Tourner sept fois sa langue...Ils ont parlé trop vite sur le coronavirus

Jérôme Didelot
Personne ne sait ce qu’il adviendra de cette crise sanitaire. Pourtant, ces dernières semaines, de nombreux "spécialistes" de la question se sont exprimés. De la sous-estimation malheureuse à la grosse bêtise, voici une sélection désolante des pires affirmations sur le Covid-19.

Politiques, journalistes, médecins, commentateurs... Qui faut-il écouter en cette période de crise? Depuis l’apparition de ce nouveau virus, un nombre considérable d’informations plus ou moins fantaisistes circulent, comme nous l’avons rappelé dans un précédent article.

Ces affabulations seraient plus aisées à contrôler si, dans le même temps, on pouvait compter sur le monde politique pour remettre les pendules à l’heure. Malheureusement, plusieurs grands de ce monde ont déblatéré un certain nombre d’approximations au sujet du coronavirus, quand ils ne l’ont pas utilisé à des fins politiques.

“LE VIRUS S’EN IRA AVEC LA CHALEUR”

Au premier rang desquels le Président américain Donald Trump, qui après tout n’est que le chef de la première puissance économique au monde. Ce qui ne garantit visiblement pas la fiabilité en matière de conseils sanitaires. Le milliardaire a en effet longtemps minimisé la dangerosité du virus (“L’Amérique contrôle”, “le virus s’en ira avec la chaleur”...) avant d’effectuer un revirement. Ce changement de ton spectaculaire est clairement illustré par les propos des journalistes de la chaîne Fox News, pro Trump, dans ce montage réalisé par le Washington Post.

Un virage à 180° que n’a pas fait son homologue brésilien, Jair Bolsonaro, qui regrettait au début de la crise “une certaine hystérie” alors que le gouverneur de Rio de Janeiro, Wilson Witzel, l’un de ses probables rivaux à la présidentielle de 2022, et le maire de Sao Paulo, Bruno Covas, annonçaient déjà l’état d’urgence.

Sans être une aberration scientifique, la stratégie initiale du Premier ministre britannique, Boris Johnson, de miser sur une “immunité collective” a fait long feu, jugée trop risquée. Désormais le Royaume-Uni préconise les mêmes mesures de précaution que dans le reste de l’Europe. avec un temps de retard.

DÉBUT DE POLÉMIQUE EN FRANCE

Alors que l’épidémie est en phase ascendante en France, une polémique est en train de naître autour de celle qui a été ministre de la Santé jusqu’au 17 février. Agnès Buzyn, au même titre que le Premier ministre français Edouard Philippe, fait d’ailleurs l’objet d’une plainte initiée par trois médecins français qui leur reprochent de n’avoir pas pris les mesures à temps.

Le 24 janvier, alors qu’elle était encore ministre de la Santé, Agnès Buzyn déclarait: “En termes de risques pour la France, les analyses de risques d’importation sont modélisées régulièrement par des équipes de recherche. Le risque d’importation de cas depuis Wuhan est modéré, il est maintenant pratiquement nul parce que la ville est isolée. Les risques de cas secondaires autour d’un cas importé sont très faibles, et les risques de propagation du coronavirus sont très faibles.

© afp

Mais le 17 mars, la même Agnès Buzyn confessait dans le journal Le Monde: “Quand j’ai quitté le ministère, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. Je suis partie en sachant que les élections n’auraient pas lieu.” Une déclaration étonnante puisque l’ancienne médecin a quitté ses fonctions de ministre pour aller justement faire campagne pour des élections qui ont finalement eu lieu, le premier tour en tout cas.

“JE RAPPELLE QU’ON NE MEURT PAS DU CORONAVIRUS”

Et que dire des propos de Brigitte Barèges, maire de Montauban, datant du 15 mars? Cette dernière, interrogée à la télévision le soir du scrutin, déclarait: “Je rappelle que l’on ne meurt pas du coronavirus, quoiqu’on en dise, on en guérit à 98% !” Il serait à peu près aussi “judicieux” de déclarer: “On ne meurt pas du cancer du sein. Plus de 87 % des patientes sont en vie 5 ans après le diagnostic!

© afp

“UNE ÉPIDÉMIE MOINS DANGEREUSE QUE LE SRAS”

Il n’est pas simple d’être un éditorialiste politique. Avoir chaque jour un avis sur les grandes questions de ce monde est d’une part épuisant, d’autre part l’exercice constitue un terrain glissant pour qui voudrait pronostiquer des conséquences d’une crise telle que celle du coronavirus. La malheureuse Natacha Polony en a fait les frais lors de sa chronique sur RTL Radio (France) du 24 février dernier. Outre le fait que la journaliste a estimé que “la psychose est injustifiée”, elle a poursuivi en lançant cette phrase “prémonitoire” (hum): “Une épidémie moins dangereuse que le SRAS aura des répercussions (économiques, NDLR) bien plus importantes.” Le bilan de l’épidémie de SRAS de 2003 est de 774 victimes tandis que le Covid-19 a déjà fait plus de 10.000 morts dans le monde. Mais il est aussi compliqué d’écrire des éditoriaux d’actualité qu’il est facile d’ironiser sur les déclarations des journalistes après coup.

On peut excuser Natacha Polony d’autant plus facilement que même certains médecins, comme Michel Cymes, qui est aussi un animateur de télévision populaire, ont minimisé les risques. Ce dernier a reconnu avoir fait preuve de légèreté. Le 10 mars dernier, sur un plateau de télévision, il décrivait le coronavirus comme “une forme de grippe, un peu plus cognée que la grippe, mais ça reste une maladie virale comme on en a tous les ans”. Six jours plus tard, le spécialiste fait marche arrière. Au point de s’excuser dans l’émission “C à vous” pour avoir “trop rassuré les Français”.

CES PEOPLE QUI IRRITENT LE PEUPLE

Au rayon des personnalités, l’actrice Rosanna Arquette a placé la barre très haut en matière de théorie du complot en publiant un tweet saugrenu, effacé depuis mais republié par des journalistes.

L’actrice de Recherche Susan désespérément semble rechercher désespérément la polémique en laissant entendre qu’Israël travaille depuis un an déjà sur un vaccin contre le coronavirus. Allez, ça fera éventuellement une bonne saison 9 de Homeland. Rosanna Arquette n’a fait que relayer une rumeur répandue par des extrémistes, affirmant que le coronavirus a été créé par une secte juive, selon Alex Friedfeld, chercheur au Centre sur l’extrémisme de la Ligue Anti-Diffamation (ADL) basé à New York.

Enfin il y a la catégorie des maladresses, dans laquelle beaucoup d’entre nous peuvent s’inclure, des paroles malheureuses prononcées à l’heure où on ne savait pas grand chose de ce nouveau virus.

Honneur aux premières dames, on commence avec Carla Bruni, femme de l’ancien Président français Nicolas Sarkozy. La plaisanterie remonte au 28 février dernier, en pleine Fashion Week parisienne, où l’ancienne top model est filmée en train de faire la bise à ses amis et plaisanter sur le virus. Elle va jusqu’à simuler des quintes de toux sur plusieurs spectateurs en lançant qu’on “ne craint pas le coronavirus”.

Mais soyons honnêtes avec “Carlita”, fin février, peu d’entre nous prenaient déjà au sérieux l’épidémie. Et depuis Madame Sarkozy s’est excusée pour sa légèreté.

Le confinement semble avoir des effets dévastateurs sur la capacité de réflexion de certaines stars, ce qui peut s’avérer embarrassant quand on a 38 millions d’abonnés sur Instagram comme Vanessa Hudgens. La star d’High School Musical, dans un live sur le réseau social, a livré sa version éclairée de la situation : « Cela me paraît être un tas de conneries. C’est un virus, je comprends. Je le respecte. Mais en même temps, si tout le monde le chope, des gens vont mourir… c’est terrible mais c’est inévitable. Je ne sais pas… Peut-être que je ne devrais pas dire ça maintenant ? » Peut-être Vanessa, effectivement...

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