
Fonctionnaire au ministère des Affaires étrangères, Marianne Donven a présenté sa démission parce qu’elle n’est pas satisfaite du travail du gouvernement et de la politique d’asile.
Les plus vulnérables seraient traités de manière inhumaine et peu scrupuleuse, critique dans sa lettre de démission Marianne Donven, qui connaît beaucoup de monde grâce à son travail auprès des réfugiés, comme au Hariko de la Croix-Rouge, à l’Oppent Haus ou encore au restaurant social Chiche. Elle a également renoncé à sa place au Conseil supérieur de la sécurité civile auprès du ministère des Affaires intérieures.
La politique d’asile aurait beaucoup changé avec l’arrivée du nouveau gouvernement, selon la fonctionnaire. Par exemple, la semaine dernière, une mère seule avec un bébé de 10 mois et un enfant de 5 ans a été renvoyée d’une structure de l’Office national de l’accueil (ONA), qui dépend du ministère de la Famille, et mise à la rue. En outre, il ne s’agirait pas d’un cas isolé, accuse Marianne Donven. Il y a actuellement des centaines de personnes à la rue, ce qui ne serait pas arrivé avant.
Personne n’est mis à la rue, répond le ministre de la Famille, Max Hahn, qui relativise la situation. Il s’agit en général de cas dans lesquels les tribunaux ont confirmé pendant des années leur jugement, selon lequel ces personnes se trouvent illégalement au Luxembourg.
Des places sont ainsi bloquées à l’ONA, alors que l’on sait que le réseau est totalement saturé et qu’il y a des listes d’attente. “Pour faire face à cela et ne mettre personne à la rue, nous avons créé la Maison de retour” précise Max Hahn. Ces personnes y sont accompagnées pour préparer leur retour dans leur pays.
Auparavant, les personnes qui devaient être expulsées mais qui n’avaient aucune possibilité de retour, car certains pays n’acceptent pas un retour forcé, n’étaient pas simplement expulsées du foyer d’accueil, estime en revanche Marianne Donven. A présent quand ces gens ont reçu une dernière réponse négative, ils reçoivent un courrier leur indiquant qu’ils ont cinq jours de préavis pour quitter le foyer. “Ce n’est vraiment pas sérieux. Comment peut-on trouver un autre logement en cinq jours au Luxembourg?”, s’interroge Marianne Donven. Il est alors demandé aux ONG de recueillir ces gens qui atterrissent dans la rue.
Max Hahn rappelle que c’est une Maison de retour volontaire, dans laquelle les gens sont accompagnés pour organiser volontairement leur retour. Ils y obtiennent même une aide financière pour reconstruire leur vie dans leur patrie. Le droit d’asile est très précieux. Il faut accepter que certains obtiennent le droit d’asile et d’autres pas, d’après le ministre.
Cependant, Marianne Donven critique également le fait de ne plus recevoir de feedback de la part du ministère de l’Immigration. Des demandes de regroupement familial traînent des mois. Des réfugiés qui travaillent comme apprentis n’obtiennent pas de réponse à leur demande de titre de séjour et ils ne savent pas s’ils pourront achever leur formation.
“On ne décroche pratiquement plus le téléphone”, selon Marianne Donven. La communication est devenue beaucoup plus difficile. Les concernés envoient au Bureau de l’Immigration les documents qui leur ont été demandés et ensuite rien ne se passe durant des mois.
“Je crains qu’il en soit ainsi, qu’ils ne veulent plus que des gens arrivent encore, que les familles soient regroupées. Qu’on ne veuille pas le dire officiellement”, considère Marianne Donven. Alors les gens sont laissés dans l’incertitude pendant des mois. Peut-être espère-t-on, qu’ils vont se désespérer, prendre une autre décision et ne plus vouloir rester au Luxembourg.
Le ministre des Affaires intérieures, Léon Gloden, n’a pas souhaité réagir à ces accusations mardi.