
"Vous êtes la honte de ce pays. On en a marre". "Tout pour les pédophiles, justice pour les pédophiles, honteux", "Justice Pedoland" : dans la salle d’audience, le verdict a été accueilli avec des cris et des critiques très virulentes par des membres du public. Le débat s'est depuis déplacé sur les réseaux sociaux, où la décision de justice est très commentée.
Ce jeudi, le tribunal correctionnel de Namur a en effet condamné Gregory Lenoci à une peine unique de 17 ans de prison avec une mise à disposition du tribunal d’application des peines pendant une durée de dix ans. Il était poursuivi pour tentative d’assassinat sur son voisin.
Les faits remontent au 24 juillet 2025, à Jambes (près de Namur). Ce jour-là, Gregory Lenoci diffuse une vidéo de 42 secondes dans laquelle il apparaît en train de tabasser violement son voisin.
Avant cette agression, Grégory Lenoci avait déposé plainte contre lui à la suite de soupçons d’attouchements sur le fils de sa compagne, un garçon de 6 ans au moment des faits. Grégory Lenoci a expliqué avoir invité son voisin, à son domicile afin d’obtenir des explications concernant les faits que son voisin aurait commis sur son beau-fils.
"Je lui ai demandé s'il savait pourquoi je l'avais invité chez moi pour parler. Il m'a répondu que c'était certainement à propos du "Jeu secret" qu'il faisait avec mon [beau-] fils. Je lui ai demandé en quoi cela consistait. Il a répondu qu'il bandait les yeux de mon fils et qu'il lui faisait sucer des choses. Je lui ai demandé quel genre de choses. Il a répondu : "Mon zizi". C'est à ce moment que j'ai perdu le contrôle", a déclaré Grégory Lenoci.
La diffusion des images de l'agression envers son voisin avait entraîné trois appels d’urgence à la police de la part de tierces personnes. Les secours étaient arrivés avaient découvert Marc P. inanimé, gisant dans une mare de sang. Il est depuis dans un état semi-végétatif, incapable de communiquer, de se nourrir ou de se déplacer seul.

Ce voisin avait déjà été condamné en 2020 à une peine de 37 mois de prison pour tentative de viol avec violence sur un enfant âgé de moins de 10 ans, ainsi que pour attentat à la pudeur avec violence ou menaces envers mineur. Il avait finalement bénéficié d’un sursis de cinq ans à condition de ne plus fréquenter de mineurs. Mais il n’a pas respecté les conditions qui faisaient suite à sa condamnation. Notamment celle de ne pas fréquenter de mineurs, puisqu’il avait aménagé son garage en salle de jeux pour accueillir les enfants du quartier dans lequel il habitait.
De son côté, Grégory Lenoci était aussi connu de la justice. En juillet 2021 il avait notamment été condamné à cinq ans de prison avec un sursis probatoire de cinq ans, ainsi qu’à 18 mois de prison pour des faits de coups et blessures volontaires. Plus récemment, il avait écopé de deux ans de prison, également pour coups et blessures volontaires ayant entraîné une incapacité de travail.
Un passé judiciaire qui a donc pesé dans la décision du tribunal. Par ailleurs, le tribunal a estimé que l’intention d’homicide envers son voisin était établie au regard de “l’extrême violence” de l’agression, du nombre de coups portés et des zones visées, et de leurs conséquences prévisibles. La planification du rendez-vous avec la victime et plusieurs déclarations rapportées par des témoins, dont l’ancienne psychologue du prévenu, ont aussi joué en sa défaveur. Tout comme les propos tenus par Grégory Lenoci avant et pendant les événements, ainsi que les images diffusées. Lorsqu'il avait pris la fuite après son acte, Grégory Lenoci avait exprimé sa colère dans une vidéo postée sur son compte Facebook: "Il a osé toucher mon [beau-] fils, j'ai dû faire ce que j'ai fait (...) On ne peut plus laisser ces prédateurs autour de nos enfants".
Le verdict et ces 17 ans de prison suscitent en tout cas un vif débat en Belgique, et enflamme les réseaux sociaux. Le président du MR, le libéral Georges-Louis Bouchez, juge "inique et disproportionnée" la peine de 17 ans prononcée contre Grégory Lenoci. "Bien évidemment, il est hors de question de se faire justice soi-même et une condamnation est nécessaire. Mais 17 années quand on connaît les éléments du dossier, et les lenteurs de la Justice, pose question."
Interviewé par nos confrères de RTL Info en Belgique, Grégory Lenoci a déclaré être "totalement" surpris par le verdict. "On avait quand même un espoir que la justice fasse face aux erreurs qui ont été commises, aux signes de détresse qu’on a donnés, aux rouages et à la lenteur judiciaire qu’il y a eue". Et d'affirmer : "Je n’ai jamais eu l’intention de tuer. C’est vrai que j’ai très mal réagi à ses dires à la maison. J’ai eu une réaction qui était disproportionnée, j’ai perdu le contrôle de moi-même. Je reconnais des coups et blessures et non pas une tentative d’assassinat. Donc je compte faire appel, bien évidemment."
Et d'interroger : "Je me demande vers qui tous les parents en Belgique peuvent se tourner quand ils sont dans la même détresse que celle que j’ai personnellement vécue. J’espère que le dossier va avoir des rebondissements et que ce dossier permettra de changer, de réadapter les lois en fonction des agressions des prédateurs sexuels et, du moins, de préserver et sécuriser nos enfants."