BelgiqueFaut-il déboulonner les statues de Leopold II suite à la mort de George Floyd?

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Des statues du Roi ont à nouveau été vandalisées ces derniers jours.
© afp

Depuis la mort de l’Afro-américain George Floyd suite à une intervention policière le 25 mai dernier aux États-Unis, les manifestations se multiplient dans le pays mais également un peu partout à travers le monde.

Le racisme et les violences subis par la communauté noire sont-ils des problèmes purement américains? Non, ils sont bel et bien présents aussi en Europe, selon plusieurs témoins.

Plusieurs d’entre eux racontent les actes de violence verbale et physique dont ils ont été victimes, parfois provenant de membres des forces de l’ordre.

La question du passé colonial

Un buste de l’ex-roi des Belges Léopold II a été vandalisé à Tervuren, près de Bruxelles, au moment où un groupe baptisé “Réparons l’Histoire” exige le retrait de toutes ses statues, accusant l’ancien souverain d’avoir “exterminé” des millions de Congolais.

L’acte, qui n’a pas été revendiqué, intervient à quelques jours du 60e anniversaire de l’indépendance du Congo, le 30 juin 1960, un pays (l’actuelle RDC) qui fut longtemps la propriété privée du roi Léopold II.

Il se produit également sur fond de mobilisation contre le racisme après la mort de George Floyd à la suite d’une interpellation policière aux Etats-Unis.

Le buste et le visage de l’ancien roi à la longue barbe ont été recouverts de peinture rouge, sur une statue située dans le parc du Musée royal de l’Afrique centrale à Tervuren.

Sur le socle, on pouvait lire les trois lettres “FDP” (fils de pute), ont constaté des journalistes de l’AFP.

Des actes de vandalisme sur d’autres sculptures à la mémoire de Léopold II ont été recensés dans le pays, notamment à Ostende et à Anvers (nord).

A Anvers, une statue a aussi été recouverte de rouge, couleur symbolisant le sang versé par les Congolais, mais une inscription en noir au pied de l’édifice (“Congo is van ons”, “le Congo est à nous” en néerlandais) laisse penser à une réplique signée de nostalgiques de l’époque coloniale.

Selon Kalvin Soiresse député Ecolo bruxellois, co-fondateur en 2012 du collectif Mémoire coloniale, “les gens n’arrivent pas à faire le lien entre la mémoire coloniale et le racisme. Le problème est que le racisme est structurel et on ne s’attaque pas au problème des structures”. Il considère que le problème du racisme perdurera “tant qu’on ne réglera pas la question historique, la question de la mémoire”.

“Déboulonner intelligemment”

Ainsi, les statues de Leopold II, symbole de la période coloniale du pays, doivent être déboulonner “intelligemment”, estime Zamora Mopafiba.

“Si on les déboulonne directement, ça fera comme si on effaçait l’histoire coloniale de la Belgique. Or, ce n’est pas cela que nous cherchons. Nous cherchons à éduquer les Belges car beaucoup de personnes glorifient Leopold II mais ne savent pas ce qu’il a fait”. Le Vice-Premier ministre David Clarinval (MR) s’accorde avec la nécessité d’éduquer la population sur le passé colonial tout en rejetant la nécessité de retirer les statues.

Léopold II, qui régna de 1865 à 1909, est un des personnages historiques les plus controversés de Belgique.

Au nom de “la mission civilisatrice” de la Belgique au Congo, il a mis en place un régime colonial décrit par les historiens comme un des plus violents de l’histoire, basé principalement sur l’exploitation du caoutchouc.

Celui qui est souvent surnommé “le roi bâtisseur” est “un héros pour certains, mais aussi un bourreau”, “il a tué 10 millions de Congolais”, accuse le groupe “Réparons l’Histoire”.

Dans une pétition qui avait recueilli vendredi après-midi près de 50.000 signatures, ce groupe réclame aux autorités de la ville de Bruxelles le retrait de toutes les statues érigées en hommage à Léopold II. Un dossier sur lequel le conseil municipal de la capitale a promis de se pencher lundi.

Un autre groupe se réclamant du mouvement Black Lives Matter a appelé dimanche à “une manifestation contre le racisme”, en écho à la mobilisation planétaire en hommage à cet Afro-américain mort étouffé sous le genou d’un policier blanc le 25 mai à Minneapolis.

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