Paradoxe chinoisPendant ce temps-là, les Chinois font la fête

Jérôme Didelot
C'est là que tout a commencé, c'est en Chine que tout semble terminé. À l'heure où l'Europe se reconfine, les Chinois vivent normalement, dansent, s'amusent... Même à Wuhan, berceau de l'épidémie.
Un club de Wuhan le 26 septembre dernier
Un club de Wuhan le 26 septembre dernier
© Hector RETAMAL / AFP

Lorsqu’on les interroge sur la question, les épidémiologistes européens n’ont souvent pas d’explication. L’épidémie de Covid-19 semble non seulement maîtrisée en Chine, mais terminée. Philippe Klein, médecin français, directeur d’une clinique dans la ville de Wuhan, avançait récemment plusieurs explications dans les pages du journal Marianne: mesures drastiques prises très rapidement, tests massifs, recensement et isolement rigoureux — dans des hôtels — des cas positifs, construction de structures hospitalières en un temps record...

Alors que la morosité domine en France et en Europe où la population va devoir concéder à de nouveaux sacrifices à l’approche des fêtes, les rues des villes chinoises sont à nouveau bondées, les cafés et restaurants remplis de même que les salles de spectacle ou les discothèques.

Pierre Billiard, musicien originaire de Nancy travaillant à Pékin, a vécu un confinement strict depuis le 14 février, mais peut à nouveau exercer son métier, presque normalement : “Le confinement a duré trois mois, nous a confié Pierre, dont 15 jours durant lesquels je ne suis pas sorti de chez moi et où tout ce qui entrait dans l’appartement était désinfecté.”

Pierre Billiard sur scène
Pierre Billiard sur scène
© mobile reporter

“La vie culturelle a commencé a reprendre en juin, poursuit Pierre, j’ai pu à nouveau jouer mais à un rythme moins soutenu. La situation est presque revenue à la normale en septembre, en tout cas les concerts dans les petites salles, car il y a toujours des restrictions sur certains grands événements. Tous les festivals de l’été ont été annulés, mais quelques-uns ont pu avoir lieu depuis, notamment au mois d’octobre.”

Le Rye Music Festival a bien eu lieu, au même titre qu'une vingtaine d'autres pendant la
Le Rye Music Festival a bien eu lieu, au même titre qu’une vingtaine d’autres pendant la
© Rye Festival

Le 10 octobre dernier, des musiciens et chanteurs de Wuhan — sans masques ! — ont joué une symphonie composée par un compositeur de la ville épicentre du Covid-19, Zou ye, lors du concert d’ouverture du Festival de musique de Pékin. La symphonie célèbre le combat de la Chine contre le coronavirus et rend hommage aux morts et aux personnes qui ont contribué à endiguer sa propagation.

4,9% DE CROISSANCE AU TROISIÈME TRIMESTRE

Et comme si cela ne suffisait pas pour nous rendre jaloux, Liu Aihua, porte-parole du Bureau national des statistiques, a annoncé que la croissance chinoise a connu un coup d’accélérateur au troisième trimestre, renforçant la reprise après un confinement douloureux, alors que les consommateurs ont recommencé à dépenser, signe d’une confiance retrouvée.
Selon les estimations préliminaires, a détaillé Liu Aihua, le PIB de la Chine s’est élevé à 72.278,6 milliards de yuans au cours des trois premiers trimestres, soit une croissance de 0,7 % en glissement annuel à prix comparables. Plus précisément, le PIB du premier trimestre a diminué de 6,8% en glissement annuel, a augmenté de 3,2% au deuxième trimestre et de 4,9% au troisième trimestre.”

Wuhan le 27 septembre dernier
Wuhan le 27 septembre dernier
© Hector RETAMAL / AFP

PRÈS DE 5 MILLIONS D’HABITANTS TESTÉS APRÈS UNE CENTAINE DE CAS POSITIFS

Pour autant, la Chine reste vigilante et toujours aussi spectaculaire dans ses prises de décisions. Le 25 octobre dernier, les autorités ont lancé une nouvelle campagne de dépistage massif dans le nord-ouest du pays où 137 cas d’infection au coronavirus ont été détectés. Les tests ont concerné 4,75 millions d’habitants dans et autour de Kachgar, dans la province du Xinjiang, après qu’une personne travaillant dans une usine textile a été testée positive. Mi-octobre, une métropole entière — Qingdao — avait été testée après l’apparition de six cas de Covid-19.

LA DÉSHUMANISATION: PRIX DE L’EFFICACITÉ CHINOISE

Bourreau de travail et artiste engagé, Ai Weiwei, exilé de Chine depuis 2012, a signé un film sur le confinement à Wuhan, Coronation, qui jette une lumière crue sur l’efficacité de la machine chinoise pour lutter contre le nouveau coronavirus, au prix d’une grande déshumanisation. Le fruit de ces efforts met en relief l’implacable performance des autorités chinoises: déploiement de moyens immenses, règles ultra-strictes. Et son corolaire: individus écrasés, déshumanisés. Il y a ces patients qui se disent guéris et ne peuvent quitter l’hôpital, un ouvrier venu bâtir un nouvel hôpital, désormais désargenté et à la rue, mais que l’on ne laisse pas rentrer chez lui, ces familles privées de rites de deuil...

Le 8 septembre dernier, le président Xi Jinping se félicitait de la gestion chinoise de la crise sanitaire, évoquant une quasi-éradication du virus sur le sol national. La Chine ne compte officiellement que 4.739 morts du Covid-19 depuis le début de l’épidémie. Lors de cette cérémonie, aucune mention n’a été faite de Li Wenliang. Ce docteur de Wuhan avait averti des collègues médecins de l’émergence d’une mystérieuse maladie respiratoire mais avait été réprimandé par la police qui l’accusait de propager des “rumeurs”. Sa mort du Covid-19 en février avait suscité une forte indignation contre le pouvoir.

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