"Une partie de moi est partie avec lui"Le deuil d'une mère un an après le terrible accident sur la N15

Tim Morizet
adapté pour RTL Infos
Le 1er septembre 2025, Americo Luis Freywald Dos Santos, chauffeur d’un minibus Adapto, perdait la vie dans un tragique accident de la route. Un an plus tard, sa mère Aline tente toujours de vivre avec son absence, le manque de réponses et les conséquences d’un drame qui a bouleversé toute sa famille.
© Tim Morizet

Parmi les victimes de l’accident se trouvait également, ce jour-là, Americo Luis Freywald Dos Santos, chauffeur du minibus Adapto. Depuis, plus rien n’est comme avant pour Aline Freywald. "Une partie de moi est partie avec lui lorsqu’il est mort, une partie de nous tous." Quelques jours avant l’accident, la famille avait encore célébré le 40e anniversaire de leur belle-sœur. Quelques jours plus tard, l’un de leurs quatre enfants n’était plus là.

La mère décrit son fils comme quelqu’un de gentil, calme, toujours prêt à aider et très attaché à sa famille. Il allait régulièrement faire les courses avec sa grand-mère et rendait visite à son arrière-grand-mère au CIPA. À la maison, il passait certes beaucoup de temps à jouer sur l’ordinateur, mais dès qu’il s’agissait de passer du temps avec ceux qu’il aimait, Americo était présent.

"Il partait toujours tôt le matin pour aller travailler. Pendant sa pause de midi, il rentrait à la maison et, quoi qu’il arrive, si j’étais dans la cuisine, il montait les escaliers pour venir me voir. C’était lui", raconte Aline Freywald. Americo s’intéressait toujours aux autres et demandait comment s’était passée leur journée. Le soir, il s’asseyait souvent sur le canapé avec ses parents pour regarder la télévision. Et lorsque son père était au Portugal, il tenait compagnie à sa mère.

Ce sont ces moments-là qui lui manquent aujourd’hui. "Il était toujours avec moi. Sa voix, tout me manque. Alors parfois, je vais regarder des vidéos, simplement pour entendre sa voix."

Quand la sonnette retentit en pleine nuit

Il a fallu beaucoup de temps avant que la famille réalise réellement ce qui s’était passé le 1er septembre 2025. Lorsque la police a sonné à leur porte à 23 h 30 cette nuit-là, Aline Freywald a pensé qu’il était arrivé quelque chose à la voiture, ou que son fils avait eu un accident sur le chemin du retour après le travail. "Je demandais encore : “Où est-il ?” Et là, l’un des policiers m’a dit : “Non, vous ne comprenez pas, c’est grave…” Mais à ce moment-là, je n’arrivais pas à l’imaginer."

Elle a appelé son mari, qui se trouvait au Portugal. Cette nuit-là, personne dans la maison n’a dormi. "C’est comme si, tout à coup, vous receviez une pierre sur la tête. Je me souviens que ma voisine m’a dit le lendemain qu’elle m’avait entendue hurler et qu’elle avait pensé que quelque chose de grave s’était produit. Mais je ne m’en rappelle plus."

Des réponses qui tardent à arriver

Aujourd’hui, Aline Freywald connaît les circonstances précises de la mort de son fils : ce sont la vitesse et une manœuvre de dépassement qui ont provoqué l’accident. Mais il a fallu attendre longtemps avant que la famille obtienne ces informations. "Au début, nous ne savions rien. La police nous disait seulement : ceci et cela s’est passé. Mais, en réalité, nous avons presque tout appris via les médias et les réseaux sociaux", se souvient la mère de quatre enfants.

La famille a dû chercher elle-même des informations. Ses filles, dont certaines sont encore au lycée, ont vu sur les réseaux sociaux des vidéos montrant la camionnette dans laquelle se trouvait leur frère, en train de brûler. Ce n’est qu’en mars que la famille d’Americo a pu consulter le procès-verbal par l’intermédiaire de son avocat. Pour le défunt et ses proches, il n’y a pas eu, et il n’y a toujours pas, véritablement de justice.

"Il n’y a plus personne. Auprès de qui pourrait-on aller chercher justice ?" Ce sont les explications de l’Association nationale des victimes de la route qui ont permis à la famille de mieux comprendre la situation juridique. Mais cela ne leur a apporté aucun soulagement. Il est notamment question, avec l’assurance, de la valeur de la camionnette qui a brûlé. Mais quelle valeur peut-on donner, dans tout cela, à la vie de leur fils, qui avait 26 ans au moment des faits ?

© Tim Morizet

Les commentaires en ligne

Aujourd’hui encore, une partie de la famille est suivie par Omega90. Après l’accident, ils avaient essayé d’obtenir une aide psychiatrique, mais, selon Aline Freywald, les listes d’attente étaient interminables. Il serait bénéfique de pouvoir parler avec des personnes extérieures à la famille de ce qui s’est passé. Mais on a toujours peur de faire peser ses propres émotions sur son entourage. "On ne veut pas non plus ennuyer constamment les gens avec ça. De toute façon, à quoi cela sert-il de toujours parler de la même chose ? Alors on garde tout pour soi. Nous sommes ici, entre nous, et nous en parlons tous ensemble."

Lorsqu’on lui demande comment elle va, un an après cette perte tragique, la mère répond de manière indirecte. Encore aujourd’hui, des personnes viennent lui parler de l’accident sans en connaître les faits, ou elle tombe sur des commentaires en ligne de personnes qui se mêlent de l’affaire. "Ce sont des choses qui vous atteignent, qui vous atteignent vraiment très durement", explique Aline Freywald. Les phrases toutes faites comme "C’est la vie" sont devenues insupportables pour elle. "Là, je fais une crise, parce que non, ce n’est pas la vie. La vie n’est pas comme ça."

La famille a dû lire énormément de commentaires, subir beaucoup de mensonges et faire face à beaucoup de méchanceté.

Un vide qui ne sera jamais comblé

Un radar est aujourd’hui installé à l'endroit où Americo est décédé. Aline Freywald estime qu’il est certes positif que la vitesse soit désormais contrôlée sur la N15, mais que, sur une route comme celle située entre Heischent et Feulen, les conducteurs continuent malgré tout à rouler très vite. "Les gens ne font pas attention et sont stressés", commente-t-elle. Quant à savoir si un radar aurait pu empêcher la mort de son fils, on ne peut que spéculer.

Ce qui reste pour la mère d’Americo, c’est la perte et le deuil. Le sentiment qu’une situation dangereuse sur la route a fait en sorte que cinq personnes ont dû mourir et que des dizaines de personnes de leur entourage devront vivre, pour le reste de leur vie, avec les conséquences de cette tragédie.

Back to Top
CIM LOGO