À Mont-Saint-MartinLe garage solidaire qui répare les voitures... et le porte-monnaie des habitants

Anaïs Riffi
À Mont-Saint-Martin, l'association Baobab répare gratuitement ou à prix réduit les véhicules des habitants les plus précaires. Un modèle salué par ses bénéficiaires, mais dont l'avenir est aujourd'hui incertain : le terrain qu'elle occupe a été vendu. Le maire, Olivier Bova, assure de son côté qu'aucun départ n'a été exigé dans l'immédiat.
© Anaïs Riffi

"Aucun garage ne fait ça"

Marie-Élise, retraitée, a poussé la porte de Baobab il y a quelques mois, sur les conseils de son neveu. Sans garagiste attitré, elle craignait de "se faire avoir" en tant que femme seule face à un professionnel.

"Là, j'ai trouvé du sincère, du vrai, de l'accueillant. Ils m'ont encouragée à garder mon ancien véhicule", raconte-t-elle. Grâce à l'association, sa voiture est enfin passée au contrôle technique, à un tarif adapté à ses revenus. "Je paie ce que je peux. Aucun garage ne fait ça", insiste-t-elle, saluant aussi le service à domicile proposé par les bénévoles, y compris le dimanche.

Même satisfaction du côté de Claude Cauchard, 54 ans, adhérente récente avec son mari, venue faire réparer un embrayage. "Dans un garage classique, on m'a demandé entre 900 et 2 500 euros. Chez eux, j'ai une facilité de paiement et une grosse réduction", témoigne-t-elle. Elle connaît la famille fondatrice depuis quarante ans et a elle-même été bénévole associative à leurs côtés.

Une histoire de famille devenue solidarité de quartier

L'histoire de Baobab commence à la fin des années 1990, quand Robert Giovanardi crée l'association "Plein Pot" pour réhabiliter des deux-roues au profit de personnes en situation précaire. En 2019, son fils reprend le flambeau à Mont-Saint-Martin, d'abord dans son propre garage. "On s'est aperçu que tout le monde venait le solliciter et qu'il y avait aussi des talents dans le quartier", résume Nasser Lahbari, secrétaire coordinateur de l'association.

Le principe : un garage partagé, associatif, à but non lucratif. Pour 20 euros d'adhésion annuelle, chacun peut venir réparer lui-même son véhicule ou faire appel à l'un des quinze bénévoles de la structure. Un partenariat avec des fournisseurs de pièces à Athus et aux alentours permet d'obtenir du matériel à prix réduit, sans marge.

"On fixe un rendez-vous après un diagnostic gratuit, et on intervient gratuitement. Chacun donne ce qu'il peut, sans minimum", détaille Nasser Lahbari. Le bénévole intervenant reverse ensuite 20 % de ce qu'il perçoit pour faire tourner l'atelier. L'association revendique aujourd'hui 136 familles adhérentes, à raison de deux nouvelles adhésions par jour en moyenne.

Un local jugé indigne, un avenir incertain

Revers de la médaille : les conditions de travail. L'association occupe un petit garage sans pont, sans fosse, sans eau courante ni toilettes, situé sur un parking en pente, mis à disposition par l'ancienne municipalité.

"On n'est pas aux normes, on n'est pas dans un lieu adéquat, même si on fait au mieux", reconnaît Nasser Lahbari. L'association indique ne pas être partenaire de l'État, une étape qu'elle souhaite désormais franchir pour accéder à des subventions et à une reconnaissance d'utilité publique.

Mais c'est surtout la vente du terrain qu'elle occupe qui inquiète Baobab, contrainte selon elle de quitter les lieux. "On tire la sonnette d'alarme", alerte l'association.

Le maire dément toute expulsion immédiate

Interrogé, le maire de Mont-Saint-Martin, Olivier Bova, dément avoir demandé à l'association de partir. "Personne ne leur a dit de quitter les lieux", affirme-t-il, précisant que le départ n'interviendrait qu'"à l'horizon fin 2027, début 2028, lorsque les travaux commenceront".

L'édile rappelle que l'ancienne municipalité a acquis, sous le précédent mandat, l'ensemble des parcelles environnantes, dont un ancien laboratoire, pour plus de 500 000 euros, alourdissant l'endettement de la commune.

Le maire assure travailler sur une solution de relogement, évoquant une implantation possible à la Zac du Petit Breuil. "Pour l'après, je vais essayer", indique-t-il.

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