Differdange retrace la vaste fraude"Les criminels avaient pris le contrôle de la messagerie du bureau d’architectes"

RTL Infos
La commune de Differdange a été victime d’une fraude au virement de plus de 400.000 euros après avoir réglé une fausse facture à des criminels. Le bourgmestre reconnaît que "les faits ont été rendus publics trop tard et avec des erreurs". Pour les redresser, l'administration a reconstitué la chronologie exacte des faits et l'a publiée.
© Domingos Oliveira / RTL

Au printemps 2026, la Ville de Differdange a été victime d'une vaste fraude dite au changement de coordonnées bancaires. Résultat: la Ville a versé 400.000 euros sur un compte contrôlé par des criminels et non, comme elle pensait le faire, à l'entreprise de construction pour des travaux en cours. L'affaire n'avait que été révélée fin septembre par le Tageblatt.

"Nos services ont vérifié à plusieurs reprises avant de payer et ont détecté la fraude en deux jours. Ils ont fait face à des criminels qui contrôlaient la messagerie de notre partenaire et répondaient à nos demandes de vérification", explique Guy Altmeisch. Le bourgmestre regrette aujourd'hui que "la communication du collège échevinal sur ce dossier n’a pas toujours été à la hauteur" et que "les faits ont été rendus publics trop tard et avec des erreurs".

Assurant que les procédures internes ont immédiatement été renforcées et que la Ville a déposée une plainte pénale, le collège échevinal a demandé à l’administration de "reconstituer précisément le déroulement des faits". Une chronologie, validée par le Service des recettes, qui a été rendue publique vendredi par la Ville de Duifferdange:

  • 20 avril 2026: La Ville reçoit une facture de 400000 € relative à des travaux de construction en cours, transmise par l’entreprise de construction par PEPPOL. La facture correspond à des prestations réelles.
  • 4 et 5 mai : Conformément à la procédure, le service technique de la Ville demande au bureau d’architectes de confirmer la conformité de la facture. Le bureau confirme sa validité et autorise le paiement. Ces échanges sont authentiques.
  • 7 mai : Un courriel envoyé depuis la messagerie du bureau d’architectes informe la Ville que l’entreprise de construction souhaite connaitre la date de paiement. Deux collaborateurs de l’entreprise figurent en copie. Il s’avèrera que ce courriel a été rédigé par les criminels, qui avaient pris le contrôle de la messagerie du bureau d’architectes, et que les adresses des collaborateurs de l’entreprise étaient falsifiées. Les jours suivants, les criminels demandent la modification des coordonnées bancaires du bénéficiaire à partir de ces fausses adresses de l’entreprise de construction. La Ville exige un document officiel attestant du changement, qu’elle reçoit. Le bureau d’architectes, interlocuteur de confiance sur le chantier, confirme ce changement. La confirmation arrive depuis la messagerie du bureau — messagerie contrôlée à ce moment par les criminels.
  • 13 mai 2026 : La facture est payée aux nouvelles coordonnées, correspondant à une banque aux Pays-Bas. Le fait de payer sur un compte étranger n’a absolument rien d’exceptionnel.
  • 19 mai 2026 : Deux jours ouvrables plus tard, le Service des recettes de la Ville détecte l’anomalie et identifie la fraude. Le jour même, la Ville saisit sa banque et la banque néerlandaise destinataire afin de tenter de bloquer les fonds, et dépose plainte auprès de la police grand-ducale. Les fonds
    avaient malheureusement déjà été transférés.
  • 19 mai 2026 : La Ville alerte également le bureau d’architectes. À la suite de ce signalement, il constate que ses systèmes informatiques ont été compromis. Cette découverte a permis au bureau de sécuriser ses serveurs.
  • 30 septembre 2026 : La Ville informe le ministère de l’Intérieur et rend l’affaire publique.

Dans son communiqué parvenu vendredi soir à RTL Infos, la Ville écrit qu'"avec le recul", le collège échevinal "estime néanmoins que le ministère, le conseil communal et le public auraient dû être informés plus tôt". Quant à l'administation communale, elle a bien "rempli ses obligations légales en saisissant immédiatement les autorités judiciaires et les établissements bancaires concernés", est-il précisé dans le même communiqué.

Et même si la Ville "va devoir tirer les leçons de cet évènement", elle se dit "victime d’une infraction pénale commise par des auteurs organisés. Ceux-ci
ont exploité le piratage d’un prestataire légitime et se sont fait passer simultanément pour deux partenaires de la Ville : l’entreprise de construction et le bureau d’architectes, depuis sa messagerie authentique".

L'ennui, c'est que ce sont les criminels eux-mêmes qui ont répondu aux employés communaux qui ont demandé un document officiel et une confirmation par le bureau d’architectes pour effectuer les vérifications avant de faire les virements.

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