
Ce verdict rendu à Los Angeles conclut que Meta, la maison mère d’Instagram, et YouTube (Google) ont fait preuve de “négligence” dans la conception de leur réseau social et n’ont pas suffisamment averti les utilisateurs de la dangerosité de leur plateforme pour les mineurs.
Après huit journées pleines de délibérations laborieuses, les jurés ont aussi reconnu que ces manquements avaient constitué un “facteur substantiel” des problèmes de santé mentale rencontrés par la plaignante, Kaley G.M.
En conséquence, les jurés ont condamné les deux plateformes à verser au moins 3 millions de dollars de dommages et intérêts à cette Californienne désormais âgée de 20 ans.
Mais la facture devrait grimper pour les deux géants de la tech, le jury ayant retenu, par 10 voix sur 12, que les deux plateformes avaient agi avec l’intention de nuire, ouvrant la voie à des “dommages punitifs” supplémentaires.
Une brève audience doit se tenir dans la foulée de la lecture du verdict pour déterminer ce montant, potentiellement beaucoup plus élevé.
“L’heure de rendre des comptes est arrivée”, ont salué les avocats de la plaignante, dont le dossier a été choisi pour fixer une première référence judiciaire pour des milliers de plaignants aux États-Unis qui poursuivent aussi TikTok et Snapchat.
Ces deux plateformes ont préféré signer une transaction au montant confidentiel avec la plaignante pour éviter le procès.
“Nous sommes respectueusement en désaccord avec le verdict et examinons les options juridiques qui s’offrent à nous”, a réagi un porte-parole de Meta.
Le géant de la tech avait été condamné mardi dans un autre verdict inédit, au Nouveau-Mexique, qui l’avait jugé responsable d’avoir délibérément mis en danger les enfants en les exposant à des contenus dangereux, voire à des prédateurs sexuels.
Un autre procès test sur l’addiction aux réseaux sociaux est prévu à Los Angeles à partir de juillet, tandis qu’une procédure à l’échelle nationale, regroupant des centaines de plaintes similaires, est en cours d’examen devant un juge fédéral californien.
Ces procédures ne portent pas sur les contenus publiés sur les plateformes, immunisées sur ce point par la loi américaine, mais sur la conception même des réseaux sociaux, accusés d’avoir multiplié les fonctionnalités -"like”, défilement infini, démarrage automatique, filtres esthétiques- pour retenir les utilisateurs sur la plateforme, en premier lieu les mineurs.
Dans son cas, Kaley G.M. a raconté être devenue une consommatrice compulsive des réseaux sociaux dès l’enfance, les accusant d’être responsables de ses troubles de santé à l’adolescence, notamment sa dépression, son anxiété et des idées suicidaires.
Le procès, qui s’est étalé sur six semaines de débats, a été marqué par l’audition en personne mi-février de Mark Zuckerberg. Le patron de Meta et fondateur de Facebook avait reconnu que son groupe “aurait pu” agir plus tôt pour identifier et exclure les utilisateurs de moins de 13 ans sur Instagram.
YouTube, de son côté, avait fait profil bas lors du procès, se présentant comme la nouvelle forme de la télévision familiale, jamais condamnée pour nourrir l’addiction, plutôt que comme un réseau social.