Des ex-collaborateurs racontentSex, drugs and rock'n'roll: le quotidien à Dreiborn?

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Dans notre série sur le Centre socio-éducatif de l’Etat, des ex-membres du personnel racontent tout ce qu'ils ont vu et vécu au cours des dernières années.

Le Centre socio-éducatif de l’Etat, en bref CSEE, est souvent appelé aussi la prison pour jeunes, bien qu'il n'en soit pas une. C'est là que sont placés par la justice des jeunes devenus délinquants ou qui ne peuvent plus vivre dans leur famille. L'objectif de ce service est d'aider le mineur et de lui montrer d'autres perspectives.

Dreiborn: un haut lieu de la drogue?

La consommation de cannabis, entre autres, ferait partie du quotidien sur le site du CSEE. "Dreiborn en particulier est entretemps devenu comme un quartier de Marseille", explique l'un des ex-collaborateurs. "Ces jeunes ont leur joint à la main ou dans leur poche, fument devant le personnel et ne se cachent même plus."

Les jeunes n'en feraient plus un secret, car ils ne craignent pas les conséquences. Quelques personnes nous parlent aussi de trafic de cigarettes et de drogues entre jeunes, ainsi qu'entre jeunes et membres du personnel.

"Et si nous les voyions, nous devions simplement les laisser faire. Laissez-le fumer: c'était la réaction venue d'en haut. Tout selon la devise 'éviter toute confrontation'", selon un autre ex-collaborateur.

En raison de la création de l'Unisec et des groupes de vie, qui se trouvent sur le même site, cigarettes et stupéfiants réussissent toujours à franchir les murs de l'Unisec. "Les murs de la cour ne sont pas suffisamment hauts. Les jeunes à l'extérieur peuvent communiquer avec les pensionnaires à l'intérieur, et lancer des objets tels que des cigarettes, par exemple, au-dessus de la clôture."

Si les jeunes sont ensuite fouillés, certains membres du personnel ne feraient pas la fouille correctement et cela délibérément, comme le raconte un ex-employé. "Nous voyons que l'adolescent fourre son joint dans sa poche. Il est alors appelé par certaines personnes pour être fouillé, et on me dit que je n'ai pas besoin d'être là, elles vont s'en occuper. Peu après, l'ado sort, il sort le joint de sa poche et commence à fumer. vous ne pouvez pas me dire qu'elles ne l'ont pas remarqué."

Il n'y a pas que les cigarettes et la drogue qui ne seraient pas réprimées. La sexualité est un problème aussi.

Des relations sexuelles pas seulement entre mineurs

Les jeunes placés au CSEE sont en pleine puberté. On peut s'imaginer que la sexualité soit aussi une problématique. Particulièrement à Schrassig, il n'a pas été possible de faire cesser cela pendant un certain temps. A l'origine, Schrassig était le site pour adolescentes. Pendant un certain temps, le site a hébergé aussi bien des filles que des garçons. Il y aurait alors eu régulièrement des relations sexuelles entre mineurs. Des couples se formeraient parfois entre jeunes.

"Ce n'est toutefois pas le problème primordial", comme le pense l'un des ex-collaborateurs. "Mais ces jeunes, que nous prenons en charge, viennent souvent de familles instables. Nous avions un jeune couple dans notre structure. Ils ont ensuite été placés ensemble dans un groupe de vie à Schrassig. Dans une chambre avec un lit double. Evidemment la fille est tombée enceinte. Un certain nombre de pédagogues n'ont pas apprécié cette décision, mais "là, au moins ils sont encadrés" a été la réponse. Après la naissance de l'enfant, ils se sont bien sûr séparés et le jeune père est tombé dans la drogue. Avec cette décision, un enfant est à nouveau né dans une famille instable."

Les relations sexuelles, les couples qui se forment, tout cela n'a pas seulement lieu entre mineurs. Ces dernières années, les interactions se seraient multipliées entre le personnel et les pensionnaires.

Des photos dénudées d'éducatrices circuleraient parmi les adolescents. Mais il n'y a pas que des photos. A l'Unisec, une agente de sécurité aurait eu une relation avec un pensionnaire et elle se serait poursuivie après le départ de l'ado de l'Unisec. "Une éducatrice de l'Unisec est même tombée enceinte d'un jeune qui était placé là", raconte un ex-membre du personnel.

Une autre éducatrice aurait eu une affaire avec un pensionnaire d'à peine 16 ans. Elle était l'éducatrice référente, c'est-à-dire l'interlocutrice et la personne de contact pour les jeunes. Elle aurait toujours disparu pendant des heures dans la chambre du mineur, lui aurait fait des cadeaux et l'aurait caché chez elle quand il s'est enfui de Dreiborn. "Elle l'a toujours visité seule en cellule, quand il était à l'isolement, alors qu'il figure dans notre règlement, que nous pouvons uniquement être à deux chez un jeune en cellule, pour des raisons de sécurité", précise un ex-collaborateur.

Un autre témoin nous raconte cette histoire: "Des jeunes en ont parlé ouvertement et il a été divulgué que l'éducatrice avait aussi eu quelque-chose avec d'autres garçons. Des messages ainsi que des vidéos entre l'un d'eux et l'éducatrice ont été découverts." Il y a eu de plus en plus d'histoires qui sont sorties et même des membres du personnel s'en seraient plaints auprès de la direction. Avec quelles conséquences? "Il n'y a eu aucune suite. L'éducatrice travaille toujours pour le CSEE!"

Comment réagit la direction face à de telles affaires?

"Si la direction sait que des choses circulent parmi le personnel ou s'il y a des preuves vraiment tangibles, nous recevons un mail de la direction qu'il y a eu un incident et qu'ils sont informés. Le mail rappelle toujours aussi le secret professionnel et que nous ne devons pas en parler à l'extérieur."

Un certain nombre de membres du personnel auraient cependant transmis des preuves à la police judiciaire. Le parquet a confirmé à RTL qu'il avait été chargé en 2021 d'un dossier concernant une relation sexuelle entre une éducatrice et un mineur de 16 ans placé à Dreiborn. Mais l'affaire avait été classée par le parquet, parce qu'il y avait un doute.

Les stupéfiants sont un problème, confirment la direction et le ministère de l'Education, de l'Enfance et de la Jeunesse

La direction ne nie pas que des drogues, principalement du cannabis, circulent dans les structures du CSEE. Au contraire, "La drogue est notre plus grand adversaire", selon la sous-directrice du CSEE, Joëlle Ludewig.

De nombreux mineurs qui arrivent au CSEE, consomment des stupéfiants. Cela serait souvent lié à des expériences traumatisantes des jeunes. La plupart consommeraient du cannabis pour oublier ces problèmes à court terme, maîtriser leurs émotions et s'en sortir. Le CSEE se positionne cependant clairement contre la drogue. "Si nous voyons quelqu'un avec des substances illégales, elles lui sont confisquées et transmises à la police. C'est aussi rédigé par écrit dans le rapport destiné au juge."

Au CSEE, ces faits sont traités disciplinairement. Le jeune risque ainsi un avertissement s'il est surpris pour la première fois ou l'isolement s'il récidive régulièrement. Ce serait aussi traité pédagogiquement. L'éducateur Yannick Gomes, par exemple, aimerait proposer aux mineurs des alternatives pour gérer les émotions et le stress "Dans des situations où le jeune nous dit qu'il aimerait consommer maintenant, on peut aller courir avec lui. S'il est plus détendu ensuite, il remarque lui-même qu'il existe d'autres possibilités. Mais il s'agit souvent d'un long processus. On ne peut forcer personne à arrêter du jour au lendemain."

Cependant, il serait tout aussi important de réagir si le mineur ne consomme pas. "Je pense qu'il est tout aussi important de dire au jeune comment je le vis quand il n'est pas sous l'emprise de la drogue que de lui dire comment c'est quand il a consommé", explique le coordinateur d'un groupe d'adolescents.

Des analyses d'urine seraient cependant réalisées régulièrement pour voir si le jeune consomme plus ou moins. Dans les cas difficiles, la direction coopérerait également avec la psychiatrie, afin que le mineur puisse faire une désintoxication. Ou bien l'adolescent est dirigé vers des structures telles qu'Impuls.

En plus, les pensionnaires seraient fréquemment fouillés quand ils rentrent de week-end, afin d'éviter qu'ils rapportent des stupéfiants sur le site. Si la drogue est plus présente sur le site, la direction ferait venir la police avec une équipe cynophile. Chaque mineur et chaque chambre seraient alors fouillés individuellement.

Des professionnels manquant de professionnalisme, mais aussi de simples êtres humains

En ce qui concerne les affaires sexuelles sur le site, la direction trouve que c'est un grave manque de professionnalisme. "Si cela se produit et que nous sommes informés, nous réagissons immédiatement. Un tel comportement n'est pas toléré de notre part. Il faut toutefois aussi comprendre que la présomption d'innocence s'applique. Tant qu'il n'y a aucune preuve et aucun jugement, nous ne pouvons rien faire de concret." La direction chercherait la discussion avec le personnel concerné et transmettrait tout à la police. Mais si comme dans ce cas de 2021, l'affaire est ensuite classée par la justice, parce qu'il n'y a pas suffisamment de preuves, elle ne pourrait rien entreprendre de plus. "Il faut aussi réfléchir au fait qu'il y a un droit du travail. On ne peut pas simplement jeter quelqu'un dehors à cause de rumeurs", explique aussi Gilles Dhamen du ministère de l'Education, de l'Enfance et de la Jeunesse.

Dans un autre cas, où une collaboratrice a elle-même avoué une relation sexuelle avec un mineur, la personne concernée a été immédiatement suspendue puis a démissionné. La direction réfute définitivement que de tels incidents soient simplement ignorés.

"Bien sûr, chaque collaborateur ici est seulement un être humain. Mais il y a aussi des limites. L'une trouve par exemple ok de faire un cadeau à un pensionnaire, comme une paire de chaussures, parce qu'elle pense bien faire. Nous sommes cependant d'avis que cela va déjà trop loin", explique Joëlle Ludewig.

Concernant les fouilles, la direction ne comprend pas les accusations des ex-membres du personnel. Chaque collaborateur recevrait une formation spéciale. Cela va de la simple fouille avec simple palpation, à la fouille intégrale où le mineur doit se déshabiller. Là, il y a également l'exigence de protéger au mieux l'intimité du jeune dans cette situation stressante.


*De l'extérieur, nous ne savons pas grand-chose sur la façon dont les choses se passent vraiment au CSEE. C'est notamment dû au devoir de réserve du personnel. Cinq ex-collaborateurs du Centre ont cependant tenu à parler. Afin de les protéger, ils resteront anonymes. Nous ne préciserons pas non plus sur quel site ils ont travaillé. Ce qui était véritablement important pour nous dans ces interviews, c'était qu'ils parlent tous uniquement de choses qu'ils ont vues ou entendues eux-mêmes.*

 

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