Dans l'interview du Nouvel An sur RTL Télévision, le Premier ministre Xavier Bettel a glissé des critiques subtiles à l'égard du LSAP et des Verts. Certains d'entre eux se sont montrés légèrement irrités.

Le 1er janvier, l'interview de Xavier Bettel sur RTL Télévision a été l'occasion pour lui de tirer un bilan et d'envisager des perspectives politiques.

Le Premier ministre a défendu la politique menée ces dernières années par son gouvernement. Mais en cette année d'élections, Xavier Bettel espère que l'ambiance dans la "famille gouvernementale" ne soit pas affectée négativement par la campagne électorale. Ce qui ne l'a pas empêché de lui-même de formuler lui-même des critiques envers les partenaires de la coalition. Notamment le LSAP. Il a également tracé des lignes rouges sur lesquelles le DP, son parti, ne veut pas déroger.

PAS DE RÉDUCTION DU TEMPS DE TRAVAIL

Déjà farouchement opposé à l'idée, Xavier Bettel a réaffirmé sa position: ni lui ni le DP ne veulent réduire le temps de travail.

Une position qu'il justifie par l'état du marché du travail: même si son économie crée de nombreux postes chaque année, le Luxembourg est proche du plein-emploi et les entreprises ont beaucoup de mal à recruter. Au point que certains secteurs sont en pénurie de main-d'œuvre. "Si le temps de travail est réduit, il faut davantage de main-d'œuvre, ce qui entraînerait également plus d'embouteillages sur les routes" explique le Premier ministre.

Plutôt que de mettre fin à la semaine de 40h, mesure qui ne laisse pas ses électeurs indifférentsle Premier ministre mise plutôt sur la flexibilité. Il envisage par exemple un temps de travail à la carte, dans lequel les différentes composantes pourraient être sans arrêt modifiées. Cette métaphore culinaire est tout à fait sympathique au ministre socialiste du Travail, Georges Engel. Il serait cependant essentiel de veiller à ce que la flexibilité profite à la fois aux employeurs et aux salariés.

Avec la flexibilité, il serait toutefois important de prendre garde. Afin d'éviter que cette discussion ne soit menée émotionnellement, une étude a été commandée l'année dernière pour étudier les avantages et les inconvénients d'une réduction du temps de travail. Les résultats de cette étude doivent être présentés début 2023, le ministre du Travail ignore toutefois à quelle date précisément.

UNE DISCUSSION POUR MODIFIER L'INDEX?

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© SIP / Jean-Christophe Verhaegen

Xavier Bettel ignore si le plafonnement de l'index sera un enjeu électoral. Il n'a pas voulu l'exclure pendant l'interview. Lors des dernières négociations tripartites, les syndicats lui auraient signalé clairement qu'ils étaient opposés à un plafonnement.

Interrogée, la Vice-Première ministre socialiste Paulette Lenert se montre en revanche ouverte à une discussion sur l'opportunité et la manière éventuelles de repenser l'index. Mais elle précise aussi clairement que son parti ne se prononce pas pour l'instant pour un plafonnement et que personne n'a d'idée d'un montant concret. Elle voudrait simplement une discussion générale avec une issue ouverte.

Selon elle, il ne devrait y avoir "aucun tabou, particulièrement en des temps aussi incertains". Paulette Lenert insiste également sur le fait que la refonte de l'index irait de pair avec une réforme fiscale.

La coalition actuelle avait initialement promis d'en conduire une durant cette législature, avant de se raviser. "Il devrait définitivement y en avoir une dans la prochaine législature" ajoute Paulette Lenert, qui n'exclut pas que la réforme fasse aussi des perdants. Possiblement parmi les mieux lotis. Le LSAP évoque, par exemple, l'introduction d'une nouvelle classe d'impôt.

Sans grande surprise, Xavier Bettel a expliqué qu'il souhaite rester Premier ministre après les élections législatives d'octobre. Tout en laissant entendre qu'il pourrait imaginer rejoindre un gouvernement en tant que "simple" ministre, si l'ambiance entre les partenaires était bonne.

Pressentie pour être tête de liste du LSAP, Paulette Lenert n'a pas encore annoncé officiellement sa candidature. Il semble toutefois que l'annonce ne devrait plus se faire longtemps attendre.

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PLUS D'INVESTISSEMENT DANS LE LOGEMENT

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© Towfiqu Barbhuiya / Unsplash

En ce qui concerne la situation en matière de logement, Xavier Bettel s'est montré critique avec le Fonds de pension. Selon lui, trop d'argent aurait été investi dans les énergies fossiles plutôt que dans le marché du logement. Mais le Premier ministre dit n'avoir eu "aucune influence" sur cette décision, car il ne siège pas dans l'instance compétente.

En tant que ministre de la Sécurité sociale, Claude Haagen est en charge du Fonds de pension. Interrogé, le ministre socialiste souligne que le Fonds investit également dans la construction de logements. À l'avenir, il devrait également investir davantage dans la construction de bâtiments administratifs.

Un exemple positif serait la Cité de la Sécurité sociale. Il serait également normal que le Premier ministre n'ait pas une vue d'ensemble complète du vaste portefeuille du Fonds de pension. Claude Haagen rappelle également qu'il avait demandé début décembre un débat de consultation à la Chambre sur la politique d'investissement du Fonds de pension. On ignore quand le débat aura lieu.

UNE MAUVAISE NOTE POUR HENRI KOX

Mais le ministre vert du Logement, Henri Kox, s'est également fait épingler par Xavier Bettel. La nouvelle loi sur le bail à loyer a été fortement critiquée de toute part au cours des dernières semaines. En partie parce qu'elle ferait augmenter les prix des loyers et reculer l'activité dans la construction.

Le Premier ministre qualifie certaines des décisions prises récemment et la communication du ministre de "pas des plus opportunes", surtout parce que les taux d'intérêt ont fortement augmenté. Il a précisé que les textes législatifs déposés n'étaient pas gravés dans le marbre. Le ministre du Logement pourrait consulter les acteurs sur le terrain et ensuite présenter de nouvelles propositions. Interrogé, Henri Kox n'a pas souhaité commenter les déclarations de Xavier Bettel.

En revanche, le coprésident des Verts, Meris Sehovic, s'est exprimé. Xavier Bettel avait mis en garde contre une révolution en parlant de la finance verte et de l'industrie. Il faudrait avancer pas à pas sur la voie d'une société plus durable. Dans le cas contraire, il y aurait le risque que des fonds d'investissement surtout tournent le dos au Grand-Duché et migrent à l'étranger. Bien que le Premier ministre n'ait pas mentionné les Verts, ses déclarations semblent viser le plus petit partenaire de la coalition.

"ÉVIDEMMENT UN PREMIER MINISTRE LIBÉRAL N'EST PAS VERT"

Meris Sehovic ne se sent pas attaqué, mais c'est simplement ainsi, il y a des divergences entre les partis. "Évidemment un Premier ministre libéral n'est pas vert", selon Meris Sehovic. En tant que vert, il aimerait aller plus loin dans certains domaines. Car "à la différence du DP, nous pensons que les responsables politiques devraient prendre proactivement leurs responsabilités pour fixer un cadre économique".

Il souhaite avant tout investir dans des innovations, afin que le Luxembourg atteigne la neutralité climatique en 2050. Le coprésident des Gréng prend la défense d'Henri Kox face aux critiques de ces dernières semaines. Le ministre du Logement aurait pris de nombreuses mesures et sa politique apporterait des réponses aux défis présents.

Reste à savoir si le vœu du Premier ministre d'une bonne ambiance au sein du gouvernement jusqu'aux élections sera exaucé. Cela pourrait aussi dépendre de ce que Xavier Bettel dira dans ses prochaines interviews.