
“J’ai trouvé ces attaques ignobles (...), nous sommes ici en France, c’est la République française qui reconnaît tous ses enfants quelle que soit leur origine”, a dit sur RTL le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, en ajoutant: “je suis très choqué par ces propos”.
“On ne peut pas avoir ce genre de dérapage. C’est inacceptable”, a-t-il insisté.
Sur France Inter, la ministre de la Culture, Catherine Pégard, a elle aussi condamné “des attaques ignobles, inadmissibles”.
“La liberté d’expression ne peut pas aller contre les règles du droit, les règles de la civilité”, a-t-elle ajouté en référence à CNews, qui fait de la liberté d’expression son étendard.
Bally Bagayoko, qui compte porter plainte, a néanmoins regretté quelques minutes plus tôt sur la même antenne le silence d’Emmanuel Macron: “Ce qui est le plus scandaleux, c’est qu’il n’y a aucune condamnation (...) au niveau de l’Élysée, pour porter la grandeur (de) ce qu’est la France, qui a toujours été première de cordée en fait contre les propos racistes”.
Ces condamnations émanant de membres du gouvernement font suite à des propos tenus vendredi sur CNews, lors d’un débat consacré aux premiers jours de mandat de Bally Bagayoko, élu dès le premier tour des municipales le 15 mars.
Est-ce que ce maire “essaye de pousser les limites ?”, demande le présentateur. “Sûrement qu’il y a un peu de ça. Maintenant, c’est important de rappeler que l’homo sapiens, nous sommes des mammifères sociaux et de la famille des grands singes. Et par conséquent, dans toute collectivité, dans toute tribu - nos ancêtres chasseurs-cueilleurs vivaient en tribus - il y a un chef qui a pour mission d’installer son autorité”, a répondu le psychologue Jean Doridot en plateau.
En retour, la cheffe des députés LFI Mathilde Panot a dénoncé sur X un racisme “crasse et décomplexé”, y voyant une comparaison entre M. Bagayoko et “un singe et un +chef de tribu+”. Elle a annoncé saisir l’Arcom, le gendarme de l’audiovisuel et du numérique, suivie par d’autres élus de gauche.
Samedi, la chaîne du groupe Bolloré s’est de nouveau trouvée au cœur d’une polémique, après des propos du philosophe Michel Onfray prêtant à M. Bagayoko une attitude de “mâle dominant” pour avoir appelé à faire “allégeance” après son élection.
Dans un communiqué lundi, CNews a dit “(contester) formellement que de quelconques propos racistes aient été tenus” sur son antenne. La chaîne évoque des extraits “tronqués et sortis de leur contexte”, des “pratiques” qui selon elle “participent à une instrumentalisation à des fins polémiques”.
Le Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples) a annoncé lundi qu’il déposerait plainte, alertant “sur la normalisation inquiétante d’un discours qui réactive des schémas racistes profondément enracinés”.
Le dirigeant de SOS Racisme Dominique Sopo avait dénoncé samedi auprès de l’AFP une “attaque avec d’évidents relents racistes”. “Arriver à mettre dans la même phrase quasiment les termes de singe et de tribu, on voit bien que ça renvoie à un imaginaire, qui fait partie d’ailleurs du programme quasiment officiel que s’est assigné CNews en termes d’évolution du débat public dans notre pays”, avait-il ajouté.
L’Arcom, également saisie par le Mrap et SOS Racisme, a annoncé lundi qu’elle allait “instruire les séquences qui lui ont été signalées”.
M. Bagayoko a annoncé un rassemblement contre “le racisme et les discriminations” samedi prochain devant sa mairie afin de “défendre la République et ses valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité” face à ce qu’il qualifie “d’attaques réactionnaires”.
Né dans les Hauts-de-Seine, de parents maliens, Bally Bagayoko est également la cible de nombreux commentaires racistes sur les réseaux sociaux.
Après son élection, il avait déjà été destinataire d’une campagne de haine relayée par l’extrême droite sur le réseau social X, repris par certains journalistes, selon lesquels il aurait qualifié Saint-Denis de “ville des Noirs” alors qu’il s’agissait de “ville des rois”.