À une époque où les voitures électriques étaient encore regardées comme des ovni, Luca * a acheté sa première Tesla. Aujourd'hui, ce résident au Luxembourg fait le point sur les aspects positifs et négatifs de sa conversion à l'électrique, et affirme que ses Model S lui ont fait économiser près de 125.000 euros en 10 ans.

Luca * se souvient bien de sa "première fois" avec Tesla.

C'était en 2014. Il avait été convié dans un hôtel luxembourgeois pour une présentation exclusive d'une Model S : "Quand je suis monté à bord, ça m'a tout de suite fasciné. C'était révolutionnaire ! Il n'y avait pratiquement aucun boutons, à part ceux du warning et de la boîte à gant. Tout se réglait avec le gigantesque écran central." Rien à avoir avec les tableaux de bord traditionnels qui ressemblaient davantage à des cockpits d'avion.

Il a ensuite essayé de démarrer la voiture... sans succès. "Mais où est la clé, ou le bouton start ? C'est là qu'on m'a expliqué qu'on ne démarre pas une Tesla. Dès qu’on rentre dans la voiture, elle est prête à partir, il suffit d’appuyer sur l’accélérateur". Un petit essai décoiffant plus tard, et Luca n'avait plus qu'une idée en tête : l'acheter.

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Tesla a fait des tableaux de bord "épurés" sa marque de fabrique, avec u n vaste écran qui centralise toutes les commandes, comme ici avec l'intérieur d'une Model X. / © Shutterstock

Lorsqu'il veut passer commande, pas le choix : il n'existe alors pas de point de vente Tesla au Luxembourg, (le premier store ouvrira en 2016l'achat se fait exclusivement en ligne. "J'ai payé moins de 1.000 euros à la commande sur le site web, le solde étant à régler à la livraison. Ça s'est fait via un importateur aux Pays-Bas, qui m'a livré la voiture par camion, directement devant ma porte"  explique ce résident qui habite dans une belle maison de Luxembourg-Ville.

C'est ainsi que, pour la bagatelle de 85.000 euros, il s'est offert une Model S85, l’une des toutes premières Tesla à avoir posé ses roues sur le sol luxembourgeois. "Quand je débarquais en ville en Tesla, je voyais des gens avec les yeux écarquillés, ou d'autres qui sursautaient à son passage, car la voiture ne faisait aucun bruit" rigole-t-il.

À cette époque en effet, les voitures électriques étaient encore rarissimes. "Les électriques qui circulaient étaient surtout des petites citadines avec peu d'autonomie, comme la Renault Zoe. Il n'existait pas de voiture électrique haut de gamme, de berline. C'est ça, l'une des idées géniales de Tesla : d'avoir conçu une voiture qui attirerait d'abord les gens aisés, puis de réduire progressivement son coût grâce aux économies d'échelles".

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Fini la file d'attente chez le concessionnaire, le bla-bla avec les commerciaux, les négociations pour une remise, etc. : chez Tesla, une voiture peut s'acheter sur internet en quelques clics. / © Shutterstock

Il change ses plaquettes de frein après... 195.000 km

Avec cette première Tesla, "j'ai fait 120.000 km en deux ans. Je roule beaucoup, pour le travail et les vacances." Sa Tesla avait alors une autonomie de "seulement" 350 km (officiel), et le système pour trouver un superchargeur était balbutiant : "Je devais chercher sur le site de Tesla où se trouvaient les superchargeurs, puis ensuite entrer la destination dans le système de navigation. Et il fallait bien calculer pour éviter la panne sèche."

Il se souvient par exemple d'un voyage en direction du sud de la France. Il devait rejoindre un superchargeur à Nuit-Saint-Georges (près de Dijon), mais "Les températures glaciales m'avaient fait perdre facilement 10-15% d'autonomie. Aujourd’hui, il y a un système qui chauffe les batteries, et on ne perd pratiquement plus rien par temps froid" assure-t-il, même si certains études semblent affirmer le contraire.

Les superchargeurs Tesla se sont depuis multipliés : on en compte plus de 11.000 dans toute l'Europe, et Tesla reste le seul constructeur à avoir son propre réseau de recharge : "Sur les bornes des autres opérateurs, on n'est jamais sûr d'avoir un chargeur disponible, et puis certains vont demander un login pour se brancher, ou une carte visa.... C'est la loterie permanente." Tout le contraire de Tesla, affirme-t-il : "Il n'y a plus d'incertitude. Tout est clair et anticipé. La voiture va te dire de recharger 20 minutes à Nancy, où il y a encore 4 places libres, pour tel tarif, etc. Et depuis 10 ans et 450.000 km en Tesla, je n’ai jamais eu la moindre déception par rapport à ça."

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Luca nous montre une carte des points de recharge Tesla. / © RTL

La plupart du temps, il recharge à la maison : "Je fais rarement plus de 100, 150 km par jour au Luxembourg, et mon chargeur recharge la batterie à la vitesse de 40 à 50 km par heure environ. Donc en 3h, c'est déjà réglé." Sur un superchargeur dans une station Tesla, ça va bien plus vite : "ça commence à charger à 1.700 km/h, donc en 20 minutes une batterie vide peut être totalement rechargée."

Une autre "révolution" avec cette voiture est le fait "qu'on n'a pratiquement jamais besoin des freins. Car dès qu’on relâche l’accélérateur, ça freine très fort pour recharger la batterie." Résultat, "Lorsqu'on descend des cols de montagne, on se retrouve en bas avec plus d'autonomie qu'en haut". Autre avantage : "On économise sur les freins. La preuve, la première fois que j'ai dû changer les plaquettes des freins avec ma deuxième Tesla, c’était à 195.000 km."

"J'ai économisé 125.000 euros depuis que je roule en Tesla"

Pour cette deuxième Tesla justement, une Model S90D, il a déboursé 114.000 euros, attiré par son autonomie accrue (450 km) et ses nombreuses mises à jour. "Ce nouveau modèle avait un nouveau hardware, avec plus de caméras, un autopilote plus évolué..."

114.000 euros, c'est une grosse somme ! "Oui et non, certaines grosses berlines allemandes, c’est le même prix"  répond Luca, qui roulait en Mercedes avant de sa conversion à l'électrique. Mais "quand on prend en compte tous les paramètres, je n'ai jamais eu de voiture si peu chère. Selon mes calculs, depuis 9 ans que je roule en Tesla, j'estime que j'ai économisé près de 125.000 euros."

Pour arriver à ce montant qui semble démesuré, il dit avoir additionné plusieurs paramètres. À commencer par la prime écologique à l'achat ("jusqu'à 8.000 euros"), mais aussi et surtout les économies en carburant, "car jusqu'en 2021, on pouvait recharger gratuitement, et donc rouler sans dépenser un euro."

Désormais, "avec un superchargeur Tesla, ça me coûte 50-60 euros pour faire 1.000 km. Enfin, ça dépend des pays. Au Luxembourg ce n'est pas cher d'autant que je recharge à la maison. En France où ça coûte quelque chose comme 0,28 euro le Kwh, en Suisse c'est 0,4, en Italie 0,5..."

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Luca nous montre l'application Tesla qui lui fournit notamment des statistiques détaillées sur sa consommation d'électricité. / © RTL

Il dit aussi récupérer beaucoup d'argent à la revente grâce à la faible décote des Tesla : "La 1ère Tesla que j'avais acheté 85.000 euros, je l'ai revendu 65.000 euros alors qu'elle avait 120.000 km. Avec mes Mercedes précédentes, la décote était bien plus sévère".

Il comptabilise également les économies réalisées par l'absence de révision. "Les premières années, j'étais allé faire des révisions à Francfort et à Anvers, avant que Tesla n'annonce que c'est inutile et qu'il ne faut venir chez eux que lorsqu'il y a un problème." Tesla le claironne d'ailleurs haut et fort : "Contrairement aux véhicules à moteur à combustion interne, votre Tesla ne nécessite pas de vidange d'huile, de remplacement de bougie ou de filtre à carburant, ni de test d'émissions", peut-on lire sur leur site web. Mais évidemment, certains équipements (filtre à air, liquide de frein, etc.) nécessitent quand même un entretien régulier.

Ce minimalisme mécanique a un effet certain :"les  pannes sont plus rares, car il y a beaucoup moins de pièces en mouvement dans une Tesla, donc moins de risques d'usure, de friction..." Pour preuve selon lui, "On a gardé la 2ème jusqu’à 280.000 km, et il n’y a jamais eu le moindre problème. Et je sais qu'elle roule encore parfaitement bien, puisqu’on l’a vendue à un ami." Là encore, on manque de recul et certaines études affirment que les véhicules électriques tombent plus en panne que prévu.

En janvier 2021, Luca a ensuite commandé sa troisième Tesla, la toute dernière Model S, avec 650 km d'autonomie et un tarif de 96.000 euros... "Elon Musk avait annoncé sa sortie en pleine nuit sur les réseaux sociaux, et je me suis précipité pour la pré-réserver aussitôt."

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Depuis qu'il roule avec, "ce n'est que du bonheur", résume-t-il. Il ne tarie pas d'éloges sur le caractère évolutif de sa voiture. Alors qu'il nous emmène faire un tour à bord, il nous montre sur l'écran un paramètre étrange : le "Joe Mode". Il raconte : "Un jour, un type nommé Joe s'est plaint des "bip bip" agaçants qu'émettaient la voiture dès qu'il y avait un obstacle ou autre, car ça réveillait les enfants qui dormaient à l’arrière. Elon Musk a vu ça et a dit pas de problème, la semaine prochaine vous aurez un update. Cet update s’appelle le "Joe Mode" et permet de réduire le bruit de ces notifications et de les diriger vers le conducteur". Malin !

Et les défauts des Tesla, alors ? 

Sur le web, il ne faut pas chercher longtemps pour trouver des propriétaires de Tesla mécontents, ou des "haters" critiquant la marque et son leader controversé Elon Musk. De notre côté, on n'a pas ménagé nos efforts pour tirer les vers du nez à Luca, mais il le jure la main sur le coeur : il ne trouve que très peu de défauts à sa voiture électrique.

La première difficulté avec Tesla, constate-t-il, ce serait avec... ceux qui n'aiment pas Tesla. "Chez nos proches, les réactions étaient très souvent positives. Mais j'ai a aussi quelques amis qui sont des "petrolheads", des inconditionnels du moteur thermique qui s’amusent à m'envoyer chaque article anti-Tesla, par exemple quand une Tesla prend feu... On sent qu’il y a des gens qui ont une trouille bleue de cette révolution qu’ils ne comprennent pas très bien. Je suis sûr qu’il y a un siècle, les gens qui voyageaient à cheval ont dit la même chose quand les voitures à essence sont arrivées."

Mais comme on insiste, il trouve bien plusieurs "petits défauts". Par exemple, "ils ont amélioré la qualité des finitions, même si on peut toujours reprocher certains détails, certains plastiques, des petits défauts de conception. Oui, honnêtement, ça ne vaut pas la finition d’une Mercedes ou d’une Audi" admet-il.

Il admet aussi une certaine fragilité du véhicule : "C’est une voiture qui est principalement en aluminium, donc quand on ferme le capot avant par exemple, il faut le fermer délicatement avec les deux mains, pour ne pas risquer de faire une bosse. Donc si on a un accident et une carrosserie à refaire, c’est probablement plus cher qu’une voiture classique".

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Tapez "Tesla" sur une plateforme comme Youtube, et vous ne trouverez pas que des fans de la marque... / © Capture d'écran / Youtube

En revanche, en 9 ans de Tesla, il dit n'avoir eu pratiquement aucune panne, seulement des petits soucis sans gravité. Par exemple, "Un jour, alors que j'étais dans le sud de la France, j'ai eu une alerte parce que la petite batterie 12V devait être remplacée. J'ai téléphoné à Tesla, l'opérateur a fait un diagnostic à distance et constaté que la batterie indiquait 11,8 V. Donc il m'a rassuré en me disant que je pouvais rentrer sans problème au Luxembourg, et on a pris immédiatement un rendez-vous pour changer la batterie au Luxembourg, avec un technicien qui est venu directement chez moi".

Il note aussi que lorsqu'il achète un nouveau modèle, "il arrive étonnamment qu’on fasse un pas en arrière au niveau des fonctionnalités et de la fiabilité. Par exemple, lorsqu’ils sont passés à un système de 8 caméras, l’autopilot fonctionnait moins bien qu’avec le système précédent qui reposait sur des radars. Mais comme ils font de fréquentes mises à jour, ils corrigent rapidement ces défauts."

Un ami "vexé" que Tesla ne fasse aucun geste commercial

Autre particularité de Tesla qui a séduit Luca : son modèle commercial "disruptif". "Par exemple, ils ne font pas de remises ou de gestes commerciaux lors de l'achat. Ça a surpris un de mes amis qui était intéressé par une Tesla, et qui était habitué à ce que chez Mercedes, on lui fasse toujours une remise de 10 ou 15%. Chez Tesla, c'est 0%, la remise est déjà intégrée dans le prix officiel, qui est donc le même pour tous. Du coup, mon ami a refusé d'acheter chez eux !" rit Luca.

Nous avons justement contacté Tesla Luxembourg, pour leur proposer de rencontrer un responsable. Voici la réponse obtenue une semaine plus tard, par mail : "Notre politique de communication est assez stricte, nous ne faisons pas d'interviews et ne présentons pas nos employés à la presse/aux médias. Le plus important pour nous, ce sont nos produits et notre mission, et non nos collaborateurs. De plus, la photo/vidéographie est interdite dans nos locaux". Bref, circulez, il n'y a rien à voir.

Décidément, Tesla ne fait rien comme tout le monde. Alors que les concessionnaires classiques accueillent volontiers les journalistes pour parler de leurs produits et du marché automobile, Tesla ferme la porte à la presse. Cela n'étonne pas Luca : "Regardez, pendant l'Autofestival au Luxembourg, est-ce que vous avez vu des pubs pour Tesla? Non, c’est la politique disruptive voulue par Elon Musk, qui préfère court-circuiter les canaux traditionnels et communiquer directement via les réseaux sociaux". Dont X (ex-Twitter), le réseau qu'il détient... et dont il peut manipuler l'algorithme pour mettre en avant sa marque !

* : Luca est un prénom d'emprunt, il préfère garder l'anonymat.

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