
Un référendum sur "l'idéologie islamiste" durant le quinquennat qui déboucherait sur une interdiction du port du voile dans l'espace public et des forces de l'ordre sommées de délivrer des amendes aux femmes qui contreviendraient à la règle ?
La promesse, dont la faisabilité pose question sans changement constitutionnel, a été lancée dimanche par un lieutenant de Marine Le Pen, le député de la Somme Jean-Philippe Tanguy.
Le débat aurait été "tranché" en interne selon lui: "S'il y a des femmes qui portent le voile alors qu'il est interdit, elles auront une amende", au même titre que "les gens qui ne mettent pas de ceinture de sécurité" en voiture, a-t-il affirmé dimanche soir sur BFMTV.
"Derrière ce symbole, ce n'est pas seulement une liberté vestimentaire, c'est une idéologie qui est contraire à ce que la France a porté depuis des années", a développé ce proche de la candidate RN à l'Elysée.
La proposition d'interdire le voile dans l'espace public est loin d'être nouvelle pour Marine Le Pen, qui s'y était montrée favorable dès sa première campagne présidentielle en 2012.
Elle la soutenait toujours dix ans plus tard lors du débat de l'entre-deux-tours face à Emmanuel Macron. "Il s'agit de libérer les femmes, de faire reculer l'idéologie islamiste", avait-t-elle assuré.
Son propre camp s'est néanmoins montré assez prudent dans le passé sur l'applicabilité de la mesure, dont la constitutionnalité interroge : "ça ne se fait pas du jour au lendemain", avait estimé le patron du RN Jordan Bardella en 2025, reconnaissant que "l'application est compliquée".
Mme Le Pen avait aussi fini par concéder qu'il s'agissait d'un "problème complexe" nécessitant une mise en place progressive.
Le retour de cette question dans le débat politique intervient alors que la candidate du RN développe ces derniers jours plusieurs marqueurs du lepénisme, tel que la retraite à 60 ans pour les salariés ayant commencé à travailler très tôt.
L'instauration potentielle d'amendes pour les femmes portant le voile islamique en public a en tout cas suscité les critiques du bloc central et de la gauche.
Jean-Luc Mélenchon a qualifié la proposition "d'ignoble". Ce parti "fait une fois de plus la démonstration qu'il n'a pas changé et déverse ses obsessions sexistes et islamophobes", a écrit sur X le candidat de La France insoumise.
Le banquier d'affaires et homme de gauche revendiqué Matthieu Pigasse a lui accusé le RN de créer une "police des religions".
"Il y a des réserves évidentes tant sur la constitutionnalité que l'applicabilité d'une telle mesure", a pour sa part dit la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon à l'issue du Conseil des ministres à l'Élysée lundi.
Interrogé en début d'après-midi aux abords du siège du RN, Jordan Bardella a réagi avec une certaine prudence.
En cas de victoire en 2027, le RN soumettrait plusieurs référendums : le premier sur l'immigration, puis, "au cours du quinquennat, un deuxième sur la question de l'idéologie islamiste", a déclaré le président du parti.
Ce second référendum contiendra "beaucoup" de mesures et pas seulement l'interdiction du voile, a-t-il précisé, sans évoquer clairement si cela passerait par l'instauration d'amendes forfaitaires.
"Il ne s'agit pas de mettre en place une police du vêtement", a encore affirmé Jordan Bardella, tout en assurant qu'il restait favorable à ce que l'interdiction, actuellement en vigueur, des signes religieux ostensibles à l'école, soit étendue à toute "la sphère publique".
Le vice-président du RN, Sébastien Chenu, avait tenu un discours similaire dans la matinée sur LCI, sans mentionner explicitement, lui non plus, la question des amendes.
"Pour freiner l'islam radical, effectivement, nous considérons que les policiers sont le bras de l'Etat", a-t-il néanmoins affirmé.