
Les bâtiments anciens classés monuments historiques sont souvent transformés de manière non-conforme du point de vue historique ou complètement démolis. Et ce au prétexte qu’il faut simplifier les procédures pour bâtir plus rapidement et plus simplement. Avec l’argument selon lequel “nous avons besoin de logements”, la valeur culturelle du logement est souvent oubliée.
Exemple avec cet immeuble au Limpertsberg qui se retrouve avec une façade dans un état désolant. Une entreprise de construction est responsable de ce “vandalisme professionnel”. Le bâtiment endommagé faisait l’objet d’une demande de classement. Le ministère de la Culture a souhaité geler le dossier, mais à ce moment-là, la façade de l’immeuble était déjà en cours de démolition. C’est incompréhensible pour Paul Ewen, le président du Mouvement patrimonial, une ASBL engagée dans la protection du patrimoine bâti luxembourgeois:
“Nous ne comprenons pas vraiment pourquoi dans ce contexte le logement est uniquement considéré comme une fonction, comme un investissement, comme un élément de croissance et non comme un élément culturel. Préserver la ‘culture du bâti’ dans la croissance est le mot clé, pourquoi n’est-ce pas un sujet, car c’est en fin de compte la culture qui maintient la cohésion d’une société.”
Pour Paul Ewen, ce n’est pas une manière respectueuse de traiter notre patrimoine. Dans le discours sur l’état de la nation du Premier ministre Luc Frieden, pas un mot n’a été mentionné sur la culture, regrette la Fédération pour la protection du patrimoine luxembourgeois. Pour Paul Ewen, il faut inverser la logique en matière de protection des habitations.
“Tout protéger et ensuite lever très très très rapidement cette protection, car nous sommes d’accord que 95% des choses qui sont protégées ne valent pas la peine d’être protégées. Mais de cette manière, vous avez une mainmise, un pieds dans la porte, directement au niveau de l’autorisation de démolition ou de transformation. Ainsi, le ministère de la Culture serait immédiatement informé de tout recours en vue d’une transformation ou d’une démolition. Au lieu de courir derrière ce recours, nous le précéderions.”
Le bâtiment au Limpertsberg n’est pas un cas unique. Il y a par exemple à Kehlen une maison où habitait une famille juive à l’époque de la Deuxième Guerre mondiale. La famille a été déportée et la maison est devenue le siège du “Volksdeutsche Bewegung”, un mouvement nazi qui a existé dans le Luxembourg occupé par les Allemands. Le Mouvement patrimonial a déposé une demande afin de valoriser la culture et l’histoire de la maison. A ce jour, l’association ignore où en est ce dossier, selon Paul Ewen.