
Le DJ, qui joue et mixe dans des soirées, est âgé d'une petite trentaine d'années. Il a réagi en personne début mai sur ses comptes Facebook et Instagram. Il dément toutes les allégations.
Il écrit notamment: "Ce n'est pas et ce ne sera jamais mon objectif de vouloir saouler des gens, des filles et certainement pas des mineures dans mes sets et en général, et surtout pas d'en abuser." Mais il écrit lui-même dans ses messages qu'il y a une affaire judiciaire à son encontre.
Si le DJ Se7en se justifie ainsi publiquement, c'est dû au fait qu'au cours des dernières semaines et des derniers mois, des accusations ont été portées à son encontre sur les réseaux sociaux. Et aussi au fait que d'ex-collègues DJ ont pris leurs distances par rapport à lui sur les réseaux et ne veulent plus travailler avec lui.
Une des jeunes femmes concernées a contacté directement RTL. Nous avons discuté avec quelques-unes des victimes présumées, mais également avec des témoins et avec Joé Mersch, un autre jeune DJ, qui a rassemblé et publié anonymement des témoignages contre DJ Se7en sur son compte Instagram.
Une dizaine de femmes et de jeunes filles ont contacté Joé Mersch après qu'il ait une première fois en janvier mis en garde sur les réseaux sociaux contre un DJ, qui harcèlerait et abuserait sexuellement des filles - sans citer nommément DJ Se7en. Quatre ou cinq femmes l'ont alors immédiatement contacté et lui ont raconté des incidents avec DJ Seven. Il raconte: "Là, on a remarqué très vite: 'Ok, tout ça, ce n'est pas un fait isolé, mais tout cela correspond à un schéma dans lequel on reconnaît qu'entre l'étape du harcèlement sexuel, du viol, l'alcool intervient souvent, et surtout aussi qu'une situation de pression est expressément créée et construite."
Selon Joé Mersch, ces femmes ont décrit des situations similaires, indépendamment les unes des autres. Et il s'agissait à chaque fois de DJ Se7en. Ce dernier aurait abusé de son influence en tant que DJ, manipulé des femmes et des filles en leur disant qu'elles pouvaient s'estimer chanceuses d'être avec un personnage aussi connu que lui. Et il les aurait toujours attirées avec la promesse de rencontrer d'autres personnes célèbres.
Joé Mersch raconte: "Ce qu'on lit sans cesse dans les témoignages, c'était la fameuse after party, où d'autres DJ et personnes célèbres étaient censés être, mais à la fin elles étaient juste chez lui, seules avec lui et obligées de boire de l'alcool et d'avoir des relations sexuelles avec lui. [...] On y voit déjà un schéma très clair."
Selon les informations de RTL, au moins deux plaintes ont été déposées contre DJ Se7en. L'une pour abus sexuels et une autre à cause de menaces et de chantage au moyen de photos prises contre la volonté de la jeune femme pendant des rapports sexuels. RTL s'est également entretenu avec des témoins dont les récits coïncident avec ceux des différentes victimes présumées.
Après la publication sur Instagram par Joé Mersch, début mai, de plusieurs témoignages de victimes présumées, trois femmes se sont adressées à l'association "La voix des survivant(e)s" en l'espace d'une semaine à cause de DJ Se7en. Ana Pinto, qui travaille à l'association, explique: "Là, il y a une jeune femme qui s'est signalée, c'était lorsqu'elle était mineure. Et les deux autres femmes, c'étaient des femmes de plus de 18 ans. [...] Et bien sûr, elles disent qu'il a abusé d'elles, dans le cadre de concerts et des soirées qui suivent."
Elles aussi ont raconté comment Se7en s'est servi de sa notoriété en tant que DJ. "L'histoire est quasiment toujours la même. C'est lors de concerts qu'ils se sont rencontrés, car elles étaient fans de lui et il a profité de sa notoriété. Il les a touchées. Elles se sentent évidemment coupables de l'avoir suivi et il les a forcées à faire des choses qu'elles ne voulaient pas faire."
DJ Se7en a travaillé au Luxembourg dans de grands festivals tels que le Luxembourg Open Air et l'Open Air Hosingen et se produit régulièrement dans des clubs et discothèques réputés. Le fait qu'il ait une émission sur Eldoradio en tant que collaborateur indépendant a accru le degré de notoriété de Se7en auprès du jeune public. Eldoradio a décidé début mai de suspendre l'émission et sa collaboration avec lui.
Parmi les femmes qui ont contacté l'association "La voix des survivant(e)s", l'une a également déjà porté plainte, selon Ana Pinto. Elle et sa collègue, Liz Mathay, encouragent les deux autres femmes à faire de même, bien que dans de tels cas, on en arrive rarement à une condamnation, regrette Ana Pinto. Et cela parce que souvent, les preuves manquent: “Mais dans la même phrase, je dis aussi que si quelque chose comme ça se reproduit un an plus tard ou si quelqu'un d'autre raconte exactement la même histoire, comme avec DJ Se7en ici, alors l'affaire paraîtra très différente, car alors un juge dira: oui ok, là il y a un cas, c'est quasiment toujours le même procédé, il doit y avoir quelque chose. Et alors je pense qu'ils réagissent.”
C'est presque absurde, comme l'explique Liz Mathay: “Lorsque malheureusement, de nombreuses personnes sont victimes et que beaucoup osent le dire, alors on a 'la chance' que ce soit le cas. Mais ce n'est pas possible de devoir espérer qu'on a affaire à un récidiviste pour qu'il soit condamné.”
Mais apparemment, il y a déjà plus de dix ans, des accusations très similaires ont été portées contre DJ Se7en. En novembre 2013, le parquet de Diekirch a demandé un non-lieu après une instruction pour viol: "(…) l’instruction n’a pas révélé de charges suffisantes (…)" . DJ Se7en a lui-même publié cette information sur son compte Facebook, pour prouver qu'il n'avait rien à se reprocher, mais il a depuis supprimé ce document. Cela signifie qu'à l'époque, il n'y avait pas suffisamment de preuves pour tenir un procès. Mais contrairement à un acquittement, avec un non-lieu, une affaire peut-être relancée si de nouveaux éléments apparaissent.
Cependant, DJ Se7en n'est actuellement ni inculpé ni condamné. La présomption d’innocence s’applique donc à sa personne. RTL lui a également demandé une réaction, lui a donné la possibilité de s'exprimer à propos des accusations et de prendre position. Son avocat nous a fait savoir par écrit que ce n'est pas possible à cause du secret de l'instruction. Son client n'est pas lié par ce secret. L'avocat confirme toutefois ainsi qu'une instruction contre DJ Se7en est en cours.
Pour porter plainte, il faut d'abord être conscient qu'un tort a été commis envers quelqu'un et qu'on n'est pas responsable en tant que victime.
L'année dernière, la législation sur les agressions sexuelles et le viol a été améliorée et renforcée au Luxembourg. En outre, le consentement a été défini dans la loi. Depuis, un acte sexuel sans consentement est considéré comme une atteinte à l’intégrité sexuelle. Il est également punissable si la victime n'est pas en état de donner son consentement. Selon la nouvelle loi, le fait de ne pas se défendre, ne vaut pas consentement. Enfin le consentement peut être retiré pendant le rapport sexuel.
La définition du viol a également été révisée. Toute pénétration, qu'elle soit vaginale, anale ou orale sans consentement, que ce soit avec le sexe, un objet ou le doigt, est considérée comme un viol, même si la victime n'est plus capable de donner son consentement ou ne se défend pas.
Liz Mathay exprime cela ainsi: “En tant que femme, vous avez aussi le droit de vous saouler au point de vous mettre la tête à l'envers, mais cela ne donne à personne le droit d'abuser de vous, de vous toucher ou de vous exploiter”.
Cet article est paru initialement sur rtl.lu