Le projet entend offrir une alternative aux zoos et aux cirques, alors que les scientifiques s’accordent désormais à dire que ces animaux ne peuvent pas réellement s’épanouir en captivité.
L’initiative s’inscrit dans une longue histoire entre l’Europe et les éléphants. Le continent abritait autrefois une espèce locale, disparue il y a environ 20.000 ans. Plus tard, des pachydermes venus d’Afrique du Nord ou d’Asie ont été importés comme trophées royaux, puis comme attractions de cirques et de zoos. Mais les études récentes sont sans appel : l’espérance de vie des éléphants en captivité est nettement inférieure à celle de leurs congénères vivant dans des réserves africaines ou asiatiques. Avec plus de 600 éléphants captifs en Europe, souvent âgés et parfois isolés, la question de leur avenir devient urgente.
C’est dans ce contexte que Pangea a cherché un site capable d’accueillir ces animaux. Après des recherches infructueuses en Italie, l’organisation a trouvé un terrain d’environ 400 hectares dans l’Alentejo, au sud-est du Portugal, près de la frontière espagnole. Le climat y est favorable, l’accès à l’eau suffisant et le risque d’incendie plus faible que dans d’autres régions du pays. Le projet, largement méconnu du grand public jusqu’ici, suscite peu de réticences locales : les élus y voient même une opportunité de dynamiser la région, loin de l’image de “cimetière d’éléphants” évoquée par certains habitants.
Le sanctuaire offrira environ 344 hectares d’espace aux animaux, soit plus de 200 fois la superficie de l’enclos du Tierpark de Berlin. Les éléphants pourront y évoluer librement, se baigner, se nourrir et socialiser “à leurs conditions”, expliquent les responsables. Le site restera largement fermé aux visiteurs, l’objectif étant le bien-être animal plutôt que le tourisme. La reproduction ne sera pas encouragée et les mâles seront séparés des femelles. Le cadre juridique a nécessité une nouvelle législation portugaise, les éléphants n’étant ni une espèce native ni une attraction zoologique.
Soutenu par plusieurs organisations de protection animale, dont Born Free et la Fondation Brigitte Bardot, Pangea a déjà réuni environ 4,5 millions d’euros sur un budget estimé à 9,1 millions d’euros pour 2025-2027. Le sanctuaire ne pourra accueillir qu’une vingtaine d’éléphants, une goutte d’eau face aux besoins européens, mais ses promoteurs espèrent en faire un modèle pour une réforme continentale du bien-être des éléphants. Dans le voisinage, certains agriculteurs voient même une opportunité : si le projet s’étend, ils seraient prêts à céder leurs terres.