En immersion avec les déneigeurs de l'A31"Dès qu'il neige, on est sur le front"

Maurice Fick
Dès que Météo France annonce des intempéries hivernales en Moselle, les patrouilleurs de la DIR Est basés à Fameck, sont sur le qui-vive. La neige leur donne du fil à retordre bien après que les flocons soient tombés. Mais le "point noir, c'est le verglas". Dominique Moinel nous emmène à bord de sa saleuse pour déneiger l'A31.

Dès qu’il neige, on est sur le front”, assure Frédéric Schubnel, responsable de la viabilité hivernale au Centre d’exploitation et d’intervention de la DIR Est à Fameck. C’est de là qu’interviennent 16 agents et six chefs d’équipe pour déneiger ou saler l’A31 entre Mondelange et la frontière luxembourgeoise et une courte portion de l’A30 qui va du triangle de la Fensch à Nilvange.

Nous, on est là 24 heures sur 24 et on ne laisse jamais une autoroute avec de la neige. On traite jusqu’au bout de l’événement”, pose Frédéric Schubnel en ce mercredi 7 janvier vers 14h00, alors que tombent les premiers flocons une heure plus tard qu’annoncé par Météo France. Toute la Lorraine est en vigilance jaune “neige et verglas” et “grand froid”.

Les yeux de Christophe Leroy, chef du CEI de Fameck, sont rivés sur les images météo modélisées. Les nuages colorés défilent sur l’écran. Le rouge symbolise le verglas, le gris-bleu la neige et le vert, la pluie. “Et quand c’est bleu foncé, ça correspond à 10 cm de neige par heure”, glisse Christophe Leroy en mettant le doigt sur une masse d’air. Les prévisions passent soudainement d’un centimètre par heure au double, pour la frontière. “À Zoufftgen, ça commence à tomber”, annoncent les webcams sur l’A6 via le CITA.

La première chose, c’est de démarrer au bon moment le salage et de surveiller les points délicats de nos réseaux”, explique Frédéric Schubnel qui donne le “go” à ses patrouilleurs, dont Dominique Moinel qui démarre dans la minute sa saleuse, chargée de sel et de saumure depuis le matin. Comme lui, deux autres chauffeurs se mettent en route pour un arrosage “pré-curatif” de la chaussée avant qu’elle n’ait le temps de blanchir. Dominique file de Mondelange jusqu’à Elange et “nettoiera” les six échangeurs en sens inverse, un collègue d’une société sous-traitante fait le trajet inverse en partant d’Elange. Et un troisième assure le traitement entre le Kinépolis et la frontière luxembourgeoise. Il ira jusqu’à la sortie Dudelange pour faire demi-tour.

Frédéric Schubnel, responsable viabilité hivernale à la DIR Est à Fameck d'où est géré la viabilité hivernal de l'A31.
Frédéric Schubnel, responsable viabilité hivernale à la DIR Est à Fameck d’où est gérée la viabilité hivernale de l’A31.
© Maurice Fick

On est à dix grammes de sel mélangés à la saumure pour qu’il reste collé au sol”, commente Dominique en appuyant sur les boutons de la console qui régulent le débit de la toupie. “Elle est réglée sur sept mètres (d’envergure) pour saler les deux voies”, explique Dominique en circulant sur celle de droite. C’est la règle: les patrouilleurs salent et déneigent toujours prioritairement la voie de droite. Puis la voie de gauche et ensuite la bande d’arrêt d’urgence.

Le chef délaisse les écrans de son bureau, active ceux de sa fourgonnette et se met aussi en route. Les flocons tombent plus densément. “Peut-être qu’on aura cinq centimètres de neige...”, marmonne-t-il en scrutant le ciel gris. Et il lâche: “La neige tant qu’elle tombe, elle tombe”. Sous-entendu le ciel fait ce qu’il veut et la météo n’est pas une science exacte. Tous “ces outils ne sont qu’une aide à la décision” et rien ne remplace “le terrain” et “l’expérience du terrain”, glisse celui qui a trente-cinq ans de DIR Est et d’ex-DDE à son actif.

Nous on aide les gens. Mais les gens pensent qu’on est là pour les embêter.
Frédéric Schubnel, responsable de la viabilité hivernale à la DIR Est.

Dans la foulée, il prévient l’opérateur du Centre d’Ingénierie, de sécurité et de gestion du trafic (CISGT) de la DIR Est à Moulins-lès-Metz qui va activer les panneaux à messages variables. Comme par magie, Dominique, assis dans sa saleuse, voit apparaître au-dessus de sa tête: “Salage en cours - Interdit de dépasser”. C’est le code de la route. Mais “malheureusement tout le monde double”, lance Dominique, “et après on les retrouve un peu plus loin dans le fossé (il hausse les épaules, résigné). Et là, ils nous font signe pour qu’on s’arrête. Mais on ne peut pas s’arrêter”. La mission prime.

Nous on aide les gens. Mais les gens pensent qu’on est là pour les embêter”, résume poliment Frédéric qui, comme tous ses collègues, ne cache pas la frustration vécue par les patrouilleurs dont le métier est de rendre le plus fluide possible les trajets sur l’autoroute, et le comportement inapproprié des usagers, “toujours plus pressés”.

À bord de sa saleuse, Dominique Moinel, ne peut que constater les incivilités. Les usagers le doublent alors que l’interdiction est bien affichée sur les panneaux au-dessus de l’A31.
© Maurice Fick

Dans son camion orange chargé de tonnes de sel avec une toupie, dont il faut contrôler le débit à chaque instant dans le rétroviseur, et une grande lame à l’avant qui dégage la neige, Dominique est contraint de rouler à 50 km/h au maximum “pour bien répandre le sel sur la chaussée” et à 30 km/h seulement, pour déneiger efficacement.

Repérer le verglas sournois

Les usagers qui doublent malgré l’interdiction, les camions qui se mettent en portefeuille, les saleuses bloquées par le flux de la circulation tôt le matin et qui ne parviennent pas à achever leur parcours... c’est le quotidien des patrouilleurs quand tombe la neige. Mais “le point noir c’est le verglas”, lance sans sourciller Frédéric Schubnel. Et pour cause, “la neige les usagers la voient, mais pas le verglas”. Et c’est bien le verglas, plus sournois, qui inquiète le plus les décideurs et les agents de la DIR Est.

Frédéric à “son petit truc à lui” pour sentir si ça gèle ou pas quand le thermomètre oscille entre 1°C et -2°C. Quand il commence à pleuvoir “ma recette est simple. J’ouvre ma fenêtre, je mets ma main derrière le rétroviseur et je regarde s’il verglace. Et si c’est le cas, je me méfie”. Une autre astuce est visuelle: “Comme elles sont en métal, les glissières de sécurité deviennent brillantes” avec le gel.

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