
Le gouvernement, après avoir donné un tour de vis sur le confinement de la population, a demandé l’avis de son conseil scientifique sur la suite à donner à cette mesure drastique face au coronavirus et passé commande de plus de 250 millions de masques, notamment pour répondre aux demandes des soignants qui en manquent.
Confronté à un respect très inégal des mesures destinées à limiter la propagation de l’épidémie qui a déjà tué 562 personnes dans le pays, le gouvernement avait annoncé la multiplication de contrôles et de nombreux lieux publics ont été interdits pour éviter les sorties intempestives à l’occasion du premier week-end d’un confinement totalement inédit.
Alors que nombre de voix, notamment dans le corps médical, réclament une mise sous cloche plus stricte, le ministre de la Santé Olivier Véran a annoncé samedi avoir saisi le Conseil scientifique créé pour éclairer le gouvernement sur “la durée” et “l’étendue” du confinement, pour l’instant décrété jusqu’à fin mars au moins.
L’avis du Conseil est attendu pour lundi. Mais tout laisse penser que le confinement sera prolongé à terme, comme en Italie, qui enregistre le plus de décès au monde (plus de 4.000, devant la Chine d’où est partie l’épidémie).
M. Véran a également longuement évoqué la question des masques de protection, dont le manque criant créé la polémique. La France a commandé “plus de 250 millions de masques”, a-t-il souligné, alors que le “stock d’État” n’est actuellement que de 86 millions de masques, pour une consommation prévue de “24 millions de masques par semaine”.
L’épidémie de coronavirus a causé à ce jour la mort de 562 patients (112 supplémentaires en 24 heures) en France et 6.172 malades sont hospitalisés, dont près de 1.525 cas graves en réanimation, a annoncé samedi le ministère de la Santé.
“Nous évoluons rapidement vers une épidémie généralisée sur le territoire,” a souligné la direction générale de la Santé dans un point de situation, en appelant à “respecter strictement les consignes de confinement (et) les mesures barrières” telles que se laver régulièrement les mains et maintenir une distance minimale d’un mètre entre personnes.
Des couvre-feux ont été mis en place à Béziers (Hérault), Vallauris, Menton (Alpes-Maritimes) et Roquebrune-sur-Argens (Var), de 22h à 5h du matin, ainsi qu’à Perpignan (de 20h à 6h).
Le maire de Montpellier a aussi instauré ce couvre-feu, accompagné de la fermeture de tous les marchés alimentaires. Dans la préfecture de l’Hérault, les transports publics sont désormais réservés aux usagers qui travaillent, et un gymnase a été mis à disposition pour l’aide alimentaire.
Les restrictions de circulation seront appliquées “de façon plus stricte encore”, a prévenu le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, avec des contrôles dans les gares (seulement 15% des trains grandes lignes circulent) et les aéroports. Des amendes forfaitaires de 135 euros seront dressées en cas de sorties non justifiées.
Des personnes déjà verbalisées ont été placées en garde à vue pour “mise en danger de la vie d’autrui”.
“Le propre des grandes crises sanitaires contemporaines est d’être inédites et imprévisibles”, a souligné le ministre de la Santé Olivier Véran samedi devant les députés. L’Etat doit prendre en conséquence “des mesures inédites et imprévisibles mais qui doivent néanmoins s’inscrire dans le strict respect de l’État de droit et des libertés publiques et individuelles”.
La polémique sur l’absence de masques de protection a continué de grandir, la France ayant réduit a minima son stock de masques ces dernières années afin de rationaliser les coûts.
Le gouvernement a reconnu des “difficultés logistiques” dans la production et la distribution de ces masques alloués en priorité aux soignants, mais que de nombreuses professions au contact du public réclament, comme les policiers.
Le Premier ministre Edouard Philippe a indiqué samedi que “40 prototypes” de masques étaient actuellement “en cours de test” afin d’augmenter les capacités de production.
La prolongation du confinement, décrété jusqu’à fin mars, “n’a pas été actée”, selon Christophe Castaner. Mais tout laisse penser qu’elle le sera, comme en Italie, qui enregistre le plus de décès au monde (plus de 4.000, devant la Chine).
“La crise va s’intensifier au cours de la semaine qui vient et le nombre de cas graves et de morts augmentera”, a prévenu Jean-François Delfraissy, le président du conseil scientifique sur le Covid-19, samedi dans Le Monde.
“Le confinement, dans l’état actuel des ressources, est la seule façon de casser la courbe de l’épidémie et d’éviter que le système de soins explose en vol”, a-t-il dit.
Le confinement pourra cesser “quand le virus ne circulera plus”, a jugé Olivier Véran, estimant le nombre de malades en France à 20.000. La majorité d’entre eux ne sont pas testés, donc pas détectés.
L’épidémie a causé à ce jour la mort de 450 patients (78 supplémentaires vendredi) et entraîné l’hospitalisation de 5.226 malades, dont près de 1.300 en réanimation, selon le ministère de la Santé. Près de 1.600 patients ont quitté les hôpitaux, guéris.
“La moitié des patients en réanimation ont moins de 60 ans”, a rappelé le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon.
Les sept régions les plus touchées sont le Grand Est, la Corse, l’Ile-de-France, les Hauts-de-France, la Bourgogne-Franche-Comté, Auvergne-Rhône Alpes et désormais la Nouvelle-Aquitaine.
Un avion militaire médicalisé a décollé d’Istres (Bouches-du-Rhône) samedi matin vers Mulhouse, où il a embarqué des patients atteints du nouveau coronavirus à destination de l’Aquitaine. Arrivé en début d’après-midi à l’aéroport de Bordeaux, selon le ministère des Armées, il s’agit du second A330 Phénix de l’armée de l’air utilisé en quelques jours pour évacuer vers d’autres régions des malades d’Alsace, région particulièrement touchée.
A Mulhouse, où l’hôpital est totalement saturé par un afflux croissant de malades, un hôpital militaire est en cours de déploiement, a constaté l’AFP.
“Face à l’urgence et à l’ampleur de l’épidémie”, notamment en Ile-de-France, les hôpitaux de Paris (AP-HP) en appellent aux “professionnels médicaux et paramédicaux disponibles dans les semaines à venir” renforcer les équipes de ses 39 hôpitaux.
Le Parlement a adopté définitivement vendredi le volet financier des mesures d’urgence face au coronavirus, mais les débats à l’Assemblée sur l’autre texte permettant d’instaurer un état d’urgence sanitaire se sont éternisés au sujet de sa durée: un mois ou deux? Combiné au projet de loi d’urgence voté en première lecture au Sénat et qui sera examiné samedi par l’Assemblée nationale, le texte prévoit 45 milliards d’euros pour aider les entreprises en difficulté et financer le chômage partiel des salariés.
Edouard Philippe a annoncé samedi la suspension générale du jour de carence en cas d’arrêt maladie pendant la durée de l’état d’urgence sanitaire qui doit être prochainement déclaré.
La France s’emploie par ailleurs à organiser le retour d’environ 130.000 ressortissants bloqués à l’étranger.