
Après un reportage sur la mendicité dans la capitale, Céline Spithoven a été contactée par Svenja, 26 ans, qui a repris le stand de vente de ses parents il y a trois ans et se rend sur plusieurs marchés à travers le pays. La journaliste avait vécu l'expérience de la situation avec les mendiants à Luxembourg avec une tranquillité relative. Mais au marché de la ville-haute, cela ne se passerait pas aussi calmement, lui raconte Svenja. Cette dernière l'a emmenée le samedi 22 avril au marché sur la Place Hamilius.
Il est à peine 7h00 quand nous arrivons avec la camionnette sur la place du marché. La première personne à attendre est déjà assise à l'entrée. Mais il y a quelques mois, c'était encore bien pire, indique Svenja, qui me montre une vidéo remontant à janvier 2023.
Plus le temps passe, plus il en vient. Les uns s'assoient par terre avec un gobelet ou une pancarte, d'autres se promènent sur le marché. Certains se déplacent d'un endroit à un autre afin d'avoir la position où il y a le plus de passage.
Les uns sont encore relativement jeunes et parlent luxembourgeois, les autres sont alcoolisés. L'un me parle italien et puis il y a des femmes plus âgées avec des foulards et des sacs qui s'assoient et attendent près de l'ancienne banque.
Mais même si les mendiants sont relativement nombreux sur la place du marché et autour, je vis personnellement cette journée-là de manière plutôt tranquille. Il faut toutefois dire que la présence policière est renforcée dans la capitale, à cause du mariage civil de la Princesse Alexandra.
Svenja et un certain nombre d'autres commerçants ambulants me racontent cependant à quel point c'était devenu grave ces derniers temps sur la place du marché.
Plusieurs caisses enregistreuses ont été volées, des clients se font dérober de l'argent dans leur poche et les commerçants ambulants sont agressés, même avec des violences physiques, comme ils me le racontent.
Les mendiants qui font partie de bandes organisées ne constitueraient pas nécessairement le plus gros problème ici. "Il y a un certain nombre de sans-abris, qui ont un problème de drogue ou d'alcool. Bon, ils ne sont souvent pas tout à fait eux-mêmes et deviennent parfois agressifs s'ils n'obtiennent pas ce qu'ils veulent", selon Margarida Dias, qui a un stand de fruits et légumes depuis 30 ans.
Svenja a également vécu une telle expérience. Quand quelqu'un lui a commandé de la nourriture, puis a prétexté ne pas pouvoir payer, elle a refusé de lui donner la nourriture sans paiement. "Il a alors simplement essayé de m'arracher les sacs des mains. Ils ne volent pas seulement des caisses, mais aussi des aliments. Lorsqu'ils sont surpris, ils deviennent souvent violents."
Il y a quelques semaines, un commerçant du marché a même été pris par le cou parce qu'il avait surpris un groupe qui voulait voler un kiwi.
"Cela donne déjà un sentiment d'insécurité", selon Svenja, qui inquiète aussi la clientèle.
Certains auraient déjà tenté à plusieurs reprises d'aller à la rencontre des mendiants. "Parfois nous leur proposons quelque-chose à manger, ce n'est pas cela qui va nous tuer. Mais alors nous sommes injuriés ou ils nous relancent la nourriture. Ils voudraient uniquement de l'argent", me racontent directement plusieurs commerçants ambulants.
"Et si vous leur donnez un ou deux euros, ils viennent la semaine suivante demander 10 euros et 50 euros une semaine plus tard. C'est une honte", trouve Svenja. En plus, les mendiants feraient de bonnes affaires au marché, comme le comprennent les commerçants qui font les marchés peu avant la fermeture. "Ils viennent alors chez nous pour échanger les pièces de monnaie récoltées. Et nous ne parlons pas ici de cinq euros, mais de 200 ou 300 euros. C'est un peu fort pour nous, car nous, nous devons travailler ici toute la journée pour cet argent", explique la jeune vendeuse
La situation sur le marché se serait déjà améliorée depuis que les Streetworker de l'association "A vos côtés" circulent ici, d'après Sylvie, qui travaille sur le marché depuis 17 ans. "Ils parlent avec eux, leur disent dans quelle structure ils peuvent aller ou ils les calment si cela dégénère." Mais il serait seulement possible d'aider ceux qui veulent de l'aide.

Le nouveau règlement, qui doit interdire à l'avenir la mendicité dans la capitale, est généralement considéré comme bon, même si un certain nombre de commerçants ambulants estiment que le problème qu'il y a derrière devrait également être résolu. Mais le règlement devrait aussi être mis en oeuvre dans la pratique. Une présence policière renforcée serait également souhaitée, et pas seulement en cas d'événement.