Parlement dans l'impasseNouvelles élections au Kosovo, les habitants votent la frustration en tête

RTL Infos avec AFP
Les citoyens du Kosovo ont commencé à voter dimanche lors de troisièmes élections législatives en seize mois, des scrutins à répétition qui alimentent la frustration et la lassitude.
Un électeur vote pour les législatives au Kosovo, les troisièmes en seize mois, le 7 juin 2026 à Pristina
Un électeur vote pour les législatives au Kosovo, les troisièmes en seize mois, le 7 juin 2026 à Pristina
© AFP

Depuis les élections de février 2025, le Parlement est dans l'impasse. A cette époque, Vetëvendosje (VV), le parti du Premier ministre social-démocrate Albin Kurti, arrive en tête, mais sans obtenir la majorité nécessaire pour former un gouvernement.

Une électrice vote pour les législatives au Kosovo, les troisièmes en seize mois, le 7 juin 2026 à Pristina
Une électrice vote pour les législatives au Kosovo, les troisièmes en seize mois, le 7 juin 2026 à Pristina
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Après des mois de tergiversations et d'échecs, le pays se résout à convoquer des élections anticipées en décembre. VV termine de nouveau en tête – avec un meilleur score (plus de 51% des voix) – et parvient à former un gouvernement.

Mais le Parlement bute ce coup-ci sur l'élection du ou de la présidente du pays, un poste largement honorifique mais sur lequel les députés, profondément divisés, ne parviennent pas à se mettre d'accord. Il est à nouveau dissout en avril.

"Ca suffit", s'exclame Gezim Selimi, 66 ans, enseignant à la retraite, après avoir voté tôt dimanche à Pristina.

"J'attends des partis qu'ils reviennent enfin à la raison et qu'ils travaillent pour le Kosovo, au lieu de gaspiller le temps à se battant pour le pouvoir en organisant des élections anticipées en chaîne", dit-il à l'AFP.

Le Premier ministre social-démocrate du Kosovo, Albin Kurti, vote pour les législatives, les troisièmes en seize mois, le 7 juin 2026 à Pristina
Le Premier ministre social-démocrate du Kosovo, Albin Kurti, vote pour les législatives, les troisièmes en seize mois, le 7 juin 2026 à Pristina
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Interrogée la veille du scrutin, la programmeuse informatique Miranda Fazliu est lasse, comme beaucoup au Kosovo. "Je ne pense pas que j'irai voter. C'est frustrant de voir que l'élection donnera le même résultat que la dernière fois", a-t-elle expliqué dans les rues de la capitale, Pristina.

Les partis proposent les mêmes programmes "reconditionnés sous forme de nouvelles promesses", que ce soit sur l'énergie, les salaires, les dispositifs sociaux, les infrastructures et la technologie, souligne une analyse de la campagne électorale réalisée par le réseau d'ONG Democracy in Action.

Quant à l'espoir de voir ce scrutin résoudre la crise politique, les experts sont prudents.

"Crise systémique"

"La crise va se poursuivre, car nous sommes entrés dans un cycle similaire à ceux (observés) en Belgique et en Bulgarie", estime pour l'AFP le chercheur en économie politique Ardi Uka, citant deux pays où la formation de gouvernements stables est laborieuse.

Pour Safet Gerxhaliu, professeur, le Kosovo est englué dans une "crise systémique, politique et institutionnelle, qui renvoie sans cesse les gens aux urnes. Les institutions sont au bord de l'effondrement."

"C'est assurément la plus grande crise qu'ait connue le Kosovo depuis la déclaration d'indépendance" vis-à-vis de la Serbie en 2008, selon lui.

Le Premier ministre social-démocrate du Kosovo, Albin Kurti, s'adresse à la presse après avoir voté aux législatives, les troisièmes en seize mois, le 7 juin 2026 à Pristina
Le Premier ministre social-démocrate du Kosovo, Albin Kurti, s'adresse à la presse après avoir voté aux législatives, les troisièmes en seize mois, le 7 juin 2026 à Pristina
© AFP

La campagne a aussi été marquée par l'inflation, qui a dépassé les 5% en janvier, et qui "continue de progresser principalement sous l'effet de la hausse des prix des denrées alimentaires", note le FMI.

"La vie est devenue plus chère. On s'en rend compte en un seul passage à l'épicerie", regrette Faton Kryeziu, au milieu de sa galerie pleine de tableaux à vendre qu'il aurait tous écoulés il y a seulement deux ans. "Les ventes sont à zéro aujourd'hui. Je n'ai jamais connu une période aussi difficile", affirme-t-il.

Et le scrutin de dimanche coûtera au pays plus de dix millions d'euros - sans compter les dépenses de campagne des partis politiques. Une facture énorme pour l'un des pays les plus pauvres d'Europe.

"On aurait pu obtenir quelque chose de constructif sans dépenser tout cet argent pour quelque chose qui, en définitive, donnera le même résultat", regrette l'architecte et sociologue Fjolle Caka.

"Avec cet argent, combien d'emplois auraient-ils pu créer ?", abonde M. Kryeziu.

La crise politique a aussi empêché le pays de recevoir des fonds européens prévus par le plan de croissance de Bruxelles pour les Balkans occidentaux.

Pour l'heure, le pays a touché 62 millions d'euros sur les 980 millions disponibles, à utiliser jusqu'à fin 2027 en échange de l'adoption de plusieurs réformes.

Près de 2,1 millions d'électeurs sont appelés à voter jusqu'à 19H00 (17H00 GMT). Les estimations des sondages de sorties des urnes seront annoncées à la fermeture des bureaux de vote et les résultats préliminaires officiels plus tard dans la soirée.

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