
Dans sa petite commune de 300 habitants au Texas (sud), cette professeure de 54 ans a reçu ce mois-ci un document du gouvernement lui offrant trois options.
“Ils te donnent mille dollars pour leur permettre d’accéder à ta propriété et faire ce qu’ils ont à faire”, explique-t-elle à l’AFP. La deuxième option “te permet de négocier une vente ou un accord de servitude” et la troisième, c’est “l’expropriation”.
Depuis son retour à la Maison Blanche en janvier 2025, Donald Trump a fait du contrôle de l’immigration et de l’expulsion des personnes sans-papiers un des objectifs prioritaires de son second mandat. Une politique qu’il doit détailler mardi lors de son discours sur l’état de l’Union.

Lors de son premier mandat, le président républicain avait construit des pans de mur à la frontière mexicaine pour dissuader les migrants d’entrer aux Etats-Unis.
A Laredo, sur la rive américaine du fleuve Rio Grande, frontière naturelle avec le Mexique, les 250.000 habitants vivent sans mur.
En février, au moins 60 propriétaires ont reçu un avis disant que leur propriété était “à proximité de projets de construction d’une barrière frontalière”.
“Nous avons reçu une lettre du gouvernement nous informant qu’ils allaient démolir une partie de ma maison et nous avons cinq jours pour signer les papiers”, déplore Antonio Rosales Jr., dont la maison en bois se trouve dans la zone de construction.
“L’argent qu’ils vont nous donner va être juste suffisant pour louer. Pour acheter une maison, ce n’est pas assez”, ajoute l’homme de 75 ans, se désolant que le gouvernement puisse “tout se permettre”.
Pour Edgar Villasenor, un militant local, “le problème à Laredo, dans tout le sud du Texas et pour toutes les propriétés sur la rive du Rio Grande, c’est qu’ils (le gouvernement) sont en train de procéder à une saisie de terre massive”.
Selon lui, des propriétaires qu’il accompagne finissent souvent par peur, par ignorance ou parce que la pression est trop grande, à accepter la construction du mur, bien que la majorité à Laredo s’y oppose.
La police aux frontières (CBP) “est en train de contacter les propriétaires fonciers dans le cadre du processus d’acquisition des terrains nécessaires à l’accès et/ou à la construction du mur frontalier”, assume un porte-parole de ce bras armé de la politique migratoire de Donald Trump, dans une réponse à l’AFP.
Il s’agit d’”assurer le contrôle opérationnel de la frontière”, conformément “à la législation en vigueur”, a-t-il ajouté.
Le gouvernement veut construire un “mur intelligent” le long des plus de 3.000 kilomètres de frontière avec le Mexique. Selon les chiffres officiels, un tiers de cette frontière était déjà dotée d’une barrière avant le second mandat du président.
Le projet prévoit davantage de murs physiques ou en fonction du lieu, des barrières aquatiques, des chemins pour des patrouilles et des technologies de surveillance.
Selon Kristi Noem, ministre de la Sécurité intérieure, janvier 2026 a été le neuvième mois consécutif au cours duquel “aucun migrant illégal n’est entré dans le pays”.
“Ceux qui disent qu’il faut un mur sont à Washington”, assure Edgar Villasenor. “Les gens qui vivent le long du fleuve, eux, n’ont pas peur” des migrants.
A Eagle Pass, un point de passage important de migrants aux Etats-Unis, des bouées ont été installées. Clôtures et barbelés bloquent l’accès au fleuve.
Pour Jessie Fuentes, 65 ans, qui propose des balades en kayak sur la rivière, ce type de “militarisation n’aide pas”.
La priorité du gouvernement, “c’est seulement la sécurité. Il se fiche du débit de l’eau, de laisser les animaux venir s’abreuver à la rivière ou que la faune et la flore prospèrent. Tout est mort derrière moi”, s’alarme-t-il devant la clôture qui bloque l’accès au Rio Grande.