Grâce aux e-carburantsL'Allemagne vient-elle de sauver les moteurs thermiques ?

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C'est un vrai coup de tonnerre: l'UE devrait assouplir la fin de la vente des voitures à moteurs thermiques au-delà de 2035, en faisant une exception pour les moteurs utilisant... des carburants de synthèse ! Mais ces derniers sont loin d'être écologiques.
2035 devait signifier la fin de la vente des des moteurs thermiques, mais grâce à la pression de Berlin, l'UE assouplit le texte en faisant une exception pour les e-carburants. Et cela change tout!
2035 devait signifier la fin de la vente des des moteurs thermiques, mais grâce à la pression de Berlin, l’UE assouplit le texte en faisant une exception pour les e-carburants. Et cela change tout!

La voie est libre : l’Europe reste neutre sur le plan technologique. Les véhicules équipés d’un moteur à combustion pourront être réimmatriculés après 2035 s’ils utilisent exclusivement des carburants neutres en termes d’émissions de CO2”, s’est félicité samedi dans un tweet le ministre allemand des Transports, Volker Wissing.

La Commission européenne et l’Allemagne ont annoncé samedi avoir trouvé un accord pour débloquer un texte clé du plan climat de l’Union européenne sur les émissions de CO2 des voitures, en assouplissant l’interdiction des moteurs thermiques après 2035.

Berlin avait stupéfié ses partenaires européens début mars en bloquant au dernier moment un règlement prévoyant de réduire à zéro les émissions de CO2 des véhicules neufs, imposant de fait les motorisations 100% électriques à partir du milieu de la prochaine décennie.

Ce texte avait déjà fait l’objet en octobre d’un accord entre Etats membres et négociateurs du Parlement européen, avec le feu vert de l’Allemagne, et avait été approuvé mi-février par les eurodéputés réunis en plénière.

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Pour justifier sa volte-face, rarissime à ce stade de la procédure, l’Allemagne avait réclamé de la Commission qu’elle présente une proposition ouvrant la voie aux véhicules fonctionnant aux carburants de synthèse.

Cette technologie, encore en développement, consisterait à produire du carburant à partir de CO2 issu des activités industrielles. Défendue par des constructeurs haut de gamme allemands et italiens, elle permettrait de prolonger l’utilisation de moteurs thermiques après 2035.

La Commission négociait ces dernières semaines les modalités d’une sortie de crise avec Berlin qui réclamait un engagement plus ferme sur les carburants de synthèse, certes déjà évoqués dans le texte initial mais dans un considérant jugé juridiquement trop peu contraignant.

Nous avons trouvé un accord avec l’Allemagne sur l’utilisation future des carburants de synthèse”, a annoncé samedi le commissaire européen à l’Environnement Frans Timmermans sur Twitter.

La présidence suédoise du Conseil de l’UE a aussitôt indiqué que le règlement sur les émissions de CO2 des voitures serait soumis aux ambassadeurs des 27 pays membres lundi à Bruxelles afin que la législation soit définitivement adoptée lors d’une réunion des ministres de l’Energie mardi.

TECHNOLOGIE CONTESTÉE

Les véhicules équipés d’un moteur à combustion pourront être immatriculés après 2035 s’ils utilisent exclusivement des carburants neutres en termes d’émissions de CO2”, s’est réjoui le ministre allemand des Transports Volker Wissing.

La technologie des carburants de synthèse est cependant contestée par les ONG environnementales qui la jugent coûteuse, énergivore et polluante.

Grosse colère! La Commission se couche donc devant l’Allemagne!”, a protesté l’eurodéputée écologiste Karima Delli, appelant le Parlement européen à empêcher le feu vert aux carburants de synthèse.

Les e-carburants consisteraient à produire du carburant à partir de CO2 issu des activités industrielles. Une technologie pour l'heure défendue par des constructeurs haut de gamme allemands et italiens. Bref, pourra-t-elle se démocratiser d'ici 2035 ?
Les e-carburants consisteraient à produire du carburant à partir de CO2 issu des activités industrielles. Une technologie pour l’heure défendue par des constructeurs haut de gamme allemands et italiens. Bref, pourra-t-elle se démocratiser d’ici 2035 ?
© AFP

Le blocage de Berlin était une initiative des libéraux du FDP, troisième parti de la coalition au pouvoir derrière les sociaux-démocrates (SPD) et les Verts.

Ce petit parti, crédité d’environ 5% des intentions de vote dans les sondages nationaux, a perdu cinq élections régionales consécutives. Il espère s’affirmer en se posant en défenseur de l’automobile, pariant sur l’hostilité d’une grande partie de la population à l’interdiction des moteurs thermiques.

Pour assurer l’unité de sa coalition, le chancelier social-démocrate Olaf Scholz avait préféré s’aligner sur cette demande et les Verts ont laissé faire.

LA MENACE DE LA CONCURRENCE CHINOISE ET AMÉRICAINE

Finalement, “le texte est inchangé. La règle des 100% de voitures zéro émissions en 2035 est donc maintenue”, a réagi le président de la Commission Environnement du Parlement Européen Pascal Canfin (Renew, Libéraux), assurant qu’il serait vigilant sur le respect de la “neutralité climat” des moteurs thermiques qui seront autorisés.

L’industrie a déjà massivement investi dans les véhicules électriques. Même s’ils font leur preuve, les carburants de synthèse, qui n’existent pas aujourd’hui, “ne joueront pas de rôle important à moyen terme dans le segment des voitures particulières”, a déclaré Markus Duesmann, patron d’Audi (groupe Volkswagen).

En raison de leur coût, ils n’auront de sens que pour quelques voitures de luxe “comme des Porsche 911 ou des Ferrari”, souligne Ferdinand Dudenhöffer, expert du Center Automotive Research en Allemagne, qui ne voit “pas de changement important” pour la transition verte.

Mais, selon lui, la mauvaise gestion du dossier par “la Commission européenne a nourri de nouveaux doutes” dans l’opinion et a créé des “incertitudes pour l’investissement”.

“C’est mauvais pour l’industrie automobile européenne, car les Chinois et les Américains vont creuser l’écart dans le véhicule électrique”, assure-t-il.

L’affaire a aussi affecté l’image de l’Allemagne à Bruxelles et porté atteinte à la crédibilité des institutions, estiment de nombreux observateurs.

Un Etat membre menace de provoquer une crise constitutionnelle de l’UE (non-respect du résultat d’une procédure législative) et n’obtient rien de substantiel en retour, un vrai désastre”, a dénoncé l’eurodéputé social-démocrate allemand René Repasi.

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