
Au Luxembourg, il n’aura échappé à personne que le tarif des carburants a fortement diminué ces dernières semaines. En France, ce n’est pas vraiment le cas, et les frontaliers auront aussi remarqué que l’écart des prix s’est creusé entre les stations françaises et luxembourgeoises, dépassant souvent les 40 centimes du litre, alors qu’il se situait autour d’une vingtaine de centimes avant la guerre en Ukraine.
Pourquoi la France ne suit pas la même tendance que ses voisins ? L’association Consommation Logement Cadre de Vie (CLCV) propose une piste qui fait déjà scandale : les marges “explosives” réalisées ces derniers mois par les vendeurs d’or noir dans l’Hexagone.
“La grande distribution et les groupes pétroliers ne cessent de dire qu’ils s’engagent pour le pouvoir d’achat, il est temps que cela se traduise en acte. La CLCV n’hésitera pas à saisir les autorités compétentes si les marges brutes ne reviennent pas à la normale d’ici le début de l’été”, avertit la CLCV dans un communiqué de presse.
Se basant sur les “moyennes annuelles” pour 2018-2021 de la fédération des industries pétrolières, CLCV indique que “la marge brute ‘transport distribution’” - soit la différence entre le prix hors taxes du carburant et le prix à la sortie de la raffinerie - se “situe en général aux alentours de 15 centimes le litre”.
En 2022, cette marge brute “a chuté à des niveaux très faibles car les distributeurs ont choisi de ne pas répercuter l’intégralité de la très forte hausse des cours du brut suite à la crise ukrainienne”, rappelle la CLCV, soulignant que cette marge brute “a même été négative sur certains mois”.
Mais “depuis le début de l’année 2023, cette marge se situe à un record historique dépassant les 25 centimes au litre”, ajoute-t-elle.

“Il apparaît clairement que les distributeurs prennent depuis 4 mois des marges très élevées pour rattraper leurs pertes du second semestre 2022. Ce rattrapage pouvait s’entendre à condition d’être assumé de façon transparente. Au niveau européen, les prix hors taxe des carburants sont en baisse sauf en France!”, déplore la CLCV.
La ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher avait réitéré mardi ses appels aux distributeurs pour que les prix du carburant “baissent plus vite”, et reflètent “au plus proche” le recul des cours internationaux du pétrole.
Les cours du pétrole brut oscillent depuis début mai autour de 70-75 dollars le baril, retrouvant des niveaux qui n’avaient plus été atteints depuis le début de la guerre en Ukraine en février 2022.

Le président du comité stratégique des centres E.Leclerc Michel-Edouard Leclerc a jugé mercredi “gonflé” que le gouvernement demande aux distributeurs de diminuer leurs prix à la pompe, alors qu’un “gros fournisseur” comme le groupe pétrolier TotalEnergies qui engrange “des milliards de bénéfices”, n’est pas “tenu de baisser ses prix”.
“Les marges secrétées par Total l’année dernière sont au moins aussi élevées que l’année d’avant, les pouvoirs publics (lui) avaient demandé l’année dernière de faire des ristournes et personne ne s’était offusqué que Total ne restitue qu’un demi-milliard aux consommateurs français à travers son seul propre réseau”, a-t-il argumenté.
“Et cette année personne ne moufte: Total a dit ‘Je ne dépasserai pas 2 euros ou 1,99' et voilà, Total, qui est un gros fournisseur, un gros raffineur sur le marché français, qui sort des milliards de profits, n’est pas tenu de baisser ses prix”, a affirmé le président du comité stratégique des centres E.Leclerc.
Interrogé sur l’enquête de l’association CLCV, M. Leclerc a affirmé: “c’est du délire, ça: au plus haut dans une station service Leclerc (la marge est de) 8 centimes et en moyenne c’est 2,5 à 3 centimes”. Toutefois aujourd’hui “les prix des carburants sont sur une tendance baissière”, a affirmé M. Leclerc.