Afrique du SudLe racket en plein essor, les étrangers en première ligne

AFP
La comparution le mois dernier d'un Sud-Africain et ses deux fils, dont l'un policier, devant un tribunal du Cap, a levé un voile sur une criminalité rampante et en plein essor en Afrique du Sud: le racket de commerces, notamment tenus par des étrangers.
Un spaza shop à Jeffreys Bay, en Afrique du Sud, le 16 juillet 2026
Un spaza shop à Jeffreys Bay, en Afrique du Sud, le 16 juillet 2026
© AFP/Archives

Les trois hommes étaient accusés d'avoir extorqué de l'argent à une cinquantaine de supérettes de quartiers, les "spaza shops", gérés par des Ethiopiens et Somaliens.

Dans le box, un complice présumé, Somalien, était selon l'accusation responsable de collecter tous les mois la "taxe de protection" exigée de ces commerces dans la région de Stellenbosch, prisée des touristes pour ses visites de domaines viticoles, à environ 40 km du Cap.

Selon les autorités sud-africaines, le business de l'extorsion est en pleine expansion dans le pays, et touche des secteurs aussi variés que le BTP ou les boîtes de nuit.

Victimes de ce racket rampant, les gérants étrangers de spaza shops ont de surcroît été pris pour cible lors de la récente vague de violences xénophobes qui a secoué le pays ces derniers mois. Nombre de leurs commerces ont été pillés, incendiés ou fermés de force.

"Les étrangers font des cibles plus faciles car ils ont peur, plus que les Sud-Africains", explique à l'AFP Fransina Lukas, responsable pour la province du Cap Occidental d'un groupe d'habitants qui organise des patrouilles et partage des renseignements avec la police.

Les gangs envoient habituellement une lettre à leur victime exigeant le versement d'une somme mensuelle en échange de leur "protection".

"Si la personne refuse, ils envoient des gars pour braquer le magasin ou harceler les clients. Jusqu'à en arriver à la partie vraiment violente où ils vont carrément tuer des gens", poursuit-elle.

Cette criminalité s'ajoute à celle de la guerre meurtrière que se livrent les trafiquants de drogue dans les townships voisins du Cap.

Policiers de mèche?

En juillet, deux ressortissants étrangers sont morts dans une fusillade dans un spaza shop de la très touristique petite ville de Franschhoek, sur la route des vins. Et un Somalien de 31 ans a été abattu dans son commerce du quartier de Bonteheuwel, au Cap, alors qu'il servait des clients.

La police a attribué ces deux incidents à des faits d'extorsion et non aux récentes violences xénophobes ayant accompagné une campagne contre les étrangers en situation irrégulière.

Selon Mawande Jara, responsable communautaire dans le grand township de Khayelitsha, en périphérie du Cap, "les sommes varient, possiblement en fonction des recettes" du magasin. 

"On nous a dit que les gangs se faisaient communiquer les relevés bancaires d'un commerce pour déterminer combien ils allaient exiger."

L'ampleur du phénomène est difficile à quantifier car les victimes portent rarement plainte: la peur des représailles et le sentiment que des policiers sont de mèche avec les criminels.

"Si vous allez à la police, en un rien de temps ces gens sont au courant que vous avez déposé plainte contre eux", assure le responsable communautaire. "Et là, vous devenez très vulnérable: c'est votre vie qui est en danger.

Gros bras

En juin, une école islamique et une mosquée du Cap ont reçu la visite d'inconnus venus leur réclamer des "frais d'enregistrement" de 3.000 rands (environ 150 euros) et un versement mensuel de 25 euros, a rapporté à l'AFP un représentant de l'établissement, sous couvert de l'anonymat par craintes de représailles.

"Il n'y a pas eu de menaces physiques, mais j'ai été mis en garde que ces personnes étaient dangereuses", a-t-il précisé. Après avoir payé le premier versement, le centre a déposé plainte et l'enquête se poursuit.

Dans certains cas, le recours à des gros bras relève moins d'un racket que de la volonté de régler un différend commercial rapidement et en dehors de tribunaux congestionnés, selon le criminologue Chad Thomas.

"Ce type de pratique est en augmentation car certains opérateurs économiques sont de plus en plus frustrés par la lenteur des procédures civiles", explique-t-il. 

La province du Cap Occidental comptait pour près de la moitié des 112 cas de rackets enregistrés dans le pays entre avril et juin cette année et largement en tête des meurtres de gérants de spaza shops (30 sur 76) sur la même période, selon les statistiques de la police.

En juin, le ministre de la Police par intérim Firoz Cachalia n'a pas caché sa préoccupation teintée d'impuissance face à ce fléau: "Je ne pense pas que nous ayons encore toutes les réponses pour faire face au racket".

"Ca existe depuis longtemps à petite échelle (...) mais c'est vraiment en train d'exploser."

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