
Un rapport spécial de plus de 100 pages, présenté en commission de contrôle budgétaire parlementaire lundi dernier, fait le bilan de cette initiative, lancée en 2020 dans un contexte d’urgence sanitaire.
La stratégie de tests à grande échelle, mise en place par la Research Luxembourg Covid-19 Task Force, visait à tester massivement la population pour mieux comprendre l’évolution de la pandémie. Au total, les trois phases de cette initiative ont coûté environ 150 millions d’euros. Le but initial était de détecter rapidement les cas de Covid-19 et de limiter la propagation du virus.
Cependant, cette stratégie a suscité une forte polémique dès ses débuts, notamment en raison de son efficacité et du coût élevé associé. Dès mai 2021, sur demande de l’ADR, la commission de contrôle budgétaire a chargé la Cour des Comptes de mener une enquête sur le financement de ces tests à grande échelle, et ce, à un moment où les critiques commençaient à émerger.
Les critiques sont nombreuses. Gérard Schockmel, député DP et expert en infectiologie, a qualifié le test à grande échelle d’échec. Il estime que les tests réalisés après le premier confinement n’étaient pas pertinents. Selon lui, à ce moment-là, la circulation du virus était faible, avec très peu de cas enregistrés au Luxembourg, ce qui rendait les tests moins nécessaires.
“Quand on regarde la phase 1, qui a eu lieu après le confinement, il n’y avait pratiquement plus de virus en circulation. Les résultats montrent que, sur 600 000 tests, seules quelques centaines étaient positives”, explique le député. Il dénonce ainsi l’énorme investissement pour une efficacité discutable.
De son côté, Franz Fayot, député LSAP et ministre de la Coopération et de l’Économie au moment des faits, a défendu l’approche en soulignant que la situation nécessitait une action rapide et efficace. Selon lui, les erreurs relevées par la Cour des Comptes étaient liées à l’urgence du contexte et à la nécessité de réagir rapidement.
Le rapport de la Cour des Comptes ne s’arrête pas aux critiques sur l’efficacité des tests. Il révèle aussi plusieurs dysfonctionnements dans la gestion des marchés publics.
Parmi les points soulevés, la plainte du laboratoire Bionext en 2021, accusant le gouvernement d’avoir attribué un contrat à Laboratoires Réunis de manière exclusive, est mentionnée. Ce contrat, jugé contestable par certains, a mis en lumière une gestion parfois opaque.
Un autre aspect soulevé par le rapport est la question de la transparence dans les paiements. L’audit de KPMG, chargé de contrôler les factures, aurait révélé qu’une partie de celles-ci a été retenue en raison de doutes sur leur légitimité. Certaines dépenses auraient également été effectuées à tort, augmentant la controverse autour des coûts.
Si le Luxembourg a su réagir rapidement face à la pandémie, le rapport de la Cour des Comptes met en lumière des failles dans la gestion des fonds publics. L’absence de documentation et de procédures écrites dans plusieurs cas soulève des questions sur la rigueur du processus.
La discussion sur ce rapport devrait se poursuivre le 10 mars, lorsque les parlementaires reviendront sur les conclusions du rapport et examineront les mesures à prendre pour éviter de telles situations à l’avenir.
Cinq ans après le début de la pandémie, il est clair que les stratégies adoptées pendant la crise sanitaire continueront à alimenter les débats sur la gestion de l’argent public et l’efficacité des mesures d’urgence.
Le reportage de RTL Télé (en luxembourgeois):