Le Pape François, 87 ans, a effectué ce jeudi 26 septembre une visite officielle à Luxembourg sur invitation du couple grand-ducal et sous haute surveillance. Malgré une journée pluvieuse, le pape a reçu un bel accueil à Luxembourg-Ville et n'a pas hésité à venir à la rencontre de la foule, en papamobile, sur un circuit tracé entre la Ville-Haute et le quartier gare.
La visite du Saint-Père a surtout été marquée par une rencontre avec la communauté catholique à la cathédrale Notre-Dame de Luxembourg et des messages de paix et d'accueil de l'autre, distillés tout au long de cette journée.
39 années séparent la venue de Jean-Paul II au Luxembourg et celle du pape François ce jeudi 24 septembre. Presque quatre décennies durant lesquelles la population luxembourgeoise a explosé et la sécularisation a gagné du terrain.
La population du Grand-Duché a quasiment doublé - le pays compte aujourd'hui 654.000 habitants - et compte quelque 41% de catholiques, selon le Vatican. A l'époque de Jean-Paul II, "79% des Luxembourgeois se déclaraient croyants d'une religion, dont 90% de chrétiens", a rappelé le politologie Philippe Poirier. Depuis 2023, la population luxembourgeoise est devenue majoritairement non croyante.
Tout au long de la journée qui a démarré et s'est terminée sur le tapis rouge du Findel, le pape a accueilli généreusement toutes les mains tendues, avec le sourire. Et ce malgré une journée marathon de huit heures à Luxembourg.
Rappelons que la venue du pape était encore indécise en début de semaine. Le jésuite argentin a souffert d’une grippe lundi et tient un rythme intense depuis fin août. Son déplacement à Luxembourg est intervenu moins de deux semaines après le plus long voyage de son pontificat, un périple de 33.000 km pendant 12 jours dans quatre pays d'Asie du Sud-Est et d'Océanie.
Le pape a décidé de rendre un don de 176.000€ qui venait de lui être fait par l'Église luxembourgeoise, en faveur de la fondation papale. Il a souhaité l'offrir aux pauvres et aux réfugiés du Luxembourg.
Lors de la cérémonie à la cathédrale, le pape a rappelé les bienfaits de l'optimisme. "Nous avons besoin de croyants heureux, pas malheureux" a-t-il insisté. Une phrase qui restera.
La rencontre organisée durant une heure à la cathédrale où avaient pris place de nombreuses personnalités de la vie politique et de la société civile luxembourgeoise, a été placée sous le mot-clé "servir", le thème de la visite papale. On sert avec une nécessité : celle de l'accueil. Il a appelé le Luxembourg à continuer à "faire [du] pays une maison d'amitié pour tous ceux qui frappent à votre porte en demandant aide et hospitalité".

"J'ai vu le taux de naissance. Il faut plus d'enfants" au Luxembourg, ajoutant que ces derniers sont "le futur" de ce pays, a plaidé le pape, un peu plus tôt au Cercle Cité. "Je ne dis pas plus d'enfants, moins de chiens. Ça, c'est ce que je dis en Italie", a-t-il ajouté avec humour.
Le pape, qui a pris la parole après le premier ministre Luc Frieden, a également remercié "profondément" le Luxembourg "pour son esprit d'accueil." "Le Luxembourg a les portes ouvertes et exclut les discriminations", a déclaré le souverain pontife. Ce pays est un "exemple au niveau de l'accueil et l'intégration des réfugiés".
Le grand public luxembourgeois, mais aussi des croyants venus de toute la Grande Région (Thionville, Metz, Trèves, etc.) n'ont pas manqué ce rendez-vous précieux et réconfortant avec le pape François dans les rues de Luxembourg.
"Ça fait beaucoup, beaucoup de bien. Je suis très contente d'avoir vu le pape. Pour, moi c'est le bon Dieu. Vraiment merci, merci le pape d'être venu au Luxembourg", lance Gracinda, en attendant de le revoir à la sortie de la cathédrale. Elle a "spécialement pris congé pour le pape" et est venue de Differdange en compagnie de sa sœur Cise, cap-verdienne également. Elles ont vu "plusieurs fois le pape en vrai" ce jeudi à Luxembourg.
"Comme je ne travaille pas loin, j'en profite entre midi et deux heures pour ne pas louper le passage éclair du pape", témoigne Vanessa, 34 ans, travaille dans le secteur de la finance et a sacrifié sa pause de midi pour "capter" ce moment historique sur la Place d'Armes. Pas question de manquer le pape qui monte dans sa papamobile. Car "c'est une expérience unique dans ma vie", sait bien la maman d'origine camerounaise.
Jessica, 27 ans, Brésilienne en vacances au Luxembourg, a attendu trois heures trente devant le Palais avec son amoureux, Yuri, et une connaissance, Monica, pour "voir le pape pour la première fois" de sa vie. Catholique pratiquante, elle est "très heureuse déjà de se trouver sur le lieu même où se trouve le pape et d'être au Luxembourg au moment où le pape s'y déplace", explique-t-elle la voix un peu tremblante, un chapelet dans la main.
Kasia, 36 ans, mi-Française, mi-Polonaise, ne cache pas ses "sentiments mélangés à cet instant. Ce n'est pas évident". Elle savoure de voir le pape en chair et en os, mais ne peut s'empêcher de penser "à tout se qui se passe dans l'Église. Ça ne m'enchante pas", en tant que croyante. Elle est d'avis que "l'Église pourrait changer un peu. Pourquoi ne prendrait-elle pas des papes plus jeunes pour commencer?"
C'était l'entorse inattendue de cette journée papale réglée comme du papier à musique. Le pape François a surpris tout le monde jeudi en début d'après-midi lorsqu'il s'est spontanément rendu dans le café Gruppetto situé rue Notre-Dame pour y faire une courte pause et boire son expresso.
"On ne s'y attendait totalement pas" a confié Jassin, le serveur du Gruppetto à RTL. "Un monsieur est venu, un monsieur lambda, il me dit "Je suis la sécurité du pape, le pape va venir boire un café chez vous." C'était le café le plus stressant de ma vie mais en même temps, j'étais le plus honoré du monde, c'était vraiment incroyable."
L'établissement a bien évidemment voulu offrir au pape et à toute son escorte, les expressos, mais le pape a tenu à payer l'addition. Laissant, au passage, un généreux pourboire de 100 euros.
Elles ont bravé l'interdit pour interpeller le pape en personne. Sur le pont Adolphe, trois militantes de PETA (People for the Ethical Treatment of Animals) ont surgi juste avant 13h00 sur le tracé du parcours officiel de la papamobile, pourtant hautement sécurisé par la police grand-ducale. L'une des activistes s'est mise à genoux devant la papamobile. Manu militari, les trois femmes ont été repoussées par un garde suisse et par des policiers grand-ducaux.
Un peu plus tard dans la journée, l'association a demandé au pape François de "condamner la corrida comme un affront à Dieu et de mettre fin à l'association honteuse de l'Eglise catholique avec ces spectacles impies"; Les trois activistes ayant perturbé le parcours du pape à travers Luxembourg-ville ont été placées en détention administrative.