Seul Luxembourgeois sur l'îleUn géologue nous explique les richesses stratégiques du Groenland

Bakir Demic
traduit pour RTL Infos
Depuis son poste à Nuuk, le géologue luxembourgeois Romain Meyer supervise la cartographie des richesses souterraines du Groenland, un trésor qui fait aujourd'hui l'objet d'une attention internationale intense alors que les États-Unis menacent d'annexer cette île devenue, malgré elle, emblématique.
Donald Trump has coveted Greenland since his first mandate as US president
© AFP

Alors que les États-Unis invoquent des raisons de sécurité pour justifier leur annexion potentielle du Groenland, les détracteurs affirment que leur véritable motivation est de s’assurer les vastes richesses minérales de l’île. Le géologue luxembourgeois Romain Meyer, basé au Groenland, explique en quoi consistent ces ressources essentielles.

Nuuk, la capitale du Groenland, est une petite ville côtière d’environ 20.000 habitants. Pourtant, la toundra tranquille qui l’entoure cache d’importantes richesses souterraines. Romain Meyer, officiellement le seul ressortissant luxembourgeois vivant au Groenland, est directeur du département de géologie à Nuuk, où il supervise la cartographie et la gestion des ressources naturelles de l’île.

Romain Meyer explique que le Groenland recèle d’abondants gisements de nombreuses matières premières dites “critiques”, c’est-à-dire des minéraux essentiels aux technologies modernes, pour lesquels les pays occidentaux dépendent fortement de fournisseurs tels que la Chine.

Pratiquement tous les éléments nécessaires aujourd’hui sont disponibles au Groenland”, déclare le géologue. Cela inclut le nickel, le cuivre et le chrome. Les plus grands gisements de terres rares confirmés en dehors de la Chine se trouvent dans le sud du Groenland, où ils sont très concentrés et relativement accessibles.

Les ressources du nord, bien que abondantes, sont actuellement plus difficiles à atteindre. Cependant, le spécialiste note que le changement climatique pourrait modifier cette situation. La hausse des températures entraîne le recul des glaciers, exposant de nouvelles terres à l’étude géologique et prolongeant potentiellement les saisons de navigation.

À mesure que la glace recule, les géologues pourront pour la première fois examiner les roches et les ressources présentes”, explique-t-il dans une interview accordée à RTL, “si les mers ne sont pas complètement gelées, voire pas gelées du tout, l’accessibilité devient beaucoup plus grande, ce qui permet aux navires de fonctionner pendant de plus longues périodes”.

Protéger l’écosystème et les habitants

L’accès aux ressources du Groenland est strictement contrôlé par les autorités locales. Le gouvernement groenlandais applique des réglementations environnementales strictes visant à protéger cet écosystème fragile tout en garantissant les droits de la population autochtone inuite. Par exemple, l’exploitation du pétrole, dont le Groenland possède également d’importantes réserves, est totalement interdite. L’exploitation minière de la plupart des autres matériaux n’est autorisée que dans des limites définies et nécessite un processus d’octroi de licence qui peut prendre jusqu’à cinq ans.

Une loi en particulier concernant l’uranium du pays qui est visé par une restriction importante a été soulevée par le géologue luxembourgeois: “aucun minerai contenant plus de 100 parties par million (PPM) d’uranium ne peut être extrait”, a-t-il expliqué, soulignant que ce seuil est très bas. Les roches contenant de l’uranium dans cette fourchette de pourcentage – on parle bien ici de minerais d’uranium – sont donc interdites à l’exploitation: “ainsi, aucun uranium ne peut être extrait ici, ni aucun pétrole ou hydrocarbure dans ce sens”.

La gravité des intentions des États-Unis concernant le Groenland n’est désormais plus considérée par de nombreux citoyens en Europe et au Danemark comme “une simple mauvaise blague” de Trump. Si les véritables motivations derrière cette éventuelle prise de contrôle restent sujettes à spéculation, les moyens que l’administration Trump pourrait employer restent encore flous. Pour l’instant, la diplomatie semble être privilégié: le secrétaire d’État américain Marco Rubio a annoncé une réunion avec des représentants danois prévue pour la semaine prochaine.

Note de la rédaction: invité à commenter l’escalade géopolitique entre le Groenland et les États-Unis, M. Meyer a refusé de s’exprimer, invoquant son rôle officiel au sein de l’administration gouvernementale groenlandaise.

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