
Avec un taux de remplissage de 87% et 52.700 spectateurs, on peut considérer la saison qui est en train de se terminer comme un succès pour les Théâtre de la Ville de Luxembourg. On notera notamment le succès de l’adaptation théâtrale de Breaking the Waves qui a pu faire une tournée remarquée de 10 dates en France et en Belgique, la venue de metteurs en scène de renom, y compris pour des créations mondiales, comme Jungle Book de Bob Wilson, mais aussi l’accent mis sur les jeunes créateurs locaux à travers le programme Talent-LAB.
La programmation de la saison prochaine continue à faire la part belle aux coproductions internationales de prestige sans négliger les créateurs locaux qui ce soit en leur confiant une production ou en faisant en sorte de les inclure dans un projet international.
Avers 53 spectacles annoncés, dans les domaines de l’opéra, la danse et le théâtre, en français, allemand, luxembourgeois et anglais, au Grand Théâtre ou au Théâtre des Capucins, il n’est pas facile de faire le tri. Voici nos coups de cœur personnels et subjectifs.
Le jury de Capucins Libre a été séduit par ce projet porté par Laure Roldán, déjà distinguée lors d’un
récent TalentLAB, surtout qu’il s"agit, à travers le théâtre, de transmettre des valeurs fortes comme
le courage, la générosité, l’amour fraternel et l’unité familiale envers et contre tout.
Chacun sait que Charles Aznavour, le grand chanteur français mort l’année dernière à l’âge de 94 ans, s’appelait en fait Charles Aznavourian et était d’origine arménienne. Il souffrait d’un physique ingrat et on disait qu’il n’avait pas de voix. Qui aurait pu croire qu’il allait conquérir le monde et devenir le symbole de la chanson française?

La pièce est adaptée d’un livre de sa sœur Aïda et s’intéresse à l’odyssée singulière de la famille Aznavourian qui éclaire tout le siècle dernier. C’est un dialogue entre sœur et frère. Ensemble, ils se souviennent de la conquête du music-hall et de la France par la chanson et par la langue, mais aussi des jours sombres de la guerre, de la mémoire de l’exil.
Le 16 octobre au Théâtre des Capucins
C’est plus qu’un habitué des lieux: sepuis des années, Akram Khan partage avec le public du Grand Théâtre ses histoires et son histoire. Pour cette soirée avec lui en tant que danseur solo, il se base sur les archives du 20e siècle, évoquant l’expérience des soldats coloniaux de la Première Guerre mondiale. Plus de 4 millions
d’hommes non blancs ont été mobilisés par les armées européennes et américaines pendant le conflit, dont environ 1,5 million originaires d’Inde.

Xenos raconte le sort de ces soldats survivants, mutilés et traumatisés, dont les histoires ont été jetées aux oubliettes après la montée du nationalisme indien. Séparés de leur propre histoire, ces oubliés de la Grande Guerre sont devenus des xenoi, des étrangers. Accompagné sur scène par cinq musiciens internationaux de renom, Akram Khan nous emmène avec son vocabulaire chorégraphique mélangeant kathak classique et danse contemporaine à la rencontre de ces destins tragiques.
Les 17 et 18 octobre au Grand Théâtre
Pas de saison au Grand Théâtre sans comédie musicale de fin d’année. À l’affiche cette fois: Cabaret, qui a triomphé non seulement sur les scènes de Broadway et du West End, mais qui, dans sa version cinématographique avec Liza Minnelli et Joel Grey, a notamment remporté huit Oscars.
Berlin, 1931. L’ère de la République de Weimar tire à sa fin et le parti nazi gagne en popularité. Cosmopolite, ouverte, insouciante, Berlin est alors une ville de divine décadence, à l’image du Kit Kat Club, le célèbre cabaret où se produit la légendaire Sally Bowles.

Chronique musicale sur fonds de passions amoureuses et de grands troubles politiques, Cabaret c’est aussi des chorégraphies à couper le souffle – d’autant plus qu’elles sont de Javier De Frutos, dont on n’a pas oublié l’Eternal Damnation to Sancho and Sanchez d’il y a quelques saisons –, des costumes éblouissants et des chansons emblématiques telles que Willkommen, Money Makes The World Go Round, Maybe This Time,
Cabaret évidemment, le tout dans une mise en scène de Rufus Norris, directeur artistique du National Theatre de Londres.
13 représentations du 23 décembre au 4 janvier, avec une soirée spéciale le 31 décembre au Grand Théâtre.
C’est une des rares pointure de la danse belge qui n’est pas encore venu au Grand Théâtre. Wim Vandekeybus et sa compagnie Ultima Vez nous entraînent avec leur création TrapTown dans un univers parallèle sans temps ni espace définis. Les conflits des premiers jours et d’étranges catastrophes naturelles déterminent les relations entre les peuples. Le besoin et une possibilité apparente d’émancipation font surface.

La fascination de Wim Vandekeybus pour l’universalité des mythes anciens a déjà été démontrée dans ses spectacles précédents. Il retourne ici au cosmos sans limites et obscur des anciennes âmes, entremêlant danse, film, texte et musique en une nouvelle mythologie. La danse et les séquences de film créent une expérience live fluide. Pieter De Buysser signe le texte, qui se veut une fable aux dimensions mythiques dans laquelle les tensions de la société actuelle sont palpables sans pour autant être nommées. C’est une histoire entremêlée d’un jeu de mots, de mouvements, d’images et de sons, qui donne à toute la pièce l’ambiance insolite d’un rêve. La bande-son, composée par Trixie Whitley et Phoenician Drive, représente la toile de fond d’une avalanche d’images.
Les 6 et 7 février au Grand Théâtre
La Dame aux camélias, avant de devenir la si célèbre Traviata de Verdi, a d’abord été un roman et une pièce de théâtre d’Alexandre Dumas fils. Arthur Nauzyciel leur rend toute leur portée: cette oeuvre romantique est aussi un document social. L’histoire d’amour déchirante d’un jeune homme pour une courtisane, atteinte de tuberculose, pose dès le 19e siècle des questions frontales sur l’intime, la sexualité et l’ordre social.

Arthur Nauzyciel a donc mis en scène La Dame aux camélias sans pathos, avec âpreté même, pour en faire émerger des dimensions parfois masquées: la place de l’argent dans les rapports d’oppression et de soumission entre les hommes et les femmes; la dimension triviale du dialogue derrière un langage fleuri et romantique; la façon dont une classe sociale, la bourgeoisie du Second Empire, a conçu pour ses propres divertissements la marchandisation du corps et en même temps sa moralisation. Par la force sensuelle et poétique de son écriture scénique, Arthur Nauzyciel ouvre ainsi des espaces pour donner voix aux absents, corps aux disparus.
Croisant les narrations de la pièce et du roman, il y ajoute la force du cinéma, comme pour donner paradoxalement une dimension plus réelle à la présence poétique des acteurs.
Les 12 et 13 mars au Grand Théâtre.
Tout le programme et les tickets sur www.theatres.lu