L’UE veut soutenir les agriculteurs"La sécurité alimentaire commence par la sécurité des engrais"

Diana Hoffmann
adapté pour RTL Infos
Selon Christophe Hansen, le commissaire européen à l’Agriculture, l’Union européenne importe encore actuellement jusqu’à 45 % de ses engrais depuis des pays tiers.
© VERONIQUE TOURNIER/Hans Lucas via AFP

La Commission européenne a présenté mardi à Bruxelles un nouveau plan d’action sur les engrais. L’objectif est de protéger l’agriculture européenne face à la hausse des prix, aux tensions géopolitiques et à une dépendance trop importante aux importations. Depuis des mois, les prix des engrais et de l’énergie ne cessent d’augmenter. La crise au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz, en particulier, ont aggravé la situation. De nombreux agriculteurs en Europe sont sous pression.

"Nous traversons actuellement une crise des prix des engrais en Europe", a dit le commissaire européen Christophe Hansen dans une interview à RTL. Entre 2020 et 2024, les prix avaient déjà augmenté de plus de 60 %. Et depuis 2024, en particulier ces derniers mois, ils ont encore grimpé de 70 %. Les exploitations qui utilisent beaucoup d’engrais synthétiques sont particulièrement touchées. "Cela fait que leurs comptes ne tiennent plus", selon Christophe Hansen.

Les agriculteurs vont être aidés financièrement sans attendre

 
Avec ce nouveau plan d’action, l’UE souhaite avant tout soutenir les agriculteurs au plus vite. Selon Christophe Hansen, les fonds européens devraient donc pouvoir être versés plus rapidement. "Nous devons aider les agriculteurs de manière immédiate et substantielle", affirme-t-il.

La réserve agricole devrait notamment être mobilisée. "Il reste encore 200 millions d’euros, que nous utiliserons directement", explique le commissaire. D’autres fonds devraient s’y ajouter : "J’espère que nous atteindrons environ un bon demi‑milliard."

L'importation d'engrais de pays tiers rend l'Europe vulnérable

À long terme, l’enjeu pour l’UE est aussi d’accroître son autonomie stratégique. Actuellement, l’Europe importe encore entre 40 et 45 % de ses engrais de pays tiers. “Cela nous rend évidemment extrêmement vulnérables lorsque surviennent de telles crises”, avertit Christophe Hansen.

C’est pourquoi la production européenne propre doit être renforcée. Parallèlement, la Commission souhaite également miser davantage sur les engrais organiques, par exemple grâce à une meilleure utilisation du digestat issu des installations de biogaz. Selon Christophe Hansen, l’Europe dispose en principe de la capacité de produire davantage elle-même. “Nous produisons encore plus de la moitié de nos engrais”, explique-t-il. Toutefois, ces dernières années, un certain nombre d’usines ont fermé, car il était moins coûteux d’importer des engrais.

Entre politique climatique et sécurité d'approvisionnement

Au-delà de l’agriculture, ce dossier concerne également la politique industrielle et climatique. Malgré la crise actuelle, l’Europe ne doit pas renoncer à ses objectifs climatiques, selon le commissaire. "L’industrie et l’agriculture ont ici intérêt à collaborer aussi étroitement que possible", souligne Christophe Hansen.

Pour lui, le sujet s’inscrit dans une stratégie européenne plus large visant à réduire les dépendances. "Nous ne pouvons pas nous nous permettre une telle dépendance", affirme-t-il, en évoquant les médicaments, les microprocesseurs et, justement, les engrais.

Après la présentation du plan mercredi, le processus politique va commencer. Certaines mesures, comme les aides financières pour les agriculteurs, pourront être mises en œuvre relativement rapidement. D’autres, comme de nouvelles propositions législatives, devront être négociées avec les États membres et le Parlement européen.

Back to Top
CIM LOGO