
Depuis quelques jours, de nombreuses communes ont commencé à imiter la Chine ou la Corée du sud en aspergeant rues et espaces publics.
Dans le Grand Est par exemple, Amnéville a été l’une des premières à désinfecter ses rues, en pulvérisant un produit désinfectant à base de javel diluée.
A Colmar, on traite les abords de pharmacies, des EHPAD, des commerces alimentaires, les parvis, les passages souterrains.
À l’inverse, la Métropole du Grand Nancy a annoncé ce mardi vouloir refuser ce procédé. Reprenant l’avis de la Direction Générale de la Santé (DGS), elle estime que “L’aspersion de javel ou autre désinfectant est inutile tout en étant dangereuse pour l’environnement. De plus, sur le plan technique, il est à noter que les effets du lavage du sol avec un produit chloré disparaissent au bout de quelques dizaines de secondes. Par ailleurs, du fait de la durée de vie extrêmement courte du virus à l’air libre, celui-ci serait désactivé avant l’intervention de désinfection” écrit la Métropole.
Vendredi, France urbaine, qui regroupe les grandes villes et les métropoles, est montée au créneau en demandant une “position nationale” sur un procédé “de bon sens” pour certains, dangereux pour d’autres.
“La désinfection de l’espace public est-elle efficace d’un point de vue sanitaire ?”, a demandé l’association en s’interrogeant sur les “conditions techniques à réunir” et les “risques environnementaux induits”.
Sur la Côte d’Azur, de Cannes à Menton, il n’est plus rare de croiser aux aurores des hommes en combinaison blanche intégrale qui pulvérisent, autour des hôpitaux ou des centres commerciaux, une solution fortement diluée d’eau de Javel, censée éliminer virus et bactéries.
A Nice, Christian Estrosi fait asperger un liquide “qui agit en 15 minutes” et qui “rincé à grande eau”, ne présente “aucun risque pour l’environnement”, assure le maire LR.
Beaune (Côte-d’Or) pratique une désinfection “ciblée” sur les lieux à risque, avec un produit utilisé dans l’agro-alimentaire “complètement inoffensif”, dit son maire LR Alain Suguenot.
“Ca ne peut pas faire de mal et il y a une vertu pédagogique”, assure Michel Chapuis, maire UDI, du Puy-en-Velay, en insistant sur le “principe de précaution”.
“Il ne s’agit pas d’un remède miracle, mais d’une action complémentaire au titre de la salubrité publique. Nous ne devons négliger aucune piste”, résume le maire LR d’Asnières-sur-Seine Manuel Aeschlimann.
A Paris, la candidate à la mairie Rachida Dati (LR) a également demandé à la Ville de ne pas “se priver d’une mesure simple et de bon sens”. L’équipe en place de la maire Anne Hidalgo (PS), qui attend un “avis éclairé”, pointe de son côté les “réserves de la part des scientifiques”.
Car d’autres édiles s’interrogent en effet sur l’efficacité de la mesure, et son impact.
La désinfection “peut être pertinente mais aussi avec des impacts sur l’environnement”, estime Toulouse Métropole.
A Bordeaux, la “piste de travail” avancée par Nicolas Florian (LR) a été “fortement déconseillée” par la préfecture, appuyée par l’ARS qui ne voit pas dans cette dispersion de “produits toxiques” une “nécessité de santé publique”.
A la métropole de Lyon, on voudrait “une consigne nationale s’appuyant sur une base scientifique étayée”, dit un porte-parole, pointant des produits “qui au mieux se retrouvent dans les stations d’épuration, au pire, dans les fleuves”. L’initiative “à ce jour nous paraît démesurée et inutile d’autant que les rues, avec le confinement, sont quasi-vides”, dit-il.
A Brassac-les-Mines (Puy-de-Dôme), chaque soir, deux élus de cette commune de 3.300 habitants pulvérisent un produit à base d’eau de Javel, habituellement utilisé pour la désinfection des poubelles. “On ne sait pas si c’est efficace contre le coronavirus, mais dans le doute, c’est rassurant”, dit l’adjointe aux finances Gaëlle Mahoudeaux.