
Ces derniers temps, il est beaucoup question d'interdiction de la mendicité et d'obligation de déguerpir ("Platzverweis"), particulièrement à Luxembourg-ville, où il semble aussi que le nombre de sans-abri ait fortement augmenté au cours des dernières années. En tout cas, s'il est un lieu où le sans-abrisme est sans conteste plus visible, c'est l'Îlot gastronomique, juste à côté du Palais grand-ducal.
Depuis un bon mois, plusieurs personnes sans domicile fixe se sont installées devant l'entrée de l'ancien restaurant Goethe Stuff. Mais comme il s'agit d'un terrain privé, les agents du service social "A vos côtés" ne peuvent pas intervenir. Pour la mairie, il appartient aux propriétaires d'agir.
"Si des individus s'incrustent dans des propriétés privées, ils doivent effectivement être signalés à la police et être expulsés. Et les propriétaires doivent bien évidemment veiller à ce que leurs maisons ou leurs propriétés soient sécurisées afin que personne ne puisse y entrer," précise Lydie Polfer, bourgmestre de Luxembourg.
Les propriétaires de l'Îlot gastronomique ne semblent toutefois pas s'intéresser à la situation sur place. Interrogés, ils ont déclaré ne rien savoir à propos de sans-abri. L'Îlot gastronomique, c'est en fait une surface totale de 2.000 carrés répartie sur six étages et pouvant accueillir neuf établissements, de type bars ou restaurants. Mais aujourd'hui, il ne reste qu'un seul local ouvert.
Tanja de Jager est la gérante de ce bar. Elle décrit comment la situation a évolué: "D'abord il n'y avait qu'une seule personne du côté droit de la petite tour, avec un carton, elle se couchait dessus le soir et c'était bon, ce n'était pas plus grave. Maintenant, de l'autre côté près de la Goethe Stuff, dont l'entrée est un peu en hauteur, il y en a un ou deux avec leur pot de yaourt, leur nourriture, leurs palettes pour s'isoler et avec des couvertures pour cacher la vue."
La gérante est préoccupée par l'avenir: "Rien n'est prévu pour ce site. La seule chose que nous savons, c'est que notre propriétaire veut vendre tout l'Îlot, ce qu'il n'arrive pas à faire. La vente aux enchères n'a rien donné, ensuite il y a eu l'une ou l'autre personne intéressée, mais l'affaire ne s'est jamais conclue. Bon à présent, ils nous ont demandé si nous voulions quand même rester (...). Mais nous voulons rester là où nous sommes, non pas ce que nous sommes, comme c'est écrit sur la petite tour (allusion à la devise du Luxembourg ndlt), mais là où nous sommes."
Il serait bon aussi pour la ville en tant que destination touristique, que le Passage du palais dégage à nouveau une image plus conviviale.
"J'estime que quand nous sommes assis sur notre terrasse en été, 50 à 80 groupes de touristes empruntent ce passage chaque jour. Et là, il y avait déjà toujours un problème, l'été ou n'importe quand, parce que le soir, il y avait là des jeunes, des clochards, des sans-abri et ça puait relativement souvent la pisse."
Et cela bien qu'à l'époque l'ex-gérante du restaurant Am Tiirmschen nettoyait chaque jour le sol à l'eau chaude. Mais c'est du passé aujourd'hui et depuis de nouvelles odeurs désagréables sont perceptibles.