
Les chiffres présentés par le directeur général de la Santé Jérôme Salomon ne seraient pas fidèle à la réalité. D’après les données compilées par le Reva, (pour Réseau européen de ventilation artificielle, ndlr) la mortalité dans les services de réanimation ne serait pas de 10% mais plutôt de “de l’ordre de 30 % à 40 %".
L’enquête du journal Le Monde, qui a eu accès aux premiers résultats d’une étude sur les patients admis en service de réanimation, semble confirmer cette sous-évaluation. “Nous nous dirigeons vers une mortalité qui sera très vraisemblablement entre 30 % et 40 %. C’est un chiffre énorme”, détaille au Monde Matthieu Schmidt, médecin réanimateur à l’hôpital Pitié-Salpétrière à Paris, mais aussi coordinateur du REVA.
Les données du Reva, qui a pu suivre le parcours de santé d’environ 1.000 patients pendant un mois, entre mars et avril, sont sans précédent: jamais une telle étude n’avait été menée sur des malades atteints du coronavirus à ce jour.
Si les résultats doivent encore être affinés, la fourchette de mortalité est confirmée par plusieurs médecins de nombreux services de réanimation partout en France. Selon eux, ce ne sont pas tant le manque de préparation que le caractère même de la maladie (détresse respiratoire, inflammation, plusieurs organes touchés...) qui provoque une telle mortalité.
Alors, volonté de minimiser la mortalité dans les hôpitaux ou mauvaise interprétation de la part des autorités françaises?
D’après les experts cités par le journal, le chiffre de 10% n’est pas erroné, mais représente simplement une photographie à un instant précis de l’épidémie. Plutôt à son début, lorsque les patients admis en réanimation ne présentaient pas une infection aussi aiguë que ceux admis plus tard. “Le profil des patients a beaucoup évolué depuis mi-mars, cela peut biaiser les chiffres” commente le Dr Pham, médecin réanimateur à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre, en région parisienne.
Tous les médecins contactés par Le Monde s’accorde finalement sur deux points: la mortalité en réanimation est plus importante que les données officiellement présentées. Il faudra suivre, patiemment, le parcours des malades sur de longues périodes, comme l’a fait le Reva. Mais il faudra plusieurs mois, voire au moins une année, pour réaliser une étude encore plus précise sur le sujet.