
D’un côté, la SNCF qui appuie sur le champignon pour mettre à jour ses TER. De l’autre, le Luxembourg qui impose un calendrier intenable. Et au milieu de tout ça... Des frontaliers qui vont (encore plus) morfler dès le 1er janvier 2020.
Voici le scénario rageant, à vous faire désespérer de la coopération transfrontalière, décrit mardi soir par Jacques Weill. Le directeur adjoint TER Grand Est participait à une réunion des Comités régionaux des services de transport (COREST) à Uckange.
Et il l’a annoncé sans détour: “Les trois premiers mois (de 2020) seront difficiles” pour les usagers des TER reliant Nancy, Metz, et Thionville au Luxembourg.
Les raisons de ce cafouillage sont connues: l’ERTMS. Un terme barbare pour désigner le nouveau système de sécurité (lire notre précédent article) qui devra équiper tous les trains circulant au Luxembourg à compter du 1er janvier 2020.
Or, cette date butoir ne sera jamais respectée par la France. Car la mise à jour des TER français avait été calée pour courant 2021. Mais suite à l’accident de Dudelange (février 2017), le Luxembourg a décidé d’avancer drastiquement le calendrier. “On nous a dit qu’il fallait qu’on se débrouille pour gagner un an et demi”, déplore Jacques Weill. “On a donc tiré au maximum nos plannings, jusqu’à avancer de 15 mois la mise à niveau. Ce qui veut dire qu‘on est désormais capable de terminer en avril 2020”.

Plus exactement, la SNCF table sur la moitié de ses TER équipés d’ici le 1er janvier 2020 (soit une douzaine). Ensuite, neuf rames supplémentaires d’ici mi avril 2020 (21 rames au total, soit la desserte actuelle), et enfin quatre rames supplémentaires d’ici juin 2020. Malgré cet effort, le Luxembourg reste inflexible: “On a eu la confirmation officielle que nous n’aurons pas de dérogation pour le premier trimestre 2020 pour faire circuler au Luxembourg les rames qui n’auraient pas été équipées.”
Cela veut dire “qu’on a, en gros, la moitié de nos rames à deux étages qui pourront circuler au Luxembourg au premier trimestre 2020, tandis que l’autre moitié sera limitée à des trajets en France.”
Évidemment, le trafic ferroviaire transfrontalier ne peut pas être divisé par deux. Il est donc prévu un système de correspondance. Ceux qui prennent les premiers trains de la matinée seront chanceux: ces trains seront équipés du nouveau système et pourront rejoindre directement Luxembourg (ce qui correspondrait aux trains arrivant jusqu’à 7h15 environ à Luxembourg, selon la SNCF).
Ensuite, “ces rames resteront prisonnières entre Thionville et Luxembourg, faisant des navettes” pour récupérer les voyageurs des trains bloqués à la frontière. Bref, les frontaliers venus à bord de TER non équipés devront descendre en gare de Thionville puis patienter pour prendre les navettes qui feront la correspondance jusqu’à Luxembourg.
La SNCF planche évidemment sur un plan de transport pour que tout se passe au mieux. “Pour l’instant, je ne peux malheureusement vous garantir quoi que ce soit... simplement, on essaie de faire en sorte que les correspondances ne soient pas longues, donc dans la majorité des cas elles seront très inférieures à 15 minutes”

Par ailleurs, “on va amener des rames d’autres territoires de la région Grand Est, qui vont renforcer la ligne entre Nancy et Thionville, pour qu’on puisse consacrer toutes les rames à deux étages sur le tronçon Thionville-Luxembourg, et que ce système de correspondance se fasse de la manière la plus fluide possible.”
En conclusion, il ne peut que promettre “qu’on va essayer au maximum de limiter les conséquences pour le premier trimestre 2020. Au deuxième trimestre, si le planning se déroule bien, on devrait retrouver le plan de transport habituel. Mais oui, les 3 premiers mois de l’année seront difficiles.”
Sauf si le Luxembourg décide finalement d’accorder trois mois de sursis aux TER... et à leurs passagers excédés!