
Près de 900.000 élèves ont repris le chemin de leur établissement scolaire ce lundi en Wallonie et à Bruxelles. Avec eux, plus de 100.000 enseignants dont beaucoup faisaient grise mine. Absolument pas calmés par une période estivale mise à profit pour recharger leur batterie. Les syndicats ont d’ailleurs émis un préavis d'actions jusqu'à la fin du mois de septembre pour couvrir les potentiels mouvements d’humeur du corps professoral.
La grogne est aussi palpable en province de Luxembourg. Marylène Pierre, enseignante de français-histoire au Collège Notre-Dame du Bonlieu à Virton, explique la situation. "Ce lundi, je n’ai toujours pas mon horaire. Et je n’accable certainement pas notre direction qui est hyper compétente, mais dépassée par les événements."
Deux des mamelles de la discorde sont les deux heures de travail en plus demandées et l’instauration du tronc commun qui entraîne des conséquences en cascade. "On nous demande de travailler 10% en plus pour le même salaire, donc ça signifie qu’on est moins payées. On peut donc imaginer que certaines et certains rentreront avec des pieds de plomb", confesse Marylène.
"Quant au tronc commun, il a pour conséquence de concentrer les élèves dans un établissement aux dépens d’un autre. Si je prends l’exemple de Virton, notre collège va enregistrer une rentrée record en première secondaire mais les écoles techniques, elles, vont en souffrir. En juillet, elles comptaient à peine une vingtaine d’inscriptions."
Certains élèves aussi risquent d’en payer les conséquences. "On va se retrouver avec des classes peu homogènes dans laquelle vont se côtoyer l’élève brillant qui trouvera le temps long parce que l’un de ses camarades, bien plus en difficulté, ne parviendra pas à suivre."
La ministre de l’Éducation de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Valérie Glatigny, interrogée ce lundi matin par nos confrère de la Première, a beau délivrer un message d’ouverture, elle ne semble pas prendre mesure de la réalité. Par exemple lorsqu’elle prétend qu’un enseignant ne devra pas faire plus de 25 km pour compléter son horaire.
"C’est faux et particulièrement en province de Luxembourg. Faites le compte de Virton à Libramont. Sans compter les domaines de compétence. Un professeur risque d’être contraint de s’éloigner de sa branche pour trouver les heures nécessaires."
L’annonce de la fin des "détachements", c’est-à-dire des enseignants partis explorer d’autres voies telles qu’un travail de statistique ou celui d’une approche pédagogique,
ne va pas arranger les choses. D’autant que ces chemins parallèles avaient été souvent choisis en raison d’un ras-le-bol du métier de professeur.
Il faudra certainement un bon mois pour y voir plus clair et pour connaître les conséquences chiffrées de cette réforme entreprise sur fond de budget revu nettement à la baisse.
Elles pourraient être nettes sans parler de l’ambiance qui va graviter autour des établissements. "Quand je pense qu’on s’investissait sans compter pour la fancy-fair, la fête de l’école, le souper annuel, etc… je ne suis pas certaine qu’on le fera encore", ponctue Marylène qui décoche une dernière punchline. "Et ne dites pas qu’on prend les élèves en otage quand on fait grève. C’est le gouvernement qui les prend en otage."