
Les élections législatives, qui n'ont pas eu lieu depuis 2006, devaient se tenir le 28 novembre prochain, tandis que l'élection présidentielle était attendue au début de l'année 2027.
Par décret présidentiel, Mahmoud Abbas a convoqué ces deux élections le 11 septembre 2027, imputant leur report aux "obstacles" dressés par Israël, selon l'agence de presse officielle palestinienne Wafa.
Israël, qui organise ses propres élections le 27 octobre, a contesté toute responsabilité.
Mahmoud Abbas, "qui n'a pas organisé d'élections depuis plus de 20 ans, a une fois de plus trompé la communauté internationale", a répliqué le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, sur X.
"Sa tentative d'impliquer Israël dans cette affaire (...) n'est qu'un nouveau mensonge ridicule destiné à se soustraire à ses responsabilités et à éviter d'avoir à rendre des comptes", a-t-il taclé.
La tenue des législatives s'inscrit dans le cadre de réformes demandées par la communauté internationale, dont l'Union européenne.
Dans un communiqué publié par l'agence Wafa, la présidence palestinienne a attribué le report aux "obstacles imposés par les mesures israéliennes qui empêchent la tenue des élections à la date initialement prévue, ainsi que la nécessité de créer des conditions politiques, sécuritaires et concrètes appropriées afin de garantir des élections libres, équitables et inclusives".
"On sait que les choses sont difficiles à cause de la guerre et de toutes les destructions, mais combien de temps encore les élections continueront d'être reportées ?", s'est indigné Abou Amin, un Palestinien déplacé à Deir el-Balah, dans le centre de la bande de Gaza.
Les autorités palestiniennes ont affirmé cette semaine que leurs responsables électoraux se voyaient refuser par Israël l'accès à Jérusalem-Est et à la bande de Gaza.
Lors d'une réunion mercredi au Caire, quatre factions palestiniennes, dont le Fatah de Mahmoud Abbas et le Hamas, ont convenu de tenir un "dialogue national", et, selon une source proche des discussions, de demander un report du vote.
Mohammed Dahlan, responsable d'une formation dissidente issue du Fatah, a qualifié ce report de "crime contre la démocratie". Mahmoud "Abbas et le cercle de bénéficiaires intéressés qui l'entourent ont transformé les institutions de l'Autorité palestinienne en fief privé", a accusé dans un communiqué ce natif de Gaza, qui réside aux Émirats arabes unis.
"La seule chose qui pourrait expliquer ce report, c'est votre peur des élections. Vous avez peur d'organiser des élections. Vous ne voulez pas que le peuple ait son mot à dire", a déclaré Esmat Mansour, journaliste et ancien responsable du Front démocratique de la libération de la Palestine (FDLP), une formation marxiste, dans une vidéo adressée aux autres factions palestiniennes et publiée sur Facebook.
Pour l'analyste palestinien Ghassan al-Khatib, un vote ne pouvait avoir lieu alors qu'"Israël pose des conditions qui ne sont pas propices à la tenue d'élections".
"Je ne pense pas que la politique intérieure palestinienne soit la raison de ce report", a estimé auprès de l'AFP cet ancien ministre de l'Autorité palestinienne, en pointant du doigt la grave situation humanitaire à Gaza, ainsi que les opérations militaires israéliennes et les attaques de colons en Cisjordanie occupée.
En 2021, Mahmoud Abbas avait déjà convoqué des législatives et une présidentielle, finalement reportées sine die faute de garanties concernant leur organisation à Jérusalem-Est, annexée par Israël et où vit une importante population palestinienne.
Les dernières élections législatives de 2006 dans les territoires palestiniens ont été remportées par le Hamas, qui contrôle Gaza. Le Fatah contrôle lui l'Autorité palestinienne, chargée de parties de la Cisjordanie occupée, ce qui a accentué les différends entre les deux mouvements rivaux.
Depuis la rupture entre les deux mouvements en 2007, le Conseil législatif palestinien, équivalent d'un Parlement, ne siège plus. Mahmoud Abbas, élu président en 2005, est resté au pouvoir malgré l'expiration théorique de son mandat en 2009 et gouverne depuis par décrets.