En France, 49% des 18-24 ans pensent que l’astrologie est une science, contre 43% en 1999, nous révèle une enquête de l’Ifop datant de janvier 2023. Une tendance en plein essor donc. Face à un monde en mutation, un climat mondial tendu, pour avoir des réponses, les jeunes se tournent de plus en plus vers les astres. Un engouement porté par les réseaux sociaux dont les algorithmes promeuvent ces contenus et les placent en tête des fils d’actualité.
Les Gémeaux seraient manipulateurs, les Béliers plutôt dynamiques, les Taureaux créatifs... nombre de jeunes se fient à ce type d’assertions. Par simple besoin de divertissement ou par conviction, l’astrologie attire. Y a-t-il raison de s’inquiéter face à cette montée des croyances alternatives? Où commence le danger? Monique Borsenberger, chercheuse en sciences sociales au Liser et Agnès Liegeon, astrologue, nous décryptent la tendance et ses fondements.
“La prédiction, ça sert en fait à rassurer, on vit dans un monde compliqué, qui est en mutation”, nous explique d’emblée Monique Borsenberger, chercheuse au Liser. Rassurer donc, mais aussi se distraire des tracas du quotidien et se référer à quelque chose de plus grand que soi, qui nous dépasse. Un phénomène qui peut être mis en lien avec le déclin des religions traditionnelles: Le Statec dévoilait en mars 2023 une étude qui présentait le recul des pratiques religieuses au Luxembourg et la montée des spiritualités alternatives.
Se tourner vers l’astrologie, c’est souvent aussi un moyen d’apprendre à se connaître. Agnès Liegeon, astrologue au Luxembourg, nous apprend que la première raison qui pousse ses clients à la consulter, “c’est la connaissance de soi”. Apprendre à mieux connaître ses forces, ses faiblesses, afin de les optimiser dans un monde où il faut être toujours plus performant.
L’étude de l’Ifop révèle également que les jeunes reconnaissent beaucoup moins les bienfaits de la science qu’il y a 50 ans. Une défiance envers les faits scientifiques qui prend de l’ampleur et qui est également illustrée par l’essor des croyances alternatives. Même si l’astrologie apporte surtout du réconfort voire du divertissement, elle n’est pas toujours sans risques. Il s’agit en effet d’une parascience, et comme l’explique Monique Borsenberger: “Beaucoup de jeunes confondent parasciences et sciences. C’est un phénomène inquiétant, parce que la parascience, c’est quelque chose que je crois, mais que je ne peux pas vérifier.”
Les jeunes s’informent de plus en plus via les réseaux sociaux. Or, les fake news y fleurissent et les algorithmes de recommandation enferment rapidement l’utilisateur dans une “bulle de filtres”, c’est-à-dire que son fil d’actualité ne lui propose plus que des contenus qui se ressemblent. Le problème, c’est qu’il n’y a alors plus de place pour l’altérité, la différence.
L’utilisateur est sans cesse conforté dans ses opinions, ses croyances, et n’a pas l’opportunité de les remettre en doute, même si elles sont potentiellement erronées. L’enquête de l’Ifop révèle ainsi que 33% des jeunes ont confiance dans les réseaux sociaux comme Facebook, Instagram ou TikTok, et que “41% des utilisateurs de TikTok croient en l’idée qu’un créateur de contenus/influenceur qui a un nombre important d’abonnés a tendance à être une source fiable”.
Le fil d’actualité ultra-personnalisé de TikTok permet donc l’expansion de parasciences telles que l’astrologie. Et avec elle, l’arrivée d’une génération d’astrologues d’un nouveau genre, des astrologues-influenceurs, contre lesquels Agnès Liegeon met d’ailleurs en garde: “Il y a des risques d’arnaque”.