
Les enfants ne lisent plus? Claudio Valentino Sorgo soupire : “Je vois souvent des jeunes dans le train. Qu’est-ce qu’ils font? Ils lisent des mangas sur leurs smartphones! Les mangas sont très populaires au Luxembourg.”

Les best-sellers s’appellent Naruto, Pokemon, Dragon Ball, One Piece, One Punch Man… “Je suis allé voir Dragon Ball au Kinepolis, à Belval. La salle était remplie comme jamais! On voyait des jeunes, mais aussi des adultes qui ont grandi avec ce manga.”
Et s’il fallait une autre preuve, rendez-vous à la bibliothèque municipale de DIfferdange. Jusqu’au 27 avril, l’Aalt Stadhaus propose une exposition insolite: les oeuvres de trois mangakas installés au Luxembourg. Leurs noms: Kumiyo, Sabrina Kaufmann, et donc Claudio. La première a quitté Tokyo en 2015 pour s’installer au Luxembourg. La seconde est une mangaka luxembourgeoise au talent déjà bien affirmé. Claudio, enfin, est originaire d’Esch-sur-Alzette, et s’apprête à publier le 4ème tome de son manga Roi de la Félicité.
Chacun des mangakas a son univers bien à lui. Celui de Claudio a pour source d’inspiration Dragon Ball, One Piece et Fairy Tail, “son top3" des mangas. L’esprit “Fantasy” plane sur ses planches, où on croise notamment des fées... et des femmes plantureuses. “Certains pensent que les mangas japonais sexualisent trop les femmes. Selon moi, c’est plutôt de l’admiration, presque de la vénération pour la femme.”

La naissance de son premier manga, en 2015, lui a demandé plusieurs années jusqu’au contrat avec un éditeur allemand. Pourquoi un éditeur étranger ? “Cet éditeur, “Tredition”, m’offrait une sorte de guide pour se lancer, car j’avais tout à apprendre.Ce serait bien qu’il y ait un éditeur qui offre ce genre de service au Luxembourg, mais voilà…” sourit-il.
Visiblement, difficile d’être 100% Made in Luxembourg dans le petit monde du manga national. Il en va de même pour la langue : “J’ai choisi le français pour mes mangas, pour toucher la majorité de mon public dans la région. Mais il y a des gens qui auraient voulu qu’il soit aussi en Allemand.” Et en luxembourgeois? “Je trouve que cette langue ne fonctionne pas bien avec les scènes d’action. C’est mon opinion, bien sûr, mais je trouve que le luxembourgeois se prête mieux aux comédies. La preuve avec Superjhemp, ça marche bien.”
Claudio a fait des études de commerce, car vivre à 100% de sa passion était inenvisageable. “C’est très difficile de vivre des mangas ici. Publier des mangas ne suffit pas, il faut aussi faire des ateliers de dessin, des expos et conventions, vendre des illustrations... Mais on y croit. On ne veut pas rester dans notre petit coin, on veut que ça explose au Luxembourg.”

Existe-il des mangakas occidentaux qui en vivent décemment? “C’est rare, mais ça existe. Une allemande, Christina Plaka, est une des meilleures. Mais elle a étudié au Japon” sourit-il. Un pays où il rêve d’aller. “Mais si j’y vais, je sens que je vais acheter une maison là-bas. Ce sera moins cher qu’au Luxembourg… si je prend une chambre de 2m2” rit-il.
Manga Made In Luxembourg, jusqu’au 27 avril, du lundi au samedi et de 10h à 18h (sauf le 22 avril). Aalt Stadhaus à Differdange. Entrée gratuite.