
Les deux adolescents sont présentés jeudi après-midi à un juge d’instruction en vue de leur mise en examen pour assassinat, a ajouté le procureur de la République de Reims François Schneider lors d’une conférence de presse jeudi après-midi.
Le parquet a requis leur placement en détention provisoire, en maison d’arrêt pour lui et en établissement pour mineurs pour elle. Ils encourent tous deux 20 ans de réclusion criminelle, une durée qui pourrait passer à 30 ans pour la petite-fille, si l’excuse atténuante de minorité n’est pas retenue, a souligné le procureur.
Selon leurs récits en garde à vue rapportés par le procureur, c’est l’adolescente qui a indiqué avoir planifié de tuer ses grands-parents, chez qui elle vivait, parce qu’ils s’opposaient à sa relation avec son petit ami. Les grands-parents avaient la garde de l’adolescente.
Son petit ami, âgé de 15 ans, était “d’accord avec cette idée” de tuer les grands-parents et avait “accepté d’y participer”, a précisé le magistrat.
La jeune fille a également assuré en garde à vue que sa grand-mère lui “aurait mis des gifles” en raison de cette relation, qui durait depuis “quelques mois”, selon M. Schneider.
Son projet remontait à “au moins 15 jours” avant les faits, commis selon l’enquête lundi matin, a-t-il ajouté. Cette préméditation a mené à la requalification des faits en assassinat.
D’après le magistrat, le jeune homme, connu pour des faits de violences avec arme, est entré au cours du weekend, sans se faire repérer, dans la maison des grands-parents, dans la petite ville de Villers-Semeuse, à côté de Charleville-Mézières. Cela a mis la grand-mère “en colère” lorsqu’elle a trouvé l’adolescent dans la chambre de la jeune fille lundi matin.
D’après les auditions des suspects, la jeune fille aurait alors commencé à poignarder sa grand-mère à deux reprises, puis son petit ami aurait porté un coup de couteau au grand-père, venu car “alerté par les cris” de sa femme.
Les deux adolescents ont ajouté avoir ensuite porté des coups de couteau et de pied aux deux grands-parents, à terre et encore vivants, selon le procureur.
Le corps du grand-père, 74 ans, était porteur de “cinq plaies par arme blanche”, notamment une au thorax, “cause de la mort par hémorragie”, d’après l’autopsie pratiquée mercredi.
La grand-mère, 71 ans, présentait quant à elle six plaies par arme blanche, dont “deux plaies thoraciques mortelles”, ainsi que des traces de choc au visage. Les deux corps ont été découverts par la police dans la cave de la maison mardi matin a rapporté le procureur.
Les enquêteurs ont également retrouvé dans l’évier une lame de 21 centimètres, nettoyée et qui pourrait correspondre selon le médecin-légiste à l’arme du crime. Les deux adolescents ont été interpellés mardi après-midi dans une friche industrielle à Sedan, à quelques kilomètres de Villers-Semeuse.
Les enquêteurs et les magistrats ayant entendu les deux mineurs “ont été frappés par leur absence complète d’émotion et leur froideur générale, hormis quelques pleurs”, a souligné le procureur.
Le mobile n’est “pas pécuniaire”, a souligné le procureur, mais les deux adolescents, qui ont trouvé dans la chambre des grands-parents une boîte contenant plusieurs milliers d’euros en liquide, ont acheté “trois smartphones haut de gamme”.
La découverte des corps a plongé dans l’effroi Villers-Semeuse, 3.700 habitants. Son maire, Jérémy Dupuy, a fait part mercredi à l’AFP de son incompréhension face à un drame “irréaliste”, alors qu’il “n’y avait aucun signe de rien du tout”.
La jeune fille ne faisait pas parler d’elle, a assuré l’édile, soulignant que les grands-parents étaient des “retraités très actifs”, impliqués dans le tissu associatif local.
Ils vivaient modestement dans cette ancienne cité ouvrière et s’occupaient de leur petite-fille “depuis qu’elle était petite”, a précisé l’élu.