
Les syndicats appellent à la grève chez Cargolux, car les négociations sur une nouvelle convention collective ont abouti à une impasse.
Au Luxembourg, le droit de grève est inscrit dans l'article 11 de la Constitution, avec la liberté syndicale.
Le reste est réglementé par la loi. Tout cela est cependant relativement limité par une clause, car le droit de grève est lié à un "litige collectif", en d'autres mots à un conflit relatif à une convention collective. Le conflit doit être soumis à la conciliation et la non-conciliation est la principale condition à la grève.
Cela, c'est pour le cadre général. Parfois cependant, des mouvements ont dépassé ce cadre sectoriel, notamment dans les années 70, 80 et à la fin des années 90. Par exemple, sur la question de l'index ou sur le système de pensions.
Des règles particulières s'appliquent dans le secteur public, car certains services d'intérêt national doivent pouvoir fonctionner.
Au Grand-Duché, la règle générale chez les syndicats, était qu'il fallait au moins une grande grève tous les 10 ans pour que le réflexe de la grève ne se perde pas.
Une grève nationale n'est pas un mot approprié ici non plus, car tout le monde devrait y participer. Nous parlons donc plutôt de grande grève avec des répercussions nationales. Le Luxembourg n'a plus rien connu de tel depuis plus de 20 ans. Il y a eu des actions de grève sectorielles ou au sein d'une entreprise. Appeler à un tel mouvement est une chose, l'organiser en est une autre. Et obtenir ainsi un résultat, c'est encore une toute autre affaire.
Cela remonte au moins aux années 1880-1890 avec des grèves dans les mines de schiste autour de Martelange. Ensuite, il y a eu des périodes de turbulences pendant ou peu après la Première Guerre mondiale dans les usines sidérurgiques comme à Differdange ou Dudelange.
C'était l'expression de la détresse de la population. Autour de 1916, les prix des denrées alimentaires étaient complètement incontrôlables. L'augmentation des salaires ne permettait plus de rattraper l'inflation.
Ces grèves furent parfois sanglantes. Mais elles ont eu d'énormes répercussions, avec la reconnaissance des syndicats pour la négociation des conventions collectives.
Les tensions sociales et les incertitudes économiques ont conduit quelques années plus tard, en 1921, à un autre conflit social important et sanglant.
Suite à cela, les chambres professionnelles ont été fondées au Luxembourg pour ôter le pouvoir aux conseils d'usine.
Tout le monde au Luxembourg doit connaître la grande grève d'août 1942 pour s'opposer à la conscription décidée par le régime nazi. Partie de Wiltz, la grève s'est propagée à tout le pays, jusqu'aux lycées d'Esch-sur-Alzette. Elle a malheureusement eu pour conséquence l'exécution de 20 personnes. A quoi il faut ajouter des douzaines d'arrestations et de déportations.
Dans les années 50, des grèves ont eu lieu dans les usines sidérurgiques et dans l'industrie minière pour défendre la réduction du temps de travail. Au début des années 50, la règle était encore à la semaine de 56 heures.
Le début des années 70 a été marqué par des grèves contre la réduction des effectifs dans le secteur sidérurgique et d'autres en faveur d'une meilleure politique en matière de santé, d'éducation et de logement.
En 1984, des manifestants défilent pour protester contre le projet du gouvernement d’annuler 28 milliards de francs de créances de l’État au profit des caisses de pension ("Renteklau").
L'année 1998 sera marquée par une manifestation sur la Place Guillaume II dans le cadre du conflit des pensions dans la fonction publique, qui aboutira à une nouvelle coalition gouvernementale l'année suivante.
Ces dernières années ont été plus calmes, avec par exemple une manifestation de 30.000 personnes en 2009 contre le démantèlement social dans le cadre de la crise économique et financière de 2008.
Pour le reste, il s'agit essentiellement d'actions de grève sectorielles comme il y a sept ans dans le secteur de la santé et le secteur social ou encore d'actions spécifiques (femmes, élèves...).