrir des “mesures d’activité partielle” dans ces régions pour les entreprises les plus touchées.

La ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher devait se rendre à Lille vendredi après-midi pour faire le point sur la situation dans les Hauts-de-France.

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