Soignants, élèves...Comment la solidarité s'est enclenchée au Portugal

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Des aides aux soignants à la distribution de repas dans les rues, en passant par la récupération d'ordinateurs pour écoliers démunis, les Portugais redoublent de générosité face à la crise sociale provoquée par l'épidémie de coronavirus, mais les besoins ne cessent d'augmenter.
Une bénévole en train de distribuer de la nourriture à une personne âgée qui dort en tente à Sesimbra, près de Lisbonne.
Une bénévole en train de distribuer de la nourriture à une personne âgée qui dort en tente à Sesimbra, près de Lisbonne.
© PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP

La demi-douzaine de camping-cars garés en face de l’hôpital Santa Maria de Lisbonne, le plus grand du Portugal, sont devenus le quartier-général d’une partie des 450 volontaires mobilisés à travers le pays par Ricardo Paiagua, fondateur de l’association “Les Solidaires”.

“L’Etat n’a pas l’argent pour tout. C’est à nous de nous aider les uns les autres”, explique à l’AFP cet entrepreneur de 38 ans, spécialisé dans le marketing et la publicité.

Choqué par les images d’ambulances faisant la queue devant des hôpitaux saturés par l’explosion de cas de Covid-19 à la fin janvier, il a sollicité son réseau pour mettre des dizaines de camping-cars à disposition des soignants, pour qu’ils puissent s’y reposer ou manger un goûter préparé par des volontaires reconnaissables à leur pull à capuche blanc.

Un amphithéâtre cédé par la faculté de droit de l’Université de Lisbonne leur permet de stocker à proximité les dons faits pour remercier les soignants de leur dévouement: boissons et barres de céréales, produits d’hygiène mais aussi matelas ou anciens ordinateurs.

Des volontaires en train de préparer des repas pour les soignants dans un amphithéâtre de l'université de Lisbonne.
Des volontaires en train de préparer des repas pour les soignants dans un amphithéâtre de l’université de Lisbonne.
© PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP

A la faveur du confinement imposé depuis la mi-janvier, la pression sur les hôpitaux a diminué et, du coup, Ricardo Paiagua et ses volontaires ont commencé à récupérer des ordinateurs pour les enfants qui n’en possèdent pas, alors que les écoles sont passées à l’enseignement à distance.

Avec un minimum de formalités, Elisabete Evora, une collégienne de 15 ans, passe avec son frère aîné pour emporter un ordinateur portable. “Il va me servir pour l’école. Jusqu’ici je n’avais qu’un vieux téléphone portable”, témoigne-t-elle.

Dans la banlieue sud de Lisbonne, Eva Medeiros et un groupe d’une quinzaine de volontaires préparent dans leurs propres cuisines quelque 500 repas qu’ils distribuent chaque mercredi soir sur une place du centre de la capitale portugaise.

Eva Medeiros prépare chez elle des repas à distribuer.
Eva Medeiros prépare chez elle des repas à distribuer.
© PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP

Cette immigrée brésilienne de 35 ans, masseuse et esthéticienne établie au Portugal depuis une dizaine d’années, a créé les “Amis de rue” en 2018 pour soutenir des personnes sans-abri. Mais, avec la crise sanitaire, le profil des bénéficiaires a changé et le nombre de repas offerts a doublé.

“Si les gens ont faim, je vais les nourrir. (...) Actuellement nous voyons beaucoup de familles qui ont perdu leur travail à cause de la pandémie”, explique-t-elle en jetant plusieurs paquets de spaghettis dans une marmite.

C’est le cas de José Antonio, un chômeur de 51 ans qui, jusqu’au premier confinement de mars dernier, vivait de petits boulots informels.

“Je viens toutes les semaines, même quand il pleut. Il n’y a pas de boulot, alors je dois me débrouiller”, confie-t-il à l’AFP après avoir traversé la ville en vélo pour manger un plat de nouilles au poulet servi dans une barquette en aluminium.

Distribution de repas et de vêtements à Lisbonne par des bénévoles.
Distribution de repas et de vêtements à Lisbonne par des bénévoles.
© PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP

Reconnaissant que les besoins sont en nette hausse, le gouvernement socialiste a doublé les moyens de son programme d’aide alimentaire pour l’étendre à un total de 120.000 personnes.

De son côté, l’antenne portugaise de l’ONG catholique Caritas a vu les “situations à risque” progresser de 10% en 2020, et a créé un projet spécial pour aider quelque 10.000 personnes à payer leur loyer ou leurs charges.

“Nous sommes confrontés à une augmentation des besoins et, surtout, à de nouvelles personnes faisant appel à Caritas et qui, pour nombre d’entre elles, venaient avant pour faire de dons”, précise sa présidente, Rita Valadas.

Dimanche, l’institution lancera sa campagne annuelle de collecte de dons qui, comme l’an dernier, devra rester virtuelle au lieu de mobiliser quelque 4.000 volontaires.

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