
Les producteurs de crémants en France, dont les ventes sont en pleine croissance, s'alarment de voir monter une concurrence étrangère qui pourrait utiliser ce nom sans respecter les critères de production, critères de production a expliqué mercredi leur fédération, déjà intervenue auprès de producteurs allemands et italiens.
Les huit régions françaises productrices de ce vin effervescent (Alsace, Bordeaux, Bourgogne, Die, Jura, Limoux, Loire, Savoie) ont écoulé en 2025 quelque 122,9 millions de bouteilles, soit 58% de plus qu'en 2016, sur fond de décroissance générale du marché des vins. Ces deux dernières années ont à elles seules connu une croissance annuelle à 7%.
La France reste le 1er marché, mais l'export s'étend (43% du total) et la demande est "soutenue" des Etats-Unis, du Canada, du Royaume-Uni ou d'Allemagne, selon la Fédération nationale des producteurs et élaborateurs de crémant (FNPEC).
Mais avec ce succès, la filière constate depuis 2024 l'intérêt croissant de producteurs en particulier en Italie, Allemagne, Autriche ou Europe de l'Est, et "appelle à la vigilance pour que tous les opérateurs (...) respectent les mêmes exigences de qualité telles qu'elles sont définies à l'échelle européenne".
Alors que France, Belgique et Luxembourg sont les producteurs historiques de crémant, les trois conditions permettant de se prévaloir de ce nom ont été inscrites dans une réglementation de l'UE de 2009 : élaboration en méthode traditionnelle, vendange manuelle et rattachement à une région ce qui permet de former une appellation d'origine protégée (AOP).
"La filière arrive à un tournant de son histoire. Plus un produit fonctionne, plus il attire les convoitises", a expliqué à la presse le coordinateur de la Fédération, Louison Bosse-Platière. "Nous ne sommes pas propriétaires du terme crémant. Mais il importe que tous les producteurs désireux (de l'utiliser) respectent bien ces conditions de production".
Les représentants de la filière expliquent avoir dû engager des "démarches pédagogiques" auprès de producteurs allemands et italiens ayant apposé la mention "crémant" sur leurs bouteilles sans remplir toutes les conditions, ou l'ayant intégrée à un cahier des charges non dédié et sans AOP.
"Les Italiens et les Allemands ont entendu que le crémant c'est porteur (...) ils rajoutent juste un macaron marqué +crémant+ sur leur bouteille et ça peut booster leurs ventes. Là-dessus on n'est pas trop d'accord", a résumé le président de la FNPEC, Dominique Furlan, vigneron à Bordeaux - où la part du vignoble consacrée au crémant progresse chaque année.